November 03, 2010 18:16

Pierre Ducellier dit Windorf (1944-2007) : un Peintre, deux vies, deux livres

Dans l’attente de l’exposition qui lui sera consacrée à la Galerie Pierre-François Garcier du 26 novembre au 10 décembre 2010, la sortie de la monographie et du roman de la vie de Windorf sont l’occasion de découvrir l’œuvre et la personnalité de ce peintre abstrait géométrique et énigmatique.

 
 
 
 
 
Windorf : la monographie et le roman, par Caroline Rollet
 
En 2009, le marchand d’art Pierre-François Garcier se porte acquéreur en salle des ventes, de tableaux abstraits d’un certain Pierre Ducellier, dit Windorf. Il ne doute pas un instant de son choix, conquis par les qualités plastiques des compositions géométriques de cet artiste dont il ne sait pourtant rien. Il ne doute pas non plus qu’un travail de recherches ne tardera pas, à travers les témoignages de proches, de peintres l’ayant côtoyé ou de galeristes l’ayant exposé, à lui révéler une part de la vie et de la démarche artistique de Pierre Ducellier, né à Rosny-sous-Bois en 1944 et décédé en 2007.
 
Rapidement, les recherches prennent l’allure d’une véritable enquête, tant les indices se révèlent rares, pour ne pas dire inexistants : aucunes traces d’expositions ou presque, pas la moindre men­tion dans une revue d’art. Pire encore : à Bois-Colombes, où Pierre Ducellier a passé une grande partie de sa vie, aucuns de ceux qui le fréquentaient n’ont su qu’il peignait ; on ne lui connaissait que son métier de décorateur d’intérieur. Quant au pseudonyme de Windorf, aux accents germaniques, nul n’en avait jusque-là entendu parler.
À ce jour, seuls quelques fragments sont parvenus de ce qu’il pourrait bien s’agir d’appeler une double vie.
 
Une double vie sur laquelle le romancier Stéphane Audeguy lève une part du mystère avec « Signé Windorf », composé de deux textes «autobiographiques» du peintre et d’une notice critique.
 
Demeure bien sûr l’oeuvre de Ducellier-Windorf, qui n’a cessé de produire des années 1960 aux années 2000. Une oeuvre forte, haute en couleurs et radicalement abstraite, que l’historienne d’art Aurélie Vandevoorde, tout en distinguant trois grandes périodes dans la démarche artistique du peintre, replace dans ce grand mouvement de la seconde moitié du XXe siècle qu’est l’art concret.
 
