26 Juillet 2013

Pierre Soulages à Versailles

Pierre Soulages, artiste français le plus grand de la scène française actuelle, a-t-il encore besoin d’être présenté ? Non, vous répondrons les amateurs et collectionneurs qui se donnent rendez- vous à Versailles à l’Hôtel des Chevau-Légers le 7 juillet où Maître Oliver Perrin et Gilles Frassi ont une nouvelle fois réuni un bel ensemble d’œuvres abstraites et contemporaines dans leur vente estivale.

 
Pierre Soulages est  mis à l’honneur avec trois belles oeuvres: un « outrenoir » de 1989, une gouache sur papier dédicacé à Denise Colomb (œuvre préparatoire d’une toile datant de 1954 appartenant aux collections du Musée d’Art Moderne et accrochée à l’Hôtel Matignon) et une magnifique toile de 1956.
 
C’est trois œuvres à elles seules montrent un panorama du talent de l’artiste. Pierre Soulages ne raconte pas, ne décrit pas comme nous le rappelle Patrick Vaudray. [1] Le titre de ses œuvres sont des cartels, la description factuelle d’une matière, une date et une dimension. Il n’y aurait donc rien à voir, rien à dire ? Au contraire, c’est la peinture pour elle-même qui parle et que l’artiste fait exprimer. L’abstraction de Pierre Soulages ne comporte ni lyrisme comme chez Hans Hartung ou Georges Mathieu, ni pensée métaphysique et sa démarche ne rejoint pas celle des monochromes d’ Yves Klein. Chez Soulages du noir va naître la lumière, alors même que pour certains le noir n’est pas une couleur, qu’il est obscurité, la nuit et donc l’anti- lumière. Mais justement une fois débarrassée de toute histoire, figuration, la couleur- matière peut laisser libre court à son expressivité à travers le geste de l’artiste qui lui donne rythme et force.
L’artiste après avoir mis de l’ocre, du rouge dans certaines compositions, à partir de 1979, se concentre sur le noir, allant jusqu’ à sa saturation d’où le nom « outrenoir ». Hasards des choses, mais aussi marqué par l’art pariétale de sa région, par ses couleurs, sa lumière, son esprit caverne explique lui-même dans un entretien avec Pierrette Bloch et Patrick Vautray : « J’ai besoin d’être enfermé, même dans les ateliers.
La maison a une vue de cent quatre-vingts degrés sur la mer. À l’atelier par contre, il y a un mur fermé devant cet horizon, et une ouverture sur une petite cour, fermée elle aussi. Si j’ai souvent travaillé la nuit plus que le jour, c’est pour la même raison – la nuit comme manière d’avoir un mur devant soi. J’ai besoin de ça » [2].
Le noir couleur, le noir matière et la lumière qui peut en ressortir, tel est devenu le champ d’exploration de l’artiste. L’outil prend alors tout son rôle. Pierre Soulages, en effet, fabrique lui-même ses propres outils à partir de bouts de bois, pinceaux, truelles, morceaux de cuir découpé…afin d’obtenir le résultat désiré. 
 
Dans la toile de 1989[3], cette dimension du noir matière prend toute sa forme. A la fois une régularité dans le geste, une force, une ligne, mais selon l’endroit où se place le spectateur, l’impression est différente. Une contemplation non pas de la couleur comme chez Rothko, mais de la lumière, de la matière. Nous nous souvenons de la rétrospective de l’artiste au Musée d’Art Moderne en 2009  qui avait mis en avant ce travail des « outrenoirs » en montrant leurs forces, la qualité du travail et de la démarche de Pierre Soulages dans l’histoire de l’art d’après guerre.
 
 
 
La période des années 1950, plus historique, se retrouve cependant souvent en ventes publiques, notamment sous le marteau de Maître Perrin. [4]
Versailles Enchères dans cette vente du 7 juillet met en avant deux éléments de cette période des années 50. Avec la gouache de 1954[5], nous nous rappelons que le medium est au service de l’artiste et que Pierre Soulages ne met pas de hiérarchie entre une toile ou un papier. Cette composition aboutie est un vrai tableau en soit dans lequel le jeu des transparences, la force de la matière se retrouvent encore. Oeuvre préparatoire, ou oeuvre inspiratrice ? L’huile dont elle a été tirée n’a été réalisée qu’en 1957. Chez l’artiste, les brou de noix et gouache sont des œuvres abouties et finies.
 

