09 Avril 2015

La toilette mise à nu

Par Julien Beauhaire
 
Le musée Marmottan Monet présente une exposition inédite retraçant depuis le XVe siècle la représentation artistique du rituel corporel intime.
 
Une centaine d’œuvres et deux historiens pour commissaires, Nadeije Laneyrie-Dagen et Georges Vigarello. Il n’en fallait pas moins pour aborder enfin le thème de la toilette et celui de l’intime. Car au-delà du rapport hygiéniste au corps, c’est toute la construction de l’individu moderne qui apparaît au fil des siècles, à travers à la fois son acceptation du nu et des soins corporels.
 
Le XVIe siècle met fin à une iconographie miniature de « bordels-étuves », avec des cuves collectives accueillant plusieurs baigneurs comme celles peintes par Dürer, Baldung Grien, Beham quand la seconde école de Fontainebleau donne à voir de son côté des dames au bain (Diane de Poitiers par l’atelier de François Clouet ou Dame à sa toilette, anonyme).
Les postures se font galantes dans une composition en buste quasi grandeur nature, les mains visibles. « Un mélange d’érotisme et de froideur hautaine », résument les commissaires.
 
Sans nudité. C’est ainsi que la toilette s’opère durant la période classique. L’eau s’y fait rare et est assimilée à une source de danger pour les humeurs ou de fragilisation de l’épiderme face à la peste.
On opte alors pour le coiffage au peigne, tout comme l’auscultation au miroir (Nicolas Régnier, Jeune Femme à sa toilette) ou dans un jeu de clair-obscur (Georges de La Tour, La Femme à la puce).
Cette toilette sèche se veut davantage mondaine et privilégie le linge, le parfum et les onguents, autant que les conversations et la sociabilité.
 
La toilette humide, comme le fait de se laver simplement les mains, apparaît ici comme dégradante.
Au cours des Lumières, les ablutions se font partielles et la représentation du nu emprunte des codes du libertinage : gros plans sur des fesses ou sur le sexe, recours aux bas ou aux jarretières…
Toilette courte ou longue, la chair se laisse entrapercevoir, même si au bain, un drap recouvre encore l’eau dans laquelle est immergé le corps ou si à sa sortie une chemise s’apprête à le cacher (Jean-Antoine Watteau, La Chemise). Et pour les amateurs d’interdits, il y a aussi les paires de peintures commandées par Randon de Boisset à Boucher (La Gimblette ou L’Enfant gâté).
 
 
Eugène Lomont, Jeune femme à sa toilette, 1898
© RMN Grand Palais/Thierry Ollivier
 
Au XIXe siècle, intimité des corps et intimité de l’espace vont ensemble. La toilette intime, les ablutions et le lavement des pieds requièrent de la confidentialité. Même les domestiques ne sont plus tolérés dans ces lieux privés, où les mouvements des éponges sur les corps rivalisent avec les ruissellements d’eau sur la peau (Edgar Degas, Femme dans son bain s’épongeant la jambe ou Eugène Lomont, Jeune Femme à sa toilette).
 
 
Edgar Degas, Femme dans son bain s’épongeant la jambe, vers 1883
© RMN Grand Palais (musée d’Orsay)/ Hervé Lewandowski
 
Dans ces sanctuaires humides où l’homme – l’époux surtout – n’a pas droit de regard, les modèles montrent leur dos et les têtes se détournent. Rendue abondante, l’eau – sur les corps ou en buée – participe de l’érotisme ambiant, mais sous une forme désormais hygiénique et non plus libertine (Henri de Toulouse-Lautrec, Femme qui se lave ou Berthe Morisot, Devant la psyché).
 
 
Le Rouge à lèvres, František Kupka, 1908
© Centre Pompidou, RMN-Grand Palais
 
Ultime passage de cette confrontation permanente entre propreté et intime en pleine détente, le XXe siècle libère le corps. Jusqu’à en oublier la toilette, pour mieux se concentrer sur sa vérité (Pablo Picasso, Nu assis se coiffant). 
 
 
Bettina Rheims, Karen Mulder portant un très petit soutien-gorge Chanel, 1996
© Studio Bettina Rheims
 
La Toilette. Naissance de l’intime, jusqu’au 5 juillet 2015, Musée Marmottant Monet.
 
À lire : le remarquable catalogue de l’exposition La Toilette -Naissance de l’intime de Nadeije Laneyrie-Dagen et Georges Vigarello (Hazan, 224 pages, 29 €).

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