26 Avril 2010

Henri Michaux & Franklin Chow : traversée du temps, traversée de l’espace

Par Jeanne Calmont

 
 
Derniers jours de l’exposition Henri Michaux & Franklin Chow à la galerie Thessa Herold  passée maître dans l’art de mettre en perspective les artistes « historiques » (Michaux, Lam, Zao Wou-Ki, Wols...) de la galerie (fondée en 1970) et les artistes contemporains dont elle assure la promotion (Chow, Gabriela Morawetz, Pancho Quilici, Béatrice Helg, Flor Garduno…).
 
De mise en perspective il s’agit bien dans le remarquable accrochage de la rue du musée Picasso où Henri Michaux (1899-1984) et Franklin Chow (né en 1946) croisent leurs signes et leurs cultures, occidentale et chinoise.
 
De l’un, né en Belgique, arrivé à Paris dans les années 1920 où il se lie avec Paulhan et Supervielle, on connait l’oeuvre de poète et de peintre. A travers ces deux activités, Michaux aspire à rendre l’ « espace du dedans » qui l’habite.
L’écriture et l’art graphique inspiré de la calligraphie asiatique qu’il découvre lors de séjours en Asie sont autant de signes signifiants. Qu’il soit manuscrit ou plastique, le glyphe est expression du sens de l’espace intérieur.
Parmi les dix-sept œuvres exposées à la galerie Thessa Herold, trois dessins mescaliniens à l’encre de Chine témoignent de la quête spasmodique de l’artiste : à partir de 1955, l’expérience des hallucinogènes, de la mescaline en particulier, donne à ses œuvres et au réseau de signes qui les composent une morphologie inédite.
Commencée dans les années 1960, la série des grandes encres montre combien Michaux s’inspire de la pensée et de la calligraphie chinoise pour spatialiser sa pensée. A la perspective occidentale figée, il préfère la perspective mouvante de l’art chinois. Entretenu par la gestuelle de l’artiste à l’œuvre, le mouvement s’incorpore dans la forme elliptique et s’empare de la feuille. Dans ces signes noirs agglutinés sur la page blanche, la poésie entre en vibration et fait surface.
 
 
Henri Michaux, Dessin mescalinien, 1955, encre de Chine sur papier, 26 x 18 cm © galerie Thessa Herold
 
 
De l’autre né à Shanghai dans une famille d’experts et collectionneurs d’art chinois, installé à Londres au milieu des années 1960 où il travaille notamment chez Saatchi & Saatchi, les français connaissent moins l’œuvre, à la croisée de la Chine et de l’Occident.
 
Moins sismographique que l’œuvre de Michaux, elle n’en est pas moins complexe. Mais les turbulences de l’inspiration, Chow les draine dans la matière : l’huile de la tradition occidentale confrontée à l’encre de Chine ancestrale. Le rapport de force auquel participe la texture du papier et de la toile, se résout dans l’harmonie et l’abstraction de l’œuvre finale : grand format carré, tondo, diptyque…
Avec la série Braille commencée au début des années 2000, Chow accroit la visibilité sensuelle du dialogue entre les cultures et les disciplines en incorporant dans ses œuvres certains des instruments des lettrés chinois (sceaux, bâtons d’encre de Chine, pinceaux…).
Une œuvre comme le diptyque de 2007 exposé en avant-première à ArtParis (18-22 mars 2010) confirme combien Chow a le sens de l’équilibre : des joncs clairs et graciles rythment les trois-quarts de la surface de la toile peinte à l’huile et à l’encre de Chine avec une extrême économie de moyens et de couleurs.
Ecrivain, biographe de Picasso et auteur de la préface du catalogue de l’exposition, Pierre Daix rappelle à juste titre qu’: « […] il s’agit [pour l’artiste] d’instaurer des échanges, des tensions différentes qui nous absorbent dans la communication avec le chant des surfaces vibrantes et leur opposition à la radicalité des effractions noires ». Et d’ajouter « Avec Franklin Chow, la peinture nous happe à chaque fois dans des contrastes de champs visuels, nous engage dans des pénétrations d’espaces qui ne sont qu’à elle. Par des réseaux subtils de convergences et de rencontres, une poésie fascinante nous capte ».
 
 
Franklin Chow, Sans titre, 2007, encre de Chine, huile sur toile et joncs, 103 x 134cm (diptyque) © galerie Thessa Herold
 
 
 
Henri Michaux & Franklin Chow : traversée du temps, traversée de l’espace
Jusqu’au 30 avril 2010
Galerie Thessa Herold
7, rue de Thorigny
75 0003 Paris
01 42 78 78 68
galherold@free.fr
www.thessa.herold.com
 

Bibliographie : Henri Michaux & Franklin Chow : traversée du temps, traversée de l’espace, préface de Pierre Daix (85 pages, reproduction de toutes les œuvres exposées), Paris, Cepade SARL, 2010.

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