May 17, 2010

BEN, « strip-tease intégral »

Par Claire Chassot

 
 
Le Musée d’Art Contemporain de Lyon (MAC de Lyon) présente jusqu’au 11 juillet 2010 une rétrospective consacrée à l’œuvre de Ben Vautier. L’intégralité des espaces du musée, soit 1000 m2, ont été investis par cet artiste majeur du XXe siècle.
L’exposition retrace ses cinquante ans de carrière et de questionnement. Nous avons accès à tous les détours de la recherche de Ben. De ses débuts à Nice à des créations inédites. Au fur et à mesure que l’on monte les trois étages, les a priori sur cet artiste très controversé tombent. Que l’on soit du milieu et pensions que Ben « c’était mieux avant » ou que l’on ne connaisse que les dérivés commerciaux de ses sentences écrites blanc sur noir, on y trouve des sources d’étonnement et de réflexions.
 
 
BEN, J’ai voulu abandonner l’art mais j’en ai fait de l’art, 1970 - © Adagp, Paris, 2009
 
« Le traumatisme de Marcel Duchamp »
 
Ben Vautier ne le cache pas, bien au contraire, il est entré dans l’art sans savoir où il allait, mais porté par ses doutes et son scepticisme face à l’avenir. Marcel Duchamp est un nom qui revient sans cesse et cela dès les premières œuvres. Comment se situer par rapport au ready-made ? Qu’est-ce qu’un artiste après Marcel Duchamp? Les premières salles nous montrent la réponse provocatrice de Ben. S’il a suffit à Marcel Duchamp de nommer une pissotière « Fontaine », de la signer et de la placer dans un musée pour faire œuvre d’art, alors il suffit à Ben d’écrire son nom sur une toile ou une planche pour être un artiste. De ce point de départ naîtra ses œuvres conceptuelles, « Tout est art », « Rien est art », sa série sur l’ego… En mettant simplement à nu ses doutes, il interroge. Il interroge le visiteur mais aussi les travaux d’autres artistes qui l’ont inspiré, voire dont il était jaloux parce que nés avant lui. Il semble en effet que Ben doute de tout et surtout du devenir de l’art contemporain, de sa place au sein de la société, « au secours, l’art n’arrive pas à s’arrêter », mais « tout est art », « tout est compétition », « tout est marchandise ». Son désarroi face à ce vers quoi tend l’art entre en contradiction avec l’image dont il joue.
Il se veut immense provocateur tout autant qu’il remet en question la provocation et pousse le visiteur à réfléchir sur ce thème. Il propose en effet de s’exprimer en vidéo sur la phrase « pas d’art sans provocation ». L’exposition est ainsi faite qu’elle est accessible à tous et sollicite sans cesse notre réactivité. Les contradictions, qui font le bonheur de ses détracteurs, structurent son travail et sa recherche et amènent la réflexion. L’art conceptuel, les ready-mades et son appartenance pendant un temps au mouvement Fluxus, l’ont mené à ce tiraillement entre provocation et réelle inquiétude.
 
 
 
BEN, Je signe la vie, 1970 - © Adagp, Paris, 2009
 
 
« Un strip-tease intégral »
 
Ben Vautier aborde tous les sujets : la mort, l’art, le quotidien, le sexe, l’ethnisme, … Progresser d’une salle à l’autre nous fait entrer dans un univers de plus en plus intime où l’ego tant questionné de l’artiste se confond avec le nôtre. En érigeant sa vie comme œuvre d’art, Ben nous parle en vérité de la vie, de ce qu’elle est dans le monde actuel, et surtout de tout ce que traverse l’individu. Il ne cache ni son narcissisme, ni ses doutes, ni sa révolte contre le consumérisme ni la gloire qu’il lui apporte et qu’il aime tant.
Il avoue tout et, que le personnage nous soit sympathique ou pas, il parvient ainsi à un portrait de l’humain dérangeant parce que très juste. L’humour et le caractère ludique de ses installations allège le constat. Au deuxième étage, chaque alcôve est accompagnée de vidéos d’une minute. C’est le laps de temps que Ben s’est accordé pour nous transmettre son point de vue actuel sur le thème précis exposé dans l’alcôve. Cette approche méthodique disparaît au troisième étage où les créations regroupent tous les sujets. On suit donc la maturation d’une pensée pour arriver au cœur de l’imaginaire de Ben. Chaque étage apporte les clefs du suivant.
L’exposition se révèle donc dense et satisfaisante malgré le regret de ne pas voir une réelle innovation dans le travail de Ben depuis ses débuts. En effet, les thèmes et les écritures qui forment la majeure partie de son œuvre, finissent par nous lasser.
 
