16 Avril 2010

Une vibration inaudible à l’oreille nue…*

Par Gilles Chwat

La seule lecture du titre de cette exposition est un voyage en soit, tant il est poétique. Rarement également un nom aura aussi bien résumé l’essence d’une œuvre.
 
Que s’y passe t il? Difficile à décrire tant le travail de Marie Cool et Fabio Balducci est ténu. Il joue sur les registres de la subtilité et du ressenti. Beaucoup plus que sur la simple notion de voir.
Une pièce baignée de lumière. Deux murs constellés de ronds de lumière. Comment les artistes sont-ils parvenus à ce que la lumière du ciel se réfléchisse de façon maîtrisée dans une salle à ce point lumineuse ? Première question. Une feuille de papier A4. C’est l’outil dont dispose les artistes pour matérialiser et déplacer la lumière.
Trois tables. Sur l’une d’elles, de nombreuses billes d’acier. Marie Cool y plonge les mains, trace un geste répétitif et concentré puis les retire. Laissant ainsi au métal le soin de créer des formes libres. Sur une autre, une seule bille d’acier mais plus grosse. L’artiste donne une brève impulsion à cette sphère. Cette petite boule part dans le sens imposé par l’artiste, puis change de direction. Autres questions: pourquoi et comment le trajet de cette sphère se modifie t-il ? Est ce la main de l’artiste qui commande au métal, ou est ce la matière qui intime à la main son mouvement ? Toujours est il que cette main et cette sphère communiquent et se répondent, comme connectées par un lien invisible.
 
Une évidence s’impose
 
Marie Cool et Fabio Balducci ont un don: suspendre le temps et matérialiser l’invisible. C’est d’une beauté rare et d’une infinie poésie. C’est un voyage hors du temps. Et c’est inédit, me semble t-il. A 1000 lieux de notre société de consommation où la valeur des objets dépend essentiellement de leur rareté ou du degré de transformation apporté par l’homme, Cool et Balducci paraissent porter un regard dénué de toute notion de hiérarchie. L’artiste, la lumière, la feuille de papier et les billes d’acier sont au même niveau. Tous se parlent, se répondent et se comprennent. Et l’homme devient matière première au même titre que la lumière naturelle.
 
Ces plasticiens seraient-ils les vrais héritiers de l’Arte Povera? Les objets utilisés, les matériaux, les éléments acquièrent une âme. Les pièces de Marie Cool et Fabio Balducci ne nécessitent pas une production importante. Elles utilisent des produits simples, voire triviaux : fil, scotch… Mais en les sortant de leurs fonctions utilitaires dans lesquelles nous les enfermons, ils nous permettent de poser sur ces objets un regard neuf.

Une comparaison s’impose. De même que Saint François parlait aux créatures, ces plasticiens semblent parler aux objets. Ils les révèlent. Mais comprenons nous bien, aucun tour de magie chez ces artistes. Aucun trucage. C’est à l’opposé de leur démarche. Au contraire Marie Cool et Fabio Balducci paraissent percevoir instinctivement l’essence de la matière et l’interaction des éléments entre eux.
 
Au final, Marie Cool et Fabio Balducci « présentent une forme et une matière en vie autant qu’une vie de la forme et de la matière. » C’est évident mais intriguant, simple, beau et apaisant. Et c’est surtout une expérience rare.
 
 
Marie Cool Fabio Balducci
Une vibration inaudible à l’oreille nue…*
*mais évidente en mathématiques
 
Marie Cool et Fabio Balducci, Sans titre, 2008, feuille A4 et lumière.
 
Du 21 mars au 24 avril 2010
 
CAC Brétigny – Centre d’art contemporain de Brétigny
Espace Jules Vernes, rue Henri Drouard, 91220 Brétigny-sur-Orge

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