04 Mai 2011

Ventes d’art Contemporain de mai 2011 : New York promet du spectacle

Par Arthur de Moras

 
 
C'était il y a bientôt un an, en ce matin de mai 2010, les lecteurs des pages Arts du New York Times découvraient un article signé Souren Melikian dont le titre ne pouvait laisser indifférents ceux qui s'intéressent de près ou de loin au marché de l'art contemporain. Le journaliste titrait "A New Era for Postwar and Contemporary Art".
Quelques jours plus tôt, les résultats des grandes vacations new-yorkaises avaient ramené l'art d'après guerre et contemporain à des niveaux de prix oubliés depuis l'automne 2008 en salles de ventes. L'exceptionnelle collection Michael Crichton – qui comprenait entre autres un Flag de Jasper Johns de 1960-66 adjugé dans la salle 28,6 m$ frais inclus – s'envolait à plus de 93 m$ (frais inclus) chez Christie's tandis que chez Sotheby's un autoportrait de Warhol et un grand Rothko de 1961 dans les tons rouge/orangé franchissaient chacun le cap des 30 m$ (frais inclus) bien au dessus de leurs estimations. En évoquant "une nouvelle ère", le journaliste pesait ses mots.
 
Ce rebond du marché de l’art contemporain se confirmera lors des importantes ventes de novembre 2010 à New York (voir http://artyparade.com/flash-news/45) et février 2011 à Londres.
 
La saison de printemps 2011 semble suivre cette logique. Le mois d’avril a été marqué par la dispersion d'une partie de la collection d'art contemporain chinois du collectionneur Guy Ullens – le 3 avril 2011 chez Sotheby's Hong Kong – dont le produit spectaculaire – 46,679 m$ hors frais – nous a rappelé avec force l'annonce faite quelque jours plus tôt par Thierry Ehrmann – fondateur et président d'Artprice – selon lequel la Chine serait passée numéro 1 des ventes aux enchère d'oeuvres d'art dans le monde. Artprice qui s'offrait d'ailleurs un beau drapeau chinois en couverture de son rapport sur les tendances du marché de l'art 2010.
 
Toutefois, en mai, c’est vers les Etats-Unis qu’il faut regarder. Les collectionneurs et marchands s’y rendront la semaine du 9 mai 2011 pour la traditionnelle semaine de ventes d’art contemporain de New York. Cette saison, c’est Sotheby’s qui ouvre le bal le mardi 10 mai au soir. Puis ce sera chez Christie’s le lendemain et chez Phillips de Pury & Company le surlendemain.
 
 
La Pink Panther de Koons
 
Jeff Koons domine le catalogue de la vente du soir de Sotheby’s (60 lots) avec sa Pink Panther (lot n°10). Une porcelaine d’environ un mètre de haut représentant la gentille créature de Friz Frelenf enlacée dans les bras d’une autre créature, bien humaine celle-ci, l’actrice américaine Jayne Mansfield, sexe-symbole des années 1950. La seconde est à peine plus habillée que la première.
 
 
 
Tirée de la série Banality, cette porcelaine de 1988 dont il n’existe que quatre exemplaires constitue l’icône kitsch par excellence de l’univers koonsien. Le MoMA et le MCA de Chicago possèdent chacun un exemplaire de la panthère rose – qui est un mâle, il faut le savoir – le troisième se trouve dans une collection privée. Tobias Meyer qui dirige le département Art Contemporain de Sotheby’s rappelle qu’il s’agit bien du dernier exemplaire de la Pink Panther sur le marché. C’est également l’unique épreuve d’artiste. Cela justifie entre autre son estimation fixée entre 20 et 30 millions de dollars.
 
Parmi les autres lots à suivre chez Sotheby’s, citons un grand Concetto Spaziale de Lucio Fontana (lot n°39, 6-8 m$, 97.2 x 130.2 cm). La toile blanche immaculée s’ouvre sous les douze entailles verticales réalisées par l’artiste italien en 1965. Citons encore une magnifique abstraction de Willem de Kooning de sa dernière période, une œuvre profondément matisséenne dans les formes et les couleurs, estimée entre 4 et 6 millions de dollars (lot n°34, Untitled VII, 1986). Trois œuvres d’Alexander Calder (lots n°25, 31 et 37) et de Jean Dubuffet (lots n°26, 27, 28) sont également proposées à la vente. Les mobiles de différentes tailles sont estimés entre 900,000 et 4 m$. Les œuvres de Dubuffet entre 400,000 et 800,000 dollars.
Andy, Liz et Jackie
 
Andy Warhol, l’artiste le plus américain d’Amérique, dont le monument chromé vient à peine d’être érigé à Union Square (Rob Pruitt, The Andy Monument, 2011) près de son ancienne Factory, ne sera pas en reste lors de ces ventes du soir (8 lots chez Christie’s, 7 lots chez Sotheby’s, 5 lots chez Phillips de Pury).
 