 
BEN, Bizart baz’art, 2003 - © Blaise Adilon © Adagp, Paris, 2009
 
 
N'hésitez pas à faire un tour sur le site personnel de l'artiste (www.ben-vautier.com) et de vous inscrire à sa newsletter. Vous suivrez ainsi les états d'âme de Ben dont l'adresse email est ego@ben-vautier.com (!).

Comments

subscribe to comments RSS feed
#0001G. Duc said | 20/05/2010 10:16
Excellent, cet article dans lequel l'auteur(e) oublie sa petite personne (c'est rare dans ce genre de milieu) pour se focaliser sur l'artiste, sur l'exposition, et nous transmettre des renseignements qui vont à l'essentiel. Le lecteur intéressé par l'art peut alors faire son choix en sachant où il va - s''il a décidé d'y aller ! A poursuivre !
gduc
#0002un livreur said | 01/07/2010 18:18
trop bien écrit cet article!

leave a comment


When Art Foretells a Grim Reality

Chagall, More Touching Than Ever

Fifty Shades of Gray

Mary Cassatt at The Mona Bismarck Foundation

From Paris to Hollywood

Pictures of France

Yue Minjun, The Chinese Clown

Dialogue on the Grand Canal

THE ANNENBERG FOUNDATION SUPPORTS FRENCH AND AMERICAN COLLABORATION THROUGH THE AMERICAN FRIENDS OF THE MUSEE D’ORSAY

Japan... One year later

Matisse, Matisse, Matisse …

David Shrigley: Brain Activity at the Hayward Gallery

Zarina Bhimji at the Whitechapel Gallery, London

Une aurore boréale nommée Akseli Gallen-Kallela

Doisneau dans les nuits des Halles

Les Stein : une famille et des peintres

La photographie s’expose

Munch moderne

Louis Valtat : à l’aube du fauvisme

En direct de Art Basel

Exposition Figures & Fictions, Photographie Contemporaine d’Afrique du Sud

Haute voiture

FAUVE QUI PEUT

Holy Daughters by Prune Nourry

« Et à part Monet ? » : les expositions d’art du XIXe siècle à Paris

Basquiat à l’honneur au Musée d’art moderne de Paris

Le rideau tombe sur l’Exposition Universelle

Pierre Ducellier dit Windorf (1944-2007) : un Peintre, deux vies, deux livres

Les grandes ventes d’art contemporain de novembre 2010 à New York

Marrakech Art Fair

Arles en Bleu

LaM s’ouvre - Première exposition publique d’art brut en France

Rashid Rana - Perpétuel Paradoxe - Musée Guimet

Les Rencontres de la Photographie in Arles : 40 years of existence

Happy Days à Aix en Provence- Rétrospective François Arnal

Angel Fernandez de Soto - Christie's Londres

La Peau de l’Ours, André Level et Pablo Picasso

Mind the Gap

Hopper, "Si on pouvait le dire avec des mots, il n'y aurait aucune raison de le peindre"

Art Basel 2010

Une artiste en voie de (pro)création : portrait d’une jeune artiste qui s’empare de la science

David Reimondo à la Galerie DiMeo à Paris

Interview de Mattieu Nicol, un des commissaires et responsable presse/partenariats de REVELATION, foire de photographie contemporaine

Death, Sex, Punishment and Springtime in Paris

Enchères records à New York, Vol record à Paris !

JAMES HOWARD- BLACK MONEY- London, 22 April through 21 May 2010

Débat Street Art à la NM Galerie avec ArtyParade en tant qu'intervenant !

BEN, « strip-tease intégral »

PAUL GAUGUIN, VERS LA MODERNITE

Skin Fruit: Art’s Sweeter on the Inside

Henri Michaux & Franklin Chow : traversée du temps, traversée de l’espace

Une vibration inaudible à l’oreille nue…*

Chic un dessin !

Art Paris, une foire digne d'un chenil !

Parade à l’Armory Show

Launched in 2008, the British Insurance Design Awards are the Oscars of Design.

Too great, Toorop !

« Turner et ses peintres » au Grand Palais : coup commercial ou véritable innovation ?

Du nouveau au Louvre ? Oui mais du contemporain !

Have a Coke for Islam! Adel Abidin exposes at the Kiasma Museum for Contemporay Art, Helsinki, Finland February 12th – April 25th 2010

Le design comme invention

Aimer avec un pinceau, éduquer avec un regard

Performance by Fabien Breuvart on the evening of the Paris Phato 09 private showing… or photographic “raw art” !

New York Sales: Sotheby's 1 – Christie’s 0.5

Fiac 2009 : finally, an international commercial exposition in Paris

Fireworks from Fabien Giraud and Raphaël Siboni, FIAC 2009

The bubble having burst, Frieze seems to have lost its fizz