 
 
 
Mais le lot phare de cette vente est sans conteste la toile de 1956[6], en quelque sorte  «  fond et forme ne font qu’un ». Dans cette composition les traits verticaux et obliques se croisent, se superposent et se juxtaposent en matière et transparence. Pierre Soulages tel un chef d’orchestre étale, lisse, brosse la peinture sur la toile donnant par son geste une dynamique forte. Un tour de maître dans une dimension raisonnable, 65 x 81 cm, qui condense à elle seule l’essentiel du travail de l’artiste dans ces années 50. La relation entre la couleur, encore présente en 1952, l’intensité du noir, de la matière et la force du geste en font un véritable chef d’œuvre.
 
 

 
 
A cotés de ces trois lots est à noter également «  Reina Dona Mariana en grise » de Manolo Valdès datant de 1999[7]. L’artiste espagnol après la dissolution du groupe Equipo Chronica se retourna vers les maîtres de la peinture pour tirer son inspiration. Il les revisite à sa façon, Matisse, Picasso, Saura ici Vélasquez un classique de la peinture espagnol. Il les réinterprète en donnant une nouvelle lecture de l’histoire de l’art, non pas un simple hommage mais une fois encore la peinture comme matière au centre de sa préoccupation.
 
 
 
La figuration narrative continue également de prendre ses marques à Versailles : un diptyque historique de Télémaque[8], une toile de Monory, Adami, ou encore Erro et Klasen seront présents sur les cimaises.
 
 
 
 
Vente d’art abstrait et contemporain, Dimanche 7 juillet à 14h 30 Hôtel des Chevau-Légers 78000 Versailles
 


[1]  «  La peinture et l’image- y a –t-il une peinture sans image ? » Patrick Vauday, éditions Plein Feux, Nantes, 2002

[2] «  Pierre Soulages », Entretien avec Pierrette Bloch et David Quéré in  Galerie Magazine, n° 52 décembre 1992- janvier 1993
[3] Lot 39 Pierre SOULAGES «  PEINTURE 100 X 81 CM, 4 JANVIER 1989 », 1989, Huile sur toile signée, titrée et datée au dos. 100 x 81 cm. Estimé 150 000/200 000€
[4] Pierre SOULAGES, «  PEINTURE 81 X 60 CM, 28 NOVEMBRE 1955 », 1955, Huile sur toile vendue 524 916€ frais compris le 6 juillet 2008
Pierre SOULAGES, « PEINTURE 92 X 65 CM, 17 OCTOBRE 1954 », 1954, Huile sur toile vendue 715 248€ frais compris le 1 avril 2008
Pierre SOULAGES, PEINTURE 125 X 202, 24 JUIN 1959 », 1959, Huile sur toile vendue 1 498 968 € frais compris le 16 décembre 2007
[5] Lot 65 Pierre SOULAGES, « GOUACHE SUR PAPIER 65 X 50 CM, 1954 », 1954, gouache sur papier signé et dédicacé à Denise Colomb en bas à droite. 65 x 50 cm. Estimé 120 000/150 000€
[6] Lot 52 Pierre SOULAGES, «  PEINTURE 65 X 81 CM, 13 NOVEMBRE 1956 », 1956, Huile sur toile signée en bas à droite. 65 x 81 cm. Estimé 400 000/500 000€
[7] Lot 119 Manolo VALDES, «  REINA DONA MARIANA EN GRISES », 1999, Huile , tissu, collage et assemblage de toile de jute sur toile signée, titrée et datée au dos. 222 x 141 cm. Estimé 250 000/350 000€
[8] Lot 128 Hervé TELEMAQUE, « NO TITLE », 1962, Huile sur toile, diptyque signé et daté 1962 en bas à droite, contresignée , titrée et daté 1962-1964 au dos. 197 x 260 cm. Estimé 250 000/350 000€

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