04 Juin 2014 12:14

Les verts galants

Par Sybille Vie
 
Watteau, Boucher et Fragonard sont à la fête pendant encore quelques semaines au musée Jacquemart-André. Galanterie et hédonisme de rigueur.
 
En choisissant judicieusement une soixantaine de toiles et dessins du monde entier, c’est toute la variété du genre pictural des fêtes galantes qui est racontée au visiteur du musée Jacquemart-André. Grâce à une scénographie thématique, l’exposition De Watteau à Fragonard, les fêtes galantes dévoile les multiples interprétations que les grands maîtres de la peinture française ont livrées de ce genre en constante évolution au cours du XVIIIe siècle. Parce qu’il n’est pas précisément défini et qu’il n’a pas de sujet déterminé, le thème des fêtes galantes a encouragé plusieurs générations d’artistes à expérimenter et innover, avec pour seul leitmotiv la recherche de l’élégance. Une véritable démonstration de l’art de vivre à la française au siècle des Lumières.
 
 
Jean-Honoré Fragonard, Le Jeu de la main chaude, vers 1775-1780, National Gallery of art, Washington D. C., Samuel H. Kress collection
© Courtesy National Gallery of Art, Washington
 
Grand précurseur, Antoine Watteau tire son inspiration des pastorales italiennes et flamandes des XVIe et XVIIe siècles qu'il transforme en scènes champêtres à la fois raffinées et poétiques. Insouciantes, les nombreuses figures qui peuplent ces toiles jouent, se promènent et badinent dans un cadre végétal idéalisé. Les trouées lumineuses attirent l'œil sur les galants dont les attitudes et mouvements suggèrent les sentiments. La touche libre et la palette délicate du peintre donnent à ses œuvres une spontanéité à la grâce intemporelle (La Proposition embarrassante, vers 1715-1720).
Nicolas Lancret et Jean-Baptiste Pater prennent la suite du maître et s'approprient le genre. De manière assez surprenante, des éléments du réel investissent les compositions au point de rendre les lieux et les personnages identifiables de tous et surtout des acheteurs. La seconde moitié du siècle voit le genre évoluer vers plus d’extravagance. François Boucher en donne une lecture très sensuelle en faisant la part belle aux figures féminines dont les poses lascives dévoilent le nacré des carnations (Les Charmes de la vie champêtre, vers 1735-1740). Les fêtes deviennent des scènes galantes à part entière, souvent assez artificielles et fantaisistes, dans la plus pure tradition rococo.
Jean-Honoré Fragonard donne sa dernière expression au genre. Sous son pinceau, comme à son habitude, les couleurs se font flamboyantes et le paysage onirique. Les toiles, souvent imposantes et donc plus décoratives, s’attachent à rendre avec éclat l’expression d’un hédonisme fantasmé (Le Jeu de la main chaude, vers 1775-1780).
De Watteau à Fragonard, les fêtes galantes, jusqu'au 21 juillet 2014, musée Jacquemart-André
 
 

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