13 Mai 2014 17:09

Miss Mapple et Mr Thorpe

Par Julien Beauhaire
 

Deux rétrospectives consacrées au photographe Robert Mapplethorpe (1946-1989), l’une au Grand Palais et l’autre au musée Rodin, s’attachent à révéler la complexité du travail de l’artiste et à sortir son œuvre du carcan « hipster gay friendly ».
 
Qui est donc Robert Mapplethorpe ? « Un virtuose du noir et blanc ? Un enfant terrible du trash sexuel du New York des seventies ? Une brebis galeuse du Queens ? Un mondain qui dînait avec Saint Laurent, Loulou de la Falaise ou la sœur de la reine d’Angleterre ? L’enfant chéri de sa mère ? Le fils honni de son père ? La coqueluche des galeristes branchés ? », s’interroge sa biographe Judith Benhamou-Huet (Dans la vie noire et blanche de Robert Mapplethorpe, Grasset, 216 pages, 17 €), co-commissaire des deux expositions. Un peu tout cela à la fois, mais surtout un photographe et plasticien qui vénère le corps.
Au Grand Palais, Jérôme Neutres, le commissaire de la rétrospective, a voulu rendre un hommage au photographe à la hauteur de la monographie consacrée à Helmut Newton qu’il avait organisée. On y découvre un artiste protéiforme dont les installations côtoient ses clichés les plus célèbres. Et l’on pénètre dans son œuvre par la fin, plus précisément par son autoportrait aux vanités de 1988  tenant « cette canne satanique qui joue le rôle d'Orphée à l’entrée du royaume des ombres ». On y retrouve les bas-fonds new-yorkais, traités à la manière des amours d’un Jean Genet, l’amitié amoureuse avec Patti Smith, façon Les Enfants terribles de Cocteau, et le sexe, capturé comme un visage ou une fleur, « puisqu’il s’agit de la même chose ».
Robert Mapplethorpe voit « les choses comme des sculptures, comme des formes qui occupent un espace ». Sculpteur avant d’être photographe. C’est le critique d’art italien, Germano Celant, qui le premier a tenté un rapprochement entre son œuvre et celle d’Auguste Rodin. Audacieux, car si le premier sculpte le corps de la femme qu’il adule sans aucun maniérisme, le second capture celui, masculinisé, d’une amie culturiste en effaçant tous ses défauts et en vidant ses formes de leur genre, quitte à les rendre creuses… comme des moules. Pourtant, tout l’intérêt du rapprochement entre ces deux artistes tient à ce qu’il n’y a ni confrontation ni comparaison, mais bien réverbération et écho. Le dialogue inventé  entre ces deux hommes issus de deux mondes et de deux époques étrangers est formel. « C’est tout simplement de la sculpture en photo, le désir de faire sentir la forme en image », résume Judith Benhamou-Huet. Les points de rencontre entre noir et blanc, bronze et papier, ombre et lumière fonctionnement d’autant mieux qu’ils sont mis en scène par un habile jeu de transparences. Les têtes répondent aux crânes, les pieds se rejoignent dans leur détail, les mouvements répliquent aux tensions dans l’érotisme. « Si j’étais né il y a cent ou deux cents ans, j’aurais sans doute été sculpteur, mais la photographie est une façon rapide de regarder et de créer une sculpture », confie le photographe. L’historiographie de l’art a ceci de merveilleux qu’elle exauce post-mortem son rêve.
 
Description : M:Pole GraphiqueMAGAZINE_DSFDDSFD 160_Mai_2014Maquette
Robert Mapplethorpe, White Gauze, 1984, MAP 1330 © 2014 Robert Mapplethorpe Foundation, Inc. All rights reserved
Auguste Rodin, Torse de l’Age d’airain drapé, vers 1895, plâtre, S. 3179 © Paris, musée Rodin, ph. C. Baraja
Description : M:Pole GraphiqueMAGAZINE_DSFDDSFD 160_Mai_2014Maquette
Robert Mapplethorpe, Feet, 1982, MAP 895 © 2014 Robert Mapplethorpe  Foundation, Inc. All rights reserved
Auguste Rodin (1840-1917), Pied gauche, terre cuite et bois, Paris, musée Rodin, S. 3840 © Paris, musée Rodin,
ph. C. Baraja
 
Robert Mapplethorpe, jusqu’au 13 juillet au Grand Palais
Mapplethorpe-Rodin, jusqu’au 21 septembre au musée Rodin


Robert Mapplethorpe, teaser de l'exposition par Rmn-Grand_Palais

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