 
 
Parmi les sept toiles de l’artiste Pop que Sotheby’s livre aux enchères le 10 mai au soir, trois oeuvres représentent l’ex-première dame des Etats-Unis, Jackie Kennedy. La compagnie mise beaucoup sur Sixteen Jackies, un grand format (203.2 x 162.6 cm) composé de seize petits portraits de Jackie dans les tons bleus/gris (lot n°21). L’œuvre Pop affiche une très belle datation : 1964. Elle est estimée entre 20 et 30 millions de dollars.
 
Chez Phillips de Pury, le plus beau coup de marteau de la vente du soir (51 lots) – qui se tiendra le jeudi 12 mai 2011 – pourrait bien être décroché par le lot numéro 8, un important portrait carré d’Elizabeth Taylor par Andy Warhol (101.6 x 101.6 cm) qui fait la couverture du catalogue de vente (Liz #5 (Early colored Liz), 20-30 m$). L’actrice qui a disparu il y a quelques semaines incarne à elle seule le rêve américain. Warhol en a fait avec une des icônes du Pop Art. À Paris, le nouvel – et remarquable – accrochage des collections contemporaines du Musée National d’Art Moderne qui présente un panorama très complet de la création artistique depuis les années 1960 rend hommage à la star. Les conservateurs du musée on choisit d’exposer au niveau 4 une imposante toile d’Andy Warhol sur laquelle vous observent dix magnifiques Liz argentées (Andy Warhol, Ten Lizes, 1963).
 
 
 
Signalons qu’une sélection d’objets ayant appartenu à l’actrice sera vendue très prochainement chez Christie’s.
 
À suivre également lors de cette vacation chez Phillips de Pury & Company : une nature morte au miroir de Lichtenstein de 1972 (lot n° 23, Still life with Mirror, 6-8 m$), des fleurs par Andy Warhol de 1964 (Flowers, lot n°21, 8-12 m$) et deux œuvres de Richard Prince qui expose actuellement à la Bibliothèque nationale de France. Une œuvre sans titre de la série des Joke Paintings (lot n°30, $350,000-450,000) et une nurse sanguinolente dont la maison de ventes attend entre 4 et 6 millions de dollars (lot n°14, Wayward Nurse (Crashed), 2006-2010).
 
 
 
À signaler enfin, deux pièces de l’artiste anglais Damien Hirst – dont les oeuvres se font plus rares dans les catalogues des ventes du soir – qui seront mises à l’encan. Il s’agit de deux Butterfly Paintings (lots n°9 et 42) annoncées entre 1,2 et 1,8 million de dollars.
 
 
L’art de l’autoportrait chez Christie’s
 
Parmi les 66 lots de la vente du soir Post-War and Contemporary Art de Christie’s qui se tiendra le mercredi 11 mai 2011, beaucoup d’adjudications millionnaires sont à prévoir pour des œuvres de Mark Rothko (lot n°8 - 18-22 m$), Richard Diebenkorn (lot n°12, 7-9 m$), Cy Twombly (lot n°25, 10-15 m$), Jean Michel Basquiat (lot n°19, 4-6 m$), Philip Guston (lot n°11, 4,5-6,5 m$), Willem de Kooning (lot n°60, 3,5-5,5 m$), Gerhard Richter (lot n°14, 3-4 m$) et Richard Prince (lot n°5, 3,5-4,5 m$).
 
Toutefois, le succès de la vente repose sur une importante série d’autoportraits par Francis Bacon et Andy Warhol qui constituent les top lots de cette session du soir.
 
Three Studies for Self-Portrait, dont l’estimation est confidentielle mais qui selon le département Art Contemporain de Christie’s New York devrait dépasser les 25 millions de dollars, est un triptyque que Francis Bacon a peint en 1974 (lot n°36). Il s’agit de trois petits autoportraits qui mettent en scène des visages déformés à la brosse, typiques des travaux anatomiques du génie de l’école de Londres.
 
 
 
Les triptyques de Francis Bacon connaissent toujours un succès important en salles de ventes, ce qui justifie cette estimation élevée. Pour mémoire, le 14 mai 2008, un important triptyque de 1976 avait été frappé un peu plus de 86 millions de dollars (frais inclus) chez Sotheby’s New York. Une autre toile de l’artiste irlandais sera livrée aux enchères lors de la vente du soir de Christie’s : une œuvre de 1952 laissée à l’abandon pendant de nombreuses années dans un local de Chelsea et redécouverte en 1998 ! Untitled (Crouching Nude on Rail) est estimée entre 10 et 15 millions de dollars (lot n°13).
 
