22 Mars 2010

Too great, Toorop !

Par Constance Cuvillier (constance@artyparade.com)

 

Assurément, le nom de Toorop évoque dans l’esprit du public le grand peintre néerlandais Jan Toorop. Mais c’est sa fille que le Musée d’art moderne de la ville de Paris, toujours original et soucieux de mettre en lumière des artistes de qualité mais peu montrés, présente aujourd’hui, avec une exposition qui pour la première fois en France nous fait découvrir ce peintre figuratif, puissant, qui a compté dans l’art moderne néerlandais.

 

Charley Toorop (1891 - 1955), nous dévoile tout d’abord des toiles empreintes de luminisme.

Cet accent mis sur les effets de lumière se marie à l’influence symboliste qu’elle reçoit de son père, peintre symboliste majeur aux Pays-Bas. Cette alliance procure une grande force à ses peintures, comme en témoigne notamment la toile Phare dans le soir (1916). L’artiste veut par son œuvre donner une représentation de la réalité née d’« un regard inspiré », selon ses propres termes.

Mais le travail de cet artiste ne peut être résumé aussi simplement. Charley Toorop n’a eu de cesse de le faire évoluer, ce que le visiteur peut ressentir à travers la scénographie, exemplaire.

Au fil des œuvres se dessine une tendance expressionniste, un goût pour les couleurs sombres, épurées, au dessin souligné de noir. L’artiste voyage beaucoup, répercutant dans ses œuvres les tendances artistiques des lieux visités. Son escale parisienne  notamment, dans les années 1920, lui fait découvrir la veine cubiste de Léger ou de Picasso. Charley Toorop accentue également la touche humaniste : son œuvre va être marquée par des sujets humbles, où la figure humaine tient une place prépondérante. Ses visages sont hypnotiques, l'hypertrophie des yeux rappelle ce « regard inspiré » auquel tient tant l’artiste. Ce réalisme, cet humanisme sont particulièrement marquants dans les nombreux autoportraits qu’elle réalisera tout au long de sa vie.

 

 

Charley Toorop, Autoportrait, 1928 , © Museum Boijmans Van Beuningen, Rotterdam

 

 

Une parenthèse sur la pratique de l’autoportrait s’impose ici. Les experts en attribuent la paternité à Titien, qui se représentait en vieil homme honorable. Le développement de l’autoportrait va coïncider avec la renaissance du statut social du peintre, qui à la fin du XVème siècle, ne va plus être considéré comme un marginal, un maudit. De cette reconnaissance sociale va découler une reconnaissance de soi de la part des artistes. Chaque autoportrait dévoile une partie de l’identité de son auteur : représentation classique pour Tintoret, multiple pour Rembrandt, tourmentée pour Le Caravage ou plus tard Van Gogh, dont on peut mesurer l’inquiétude face à la maladie.

 

Cette série de portraits ne manquera pas de rappeler aux visiteurs la récente exposition Ensor au musée d'Orsay. Un artiste qui pratiquait l'auto dérision mieux que quiconque dans ses autoportraits, en se représentant par exemple la tête sur un plat dans (Les cuisiniers dangereux !).

 

Il est temps de revenir à Charley Toorop, et de s’arrêter un instant sur son entourage familial et amical.

 

Charley Toorop, Portrait de l'artiste avec amis, © Collection Groninger Museum/John Stoel

 

Au sein de la famille Toorop, le don artistique se transmet de génération en génération. Charley a été influencée par le talent de son père, et a également encouragé et conseillé son fils, peintre lui aussi et représentant l’un des principaux protagonistes de la nouvelle abstraction en Hollande.

De nombreux sujets, et notamment ses œuvres Repas des amis, ou Trois générations, semblent révéler l’importance de l’environnement familial et amical de l’artiste. La maison de Bergen fut le foyer de la réflexion artistique de Charley. En témoignent les nombreuses photographies de cette maison et de ses alentours prises par sa protégée, Eva Besnyo.

D’une totale ouverture d’esprit, Charley Toorop soutient le cinéma d’avant-garde où les jeunes artistes tels que Pike Koch, dont le Portrait d’Asta Nielsen laisse transparaître l'influence du maître. Par ailleurs, elle garde de son séjour en France une amitié avec Ossip Zadkine, et se lie d’amitié avec Piet Mondrian, dont elle collectionne les œuvres.

 

Première rétrospective française réussie pour cette artiste entière, sensible, inspirée. À découvrir d'urgence.

 

A noter : pour en savoir plus sur son œuvre, ne manquez pas l’exposition-dossier qui lui est consacrée à l’Institut néerlandais : une sélection de dessins et de correspondances qui permettent de mieux comprendre les étapes de son évolution artistique.

 

 

Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris , 11, av. du Président Wilson 75116 Paris

Métro 9 Alma - Marceau, Bus 63 , Bus 32 , Bus 92

Jusqu’au 9 mai 2010.
Du mar au dim de 10h à 18h. noct le jeu jusqu'à 22h. Fermé certains jours fériés.

 

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