12 Février 2012

Images de Londres

Par Ionick Sembaz
 
La nouvelle idole des anglais est Léonard de Vinci, dont sept tableaux font courir les foules à la National Gallery de Londres (jusqu’au 5 février). Mais si vous n’avez pas de réservation, inutile de vous présenter à l’entrée de l’exposition: tous les billets sont vendus depuis plusieurs mois, et une foule compacte se bouscule dans les sous-sols oppressants de l’aile Sainsbury. On peut toujours espérer profiter de la confusion ambiante pour tenter une entrée en catimini... Le principe d’une telle exposition repose sur un abus manifeste : les règles admises par le Conseil International des musées excluent en principe le déplacement des œuvres sur bois, et les sept peintures de Da Vinci n’auraient donc jamais dû quitter leurs cimaises de Paris, New York ou Cracovie… Mais La Dame à l’hermine prêtée par le prince Czardoryski, toute repeinte qu’elle soit, reste la plus magique rivale de La Joconde, avec son étrange présence à deux pas de La Madone Litta, sainte femme suspecte (elle est probablement de la main de Boltraffio, qui se taille la part du lion auprès de son maître milanais). La confrontation des deux versions de La Vierge aux rochers vaut aussi le déplacement : celle de Londres, fraichement restaurée, scintille comme une icône sagement nacrée, expurgée de toutes les singularités de la sombre version du Louvre qui, embuée par sa gangue de vernis jaunissants, respire plus que jamais l’hérésie !
 
La cohorte des visiteurs impatients s’est désormais déplacée vers Burlington House, siège de la Royal Academy, où est érigée dans la cour la reconstitution du Monument pour la Troisième Internationale par Vladimir Tatline, hymne hélicoïdal à la gloire du génie soviétique. On y expose (jusqu’au 9 avril) les paysages de David Hockney, que la reine d’Angleterre vient de nommer membre du très chic Ordre du mérite britannique. Il n’est pas sûr que ses grands paysages assagis du Yorkshire (genre Douanier Rousseau du pauvre) et ses improbables dessins réalisés sur iPhone et iPad méritent un tel engouement nostalgique de la part du public.  Finies les piscines satinées où des jeunes gens nus glissaient comme dans des rêves d’adolescents. On ira plutôt revoir les toiles du Rake’s Progress de William Hogarth dans le capharnaüm du musée Soane (noyé sous les échafaudages pour deux ans), œuvres qui inspirèrent à Hockney dans les années soixante une série de dessins quasi légendaires et tellement plus provocateurs que son imagerie campagnarde actuelle.
 
Plus amusante est l’exposition pour les vingt ans du magazine Dazed & Confused, avec une belle collection de couvertures glamour et deux émouvantes salles à la mémoire d’Alexander McQueen inspirées par son ébouriffant talent. Elle est installée dans Somerset House (jusqu’au 29 janvier), dont la cour est entièrement occupée par une patinoire délicieusement éclairée la nuit dans des couleurs de bonbons anglais.
 
Le goût des Seventies pousse les amateurs à visiter la turbulente Maison d’Annie Lennox (jusqu’au 26 février) sur fond musical tonitruant au toujours si excitant V & A qui célèbre le Jubilé de la Reine (à partir du 8 février) avec les impeccables photos de Cecil Beaton plus présentées à Londres depuis 1968, année d’une mémorable rétrospective à la National Portrait Gallery.
 
Petite nouveauté du côté de chez Saatchi, où l’odeur de mazout persiste à cause de l’unique installation permanente- la piscine pétrolière de Richard Wilson. Une salle consacrée à la vidéo, à un jet de pierre  de la galerie principale, fait briller une myriade de petits portraits glanés sur internet par l’américain Christopher Baker, l’étoile montante de l’écran d’images.
 
Londres est décidément une ville pour contes de fées.

laisser un commentaire


Images de Londres

London calling! Picasso en famille, Saatchi’s new british art, Tate Modern voyeur…

Bharti Kher inevitable undeniable necessary

Novembre-Decembre 2009: The sacred made real, Ed Rusha, Anish Kapoor et Sophie Calle