June 15, 2011 14:44

Exposition Figures & Fictions, Photographie Contemporaine d’Afrique du Sud

Par Sandra Donnève-Baliozian

 
L’exposition Figures & Fictions, qui se tient en ce moment au Victoria & Albert Museum de Londres, réunit le travail de 17 artistes sud-africains qui ont photographié leur pays entre 2000 et 2010. Chaque photographe présente une ou plusieurs séries qui nous montrent des portraits éclectiques du peuple sud-africain, et qui soulèvent ce que cela implique de vivre et de travailler aujourd’hui en Afrique du Sud.
 
Tout a commencé quand la commissaire d’exposition, Tamar Garb, a découvert la collection de photographies de David Goldblatt détenue par le V&A. Le doyen de la photographie sud-africaine a donné 120 tirages au musée en 1987 car il était inquiet de leur devenir en Afrique du Sud. Tamar Garb a commencé à échanger avec Martin Barnes, conservateur en chef de la photographie au V&A museum, et de là est née l’exposition Figures & Fictions.
 
Le parcours s’effectue par artiste. L’exposition débute par une photographie représentant un couple de blancs tenant dans leurs bras un bébé noir. Cette image du photographe Pieter Hugo, revêt une importance toute particulière pour Tamar Garb, car elle nous autorise à un « espoir fictif ». Commencer l’exposition par une telle photo n’est pas anodin, car cette image relève à la fois du portrait, de la photographie documentaire et d’une étude socio-démographique et ethnographique des habitants d’Afrique du Sud. On retrouvera ces thèmes à travers de le travail de quasiment tous les photographes réunis dans Figures & Frictions.
 
 
 
Pieter Hugo, Pieter and Maryna Vermeulen with Timana Phosiwa © Pieter Hugo. Courtesy of Michael Stevenson, Cape Town
 
Plus loin, le photographe Zanele Muholi interroge, à travers une série de portraits, la position des lesbiennes, gays, transsexuels et bisexuels en Afrique du Sud. Par cette série, la photographe donne de la visibilité aux homosexuels et transsexuels et les met en avant à travers le portrait. Elle sublime leurs différences en les faisant poser très simplement devant son objectif. Pour cela elle travaille avec un appareil photo sans pied, afin de favoriser la spontanéité et l’échange avec ses sujets.
 
 
 
Zanele Muholi, Martin Machapa (Série Beulahs), 2010 © Zanele Muholi. Courtesy of Michael Stevenson, Cape Town
 
Dans un style différent, les portraits dans la nature de Zwelethu Mthethwa, mettent en avant l’originalité vestimentaire des garçons Zulu et des hommes de la communauté religieuse Shembe. Ils ne portent normalement ces costumes qu’à l’occasion de leurs danses lors de rituels, mais Zwelethu Mthethwa choisit de les représenter hors de ce contexte lié à leur origine. Ils ressemblent donc plus à des étudiants anglais ou à des montagnards écossais qu’à de jeunes africains, et c’est ce mélange des genres et des codes, auquel s’ajoute une frontière floue entre le féminin et le masculin, que recherche ici le photographe.
                                  
 
 
Zwelethu Mthethwa, Untitled (from The Brave Ones Series), 2010 © Zwelethu Mthethwa. Courtesy of the artists and Jack Shainman Gallery, New York
 
L’Afrique du Sud a un des taux de criminalité les plus élevés au monde. Et David Goldblatt s’est intéressé à l’humanisation de ces criminels, en affichant une photographie d’un assassin, voleur, délinquant…et en accompagnant la photo d’une description de la personne, d’un témoignage d’un de ses proches, racontant son histoire, et comment elle en est arrivée là. Ce travail, au-delà de se poser la question de s’il réussit à nous faire aimer le sujet et à ressentir de la compassion pour lui, rapproche le visiteur du « mal » qui le découvre ainsi de manière frontale.
 
 
 
David Goldblatt, Blitz Maaneveld, 2008 © David Goldblatt. Courtesy of the artist and Goodman Gallery
 
Goldblatt, qui a eu une rétrospective à la fondation Henri Cartier-Bresson au début de l’année, est l’un des photographes les plus connus parmi ceux représentés dans cette exposition. Mais on découvre aussi des artistes à mi-parcours, comme par exemple Guy Tillim, qui fait partie de l’avant-garde de la photographie sud-africaine. Ses images se différencient de celles de ses pairs représentés dans Figures & Fictions, car il n’aborde pas le portrait de manière aussi frontale. Son travail est plus suggestif, presque lyrique. Il laisse le regardeur aller plus loin que les vues fragmentées qu’il montre. La prise de vue oblique et l’angle décadré inspirent l’inquiétude, mais ne montrent rien.
 
 
 
Guy Tillim, Petros Village, Malawi, 2006 © Guy Tillim. Courtesy of Michael Stevenson, Cape Town
 
Figures et Frictions constitue un bon point de départ pour découvrir la photographie sud-africaine des dix dernières années, mais aussi pour mieux connaître les habitants de ce pays, et leur vie après l’apartheid. Il a été reproché à l’exposition de vouloir trop en dire, mais la sélection de seulement 17 photographes représente un panel diversifié de la production actuelle et permet de s’interroger sur des questions aussi variées que la politique, les classes sociales, la race, le sexe, la délinquance, dans un pays profondément bouleversé et politiquement instable.

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