20 Février 2012

Un art « autre » dans les salons de Christie’s

Par Etienne Sallon
 
 
Christie’s Paris, à l’initiative de son directeur du Département d’Art Contemporain, Alexandre Carel, a ouvert depuis le 31 janvier dernier sa première exposition thématique dans les salons de l’avenue Matignon. Ce n’est certes pas la première fois qu’une maison de vente aux enchères organise un tel événement, Sotheby’s s’étant illustré récemment avec l'exposition consacrée à la Galerie Lacloche dans ses murs. Néanmoins, il s’agit de la toute première exposition d’une telle envergure de la maison et, à ce titre, Christie’s a voulu marquer les esprits.
 
Dans cette optique, l’exposition rend hommage au critique d’art Michel Tapié (1909-1987), figure aujourd’hui peu connue du grand public, mais qui a été l’un des acteurs les plus intéressants du monde de l’art d’après-guerre. Proche de Jean Dubuffet, qui l’introduit dans le milieu des galeries parisiennes, il commence à écrire des textes sur les artistes qui le touchent particulièrement, notamment Fautrier, Mathieu, Wols ou Michaux. Rapidement, il devient conseiller pour différents galeristes, parmi lesquels Nina Dausset, Paul Facchetti et surtout Rodolphe Stadler avec lequel il collaborera près de quinze ans.
 
 
 
Jean Dubuffet, Michel Tapié, 1946 ©Christie's images - ADAGP 2012
 
 
Les artistes qu’il défend sont tous très différents, mais procèdent tous d’une même démarche, celle d’un renouveau de la peinture, d’un « Art autre » comme il l’explique dans son ouvrage éponyme paru en 1952 dont on célèbre, cette année, les soixante ans. Surtout, le choix d’une telle personnalité comme thématique de l’exposition offre à Christie’s la possibilité de réunir quelques uns des artistes les plus marquants des années 1950 et 1960.
Soigneusement élaborée par l’architecte Charles Zana, la scénographie plonge le visiteur dans une atmosphère tamisée et présente des salons entièrement repensés pour l’occasion. Accompagné par une bande sonore aux accents de swing et de jazz - rappelant les accointances de Tapié avec ce milieu dans les années 1930 - le spectateur se voit proposer un parcours en quatre temps, quatre salles qui mettent en évidence les liens que le critique d’art avait tissés entre les œuvres.
 
Ainsi, une première partie est dédiée aux débuts de Michel Tapié à la galerie René Drouin, à la fin des années 1940, et présente un très bel ensemble de pièces de Dubuffet, Fautrier, Wols ou encore Mathieu. Le visiteur est ensuite amené à découvrir une salle essentiellement consacrée à des artistes américains qui sont passés, au cours des années 1950, par Paris et ont rencontré Tapié. Parmi ceux-ci, on notera notamment Tobey, Francis, Kline, De Kooning et surtout des artistes plus rares sur les cimaises comme Ossorio, Marca-Relli ou encore Falkenstein.
 
 
 
Alfonso Ossorio, Le Guerrier, la colombe et la chouette, 1954-1955 ©Christie's images
 
 
Les jeux de correspondances esthétiques élaborés par le critique sont particulièrement mis en avant dans une partie de l’exposition où se répondent tour à tour Burri et Fontana, Tàpies et Schumacher ou encore Hartung et Serpan avec l’artiste iranien Zenderoudi. Enfin, acmé de cette exposition, une salle entière est consacrée au groupe japonais Gutaï, que Tapié a rencontré dès 1957 et qu’il s’est attaché à défendre et à promouvoir du Japon aux Etats-Unis, en passant par Paris et Turin. Cette dernière partie, qui montre des artistes aussi intéressants que Kazuo Shiraga, Sadamasa Motonaga ou Chiyu Uemae, saura, sans aucun doute, surprendre l’œil du spectateur par la modernité de cet art reconnu par la plupart des avant-gardes artistiques postérieures, de Kaprow et ses «happening» à l’Arte Povera.
 
 
 
Kazuo Shiraga, Shizosei Chomenko, 1961 ©Christie's
 
 
L’exposition de Christie’s regroupe 65 œuvres parmi lesquelles une petite dizaine est proposée en vente privée, à la faveur de la réforme de la loi du 20 juillet 2011 qui autorise désormais les maisons de vente aux enchères à réaliser des ventes de gré à gré. Avec une mise en valeur aussi recherchée des œuvres, la maison entend, par conséquent, séduire de potentiels nouveaux acheteurs, mais permet également à tout un chacun de venir admirer un ensemble d’artistes rarement réunis, et ce, gratuitement jusqu’au 29 février prochain.
 
 
 
Un Art autre ? Artistes autour de Michel Tapié, une exposition, 31 janvier – 29 février 2010, du mardi au samedi, 10h-18h, Christie’s Paris, 9 avenue Matignon – 75008.

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