Des records sont également attendus pour trois autoportraits d’Andy Warhol tirés des multiples séries d’autoportraits produites par l’artiste qui déclarait : « si vous voulez tout savoir sur Andy Warhol, contentez vous de regarder la surface de mes peintures, de mes films et de moi-même. C’est là que je suis. Il n’y a rien derrière ». Le premier est un grand autoportrait rouge sur fond noir réalisé par l’artiste un an avant sa mort en 1987 (lot n°16, 30-40 m$). Dans les deux autres œuvres, Andy Warhol se met en scène avec ses lunettes de soleil. Elles datent des années 1963-64, ce qui n’est vraiment pas négligeable pour des œuvres emblématiques du Pop Art (lot n°22, 20-30m$ - lot n°34, 6-8 m$).
 
 
Trois œuvres qui font sensation
 
Enfin, une attention spéciale pour trois œuvres particulièrement singulières de la vente du soir Christie’s.
 
Un dessin de Lichtenstein à dix dollars. Qui l’eût cru ? C’est pourtant le prix payé par l’heureux vendeur de Drawing for Kiss V en mars 1965 à l’occasion d’une loterie historique organisée par l’Artist’s Key Club à New York. Le principe ? Dix dollars contre une clé à récupérer au Chelsea Hotel. Pour chaque clé, un casier de Penn Station pouvant contenir une petit format d’Arman, Christo, Warhol, Niki de Saint Phalle ou… Lichtenstein. Une belle histoire. Le dessin daté de 1964 est aujourd’hui estimé entre 800,000 et 1,2 million de dollars (lot n°21).
 
La deuxième oeuvre, vous la connaissez peut-être, c’est cet ours en peluche jaune de Urs Fischer (Untitled Lamp/Bear, 2005-2006, lot n°32) de plus de 7 mètres de haut et pesant plus de 15 tonnes – du bronze imitation peluche – qui s’est installé il y a quelques semaines sur la Plaza du Seagram Building, au cœur de Manhattan. Urs Fischer a eu la bonne idée de l’associer à une lampe de table tout aussi gigantesque qui permet d’éclairer la pièce une fois la nuit venue. Son estimation est seulement communiquée on request.
 
La dernière est une Combine de Robert Rauschenberg de 1957 (lot n°28). The Tower est une sculpture constituée d’un amoncellement d’objets colorés (meubles, ampoules, balai, boite à cigares…) que l’artiste Néo-dada – disparu en 2008 – a collecté dans la rue avant de les assembler. De ce monument dédié aux images et objets issus de la culture populaire – qui annonce le début du Pop Art aux Etats-Unis – émerge un parapluie ouvert. La datation est très bonne puisque les premières Combines datent de 1953-54. La provenance tout autant. Il s’agit d’une des sept Combines de Rauschenberg – avec notamment des Combines aussi célèbres que Rebus, 1955 ou Odalisk, 1955-58 – de la collection de Victor et Sally Ganz. Une collection unique construite pendant une cinquantaine d’années dont la majorité des pièces ont été dispersées lors de la grande vente Ganz – la "vente de rêve", comme on la surnommait – chez Christie’s en 1997. Les époux Ganz avaient acquis The Tower à la célèbre galerie Betty Parsons. Elle était restée dans la famille des vendeurs depuis. Pour cette pièce d’exception estimée entre 12 et 18 millions de dollars, on attend une bataille d’enchères agitée …et très probablement un record en salle pour l’artiste !
 
 
 
En ce printemps 2011, l’arrivée sur le marché de toutes ces œuvres majeures aux estimations élevées semble montrer que Souren Melikian avait vu juste.
Alors, prenez place. Bienvenue dans la "nouvelle ère".
 
 
 
À suivre…
–  Les 10 et 11 mai 2011 - Sotheby's New York - Vente d’Art Contemporain
Exposition du 6 au 10 mai 2011
www.sothebys.com
– Les 11 et 12 mai 2011 - Christie's New York - Vente d’Art d’Après-Guerre et Contemporain
Exposition du 7 au 11 mai 2011
www.christies.com
– Les 12 et 13 mai 2011 - Phillips de Pury & Company New York - Vente d’Art Contemporain
Exposition du 28 avril au 11 mai 2011
www.phillipsdepury.com
– Collections contemporaines du Centre Pompidou des années 1960 à nos jours - Exposition permanente
Musée National d'Art Moderne, niveau 4 - Ouvert tous les jours sauf le mardi
www.centrepompidou.fr
– Richard Prince. American Prayer à la Bibliothèque nationale de France jusqu'au 26 juin 2011
Ouvert du mardi au dimanche
www.bnf.fr
 
 
 
 

Commentaires

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#0001bensaiah dit | 05/05/2011 16:57
Arthur putain vieux un article signé de ta plume ! yesss je reviens de nyc je repars quand j'ai mon visa. On se croise asap? a plus

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