04 Juin 2014 12:05

La part animale

Par Julien Beauhaire
 
La galerie Scheidecker à Paris propose un étonnant périple dans la représentation labyrinthique des hybrides, minotaures, chimères et autres mutants.
 
« Si on marquait sur une carte tous les itinéraires par où j’ai passé et si on les reliait par un trait, cela ferait peut-être un Minotaure. » La phrase est signée Picasso. Hybride mi-homme mi-taureau, la figure a traversé les siècles dans l’univers de l’art : depuis l’antiquité jusqu’au XXe siècle en passant par les sculpteurs Ramey (1826) ou Barye (1843). Minotaure et autres hybride, chimère ou mutant n’ont, curieusement, pas fait l’objet de beaucoup d’expositions d’art. Il y a bien eu « Chimères et mutants » aux Arts décoratifs en 2011, « Hybrides » à Douai la même année et des références appuyées lors de montages thématiques à la BNF, mais rien qui réunissent ces trois thèmes.
 
L’oubli est comblé pendant encore quelques semaines : la galerie Sophie Scheidecker dans le Marais invite à découvrir cet univers onirique à travers une très belle exposition intitulée « La part animale ».
La scénographie, très muséale, se déroule en deux salles – art moderne et art contemporain. Et dans ce dédale, le fil laisse admirer plus d’un siècle de création à travers une quarantaine d’œuvres – de premier marché. De Félicien Rops (1896) à Theo Mercier (2014), on trouve pêle-mêle un inédit dessin de minotaure de Picasso (1937), deux de ses gravures de Marie-Thérèse Walter (1933), mais également des œuvres d’Ensor (1938), Dali (1939), David Lynch… Et l’on s’aperçoit que si l’hybride est un thème classique qu’un artiste doit avoir une fois au moins traité, certains y dédient leur production à part entière, à l’instar de Jake et Dinos Chapman. Mêlant violence et poésie, la représentation de l’animalité chez l’homme interroge également le phénomène de l’hybridation et de la génétique, à l’image cette ravissante vache-petite fille de Prune Nourry, issue de la série Holy Daughters.
 
 
Charles Avery, Untitled, (Theodora & Mr. Impossible), 2006
© Galerie Scheidecker
 
Le projet des deux femmes a pris à la commissaire de l’exposition, Tatyana Franck, et à la galeriste six mois de travail. « La chimère est un thème classique absolument fascinant, explique la première. C’est le fantasme de l’être absolu qui attire autant qu’il effraie. Sophie Scheidecker m’a donné carte blanche pour réunir ces représentations mutantes et fantomales. » Et cette dernière d’ajouter : « J’ai tout de suite cru en ce projet. D’ailleurs tous les artistes contemporains ont accepté de collaborer à cette question de la perte d’identité et du questionnement véritable ». À voir.
 
 
David Lynch, Dog with human head, 2013
© Galerie Scheidecker
 
Jusqu’au 15 juillet, à la galerie Sophie Scheidecker à Paris

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