 
Windorf : une découverte, par Aurélie Vandevoorde
 
Des tableaux par centaines. Accrochées sur les murs. Entassées dans les moindres recoins… Telle fut notre première rencontre avec l’œuvre de Pierre-Ducellier, dit Windorf en ce jour de janvier 2009 dans une salle des ventes de Boulogne.
Une découverte ô combien spectaculaire ! Nous voilà immergés dans un univers plastique d’une intensité rare. De toutes parts, des toiles abstraites aux couleurs contrastées, des compositions géométriques aux motifs tantôt orthogonaux, tantôt obliques. Des œuvres à la fois statiques et dynamiques, dont l’ensemble génère un choc visuel inédit. Et partout, ces trois couleurs – rouge, jaune, vert – entrecoupées de noir et de blanc, qui reviennent sans cesse et nous plongent brusquement dans un univers artistique radicalement nouveau.
Lorsque ces tableaux furent présentés aux enchères, bien rares étaient ceux qui avaient entendu le nom de Windorf… Nulle mention dans les revues d’art. Aucune trace d’expositions, ou presque. Un nom pour ainsi dire inconnu, n’ayant jamais fait l’objet de publicité ou d’écrits quelconques…
Comme s’il avait fallu attendre le décès de leur auteur pour que ces centaines d’œuvres soient enfin dévoilées… En prenant connaissance de ce gigantesque ensemble pictural, c’est donc une étrange sensation qui domine : l’émotion privilégiée de celui à qui il est offert de découvrir d’un coup le travail de toute une vie, mêlée au sentiment d’indiscrétion de pouvoir contempler pour la première fois des œuvres jusque là réservées à l’intimité de l’atelier de l’artiste.
Une peinture qui n’est pas celle d’un amateur peignant à ses heures de loisirs. Car il suffit de contempler quelques secondes l’œuvre de Pierre Ducellier pour comprendre que l’on n’est nullement face à un « peintre du dimanche ».
Ce qui frappe au contraire le spectateur lorsqu’il découvre les tableaux, c’est l’ampleur et la cohérence de l’œuvre ainsi constituée et la cohérence de cet ensemble. C’est également le caractère abouti de la recherche plastique et artistique de son auteur ainsi que la personnalité très marquée de ces toiles qui, tout en s’inscrivant dans la grande tradition de l’art concret de la deuxième moitié du XXe siècle, ne ressemblent à rien d’autre de connu.
Nous sommes ici face à un artiste qui, de toute évidence, se concevait comme tel et avait une vision exigeante de son art. Car il n’y aucune facilité dans les œuvres de ce peintre, aucun effet plastique facile, aucune recherche d’une peinture strictement décorative, mais à l’inverse, une rigueur extrême, tant dans la conception que dans la réalisation.
Ducellier à la ville, Windorf dans son atelier : tel est le paradoxe de cet étrange personnage que fut Pierre Ducellier-Windorf. D’un côté, un artiste qui se vivait comme tel, et qui peignit de manière ininterrompue des années 1960 jusqu’à sa mort en 2007. D’un autre, un homme dans la discrétion confinait au secret et qui ne révéla presque jamais son œuvre, jusqu’à aujourd’hui, où la municipalité de Bois-Colombes lui rend en hommage en organisant sa première exposition.
 
 
Windorf : la biographie, par Pierre-François Garcier
 
Après des études aux Beaux-Arts de Marseille en 1960, Pierre DUCELLIER s'installe en région parisienne où il exerce le métier d'architecte et décorateur d'intérieur.

Lors de ses temps libres, il peint des scènes religieuses qui sont rapidement abandonnées à la fin des années 1960 pour aller vers une peinture abstraite d'abord lyrique avant de plonger définitivement dans l'abstraction géométrique.

En 1976, il expose une toile de 170x130cm au Salon COMPARAISONS au Grand Palais à Paris sous le nom de Pierre DUCELLIER.
Vu le succès qu'il rencontre, il décide de persévérer dans son style géométrique et présente deux œuvres en 1978 au même Salon "Acid Test" et "Drums2", mais cette fois-ci sous le patronyme de Pierre WINDORF, nom d'artiste qu"il a définitivement adopté et qu'il conservera jusqu'à la fin de sa vie.

Sa puissance créatrice trouve ses sources dans le mouvement néo-plastique dont le père fondateur est Piet Mondrian et le mouvement Bauhaus, et dont l'héritier est Jean-Albert Gorin et toute l'école suisse et les artistes Berlinois notamment Günter Fruhtrunk.
Pierre DUCELLIER ayant une véritable passion pour Berlin, où il exécute de nombreuses toiles, prend le diminutif de Windorf pour dissocier son travail artistique de celui de décorateur.
Mais comme Mondrian, il ne renie pas les œuvres décoratives où la couleur et les formes se suffisent à elles-mêmes, occupant ainsi l'espace.
Un univers de plénitude et de sagesse compris entre des lignes droites et voyageant comme un électron libre dans un carré ou un rectangle.
 
Pierre Ducellier dit Windorf
Roman par Stéphane AUDEGUY
Monographie par Aurélie VANDEVOORDE
Les deux ouvrages, à tirage limité, sont réunis sous coffret.
Coffret Windorf : 21x21cm, 88 pages chaque ouvrage, Editions Altamira, 40 euros.
Galerie Pierre François Garcier
50 rue Laborde
75008 Paris
06 64 24 63 42
http://www.pfgarcier.com/contact.html (http://www.pfgarcier.com/contact.html)
 
 

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