21 Mai 2010

Enchères records à New York, Vol record à Paris !

Par Tatyana Franck

Alors que le vol au musée d'Art moderne de la Ville de Paris de cinq tableaux de maître, dont un Matisse et un Picasso, a attristé les amateurs d'art, les ventes d'art moderne et contemporain les ont stupéfait. Les records se sont en effet succédés qu'il s'agisse de Pablo Picasso, d'Andy Warhol ou de Jasper Johns...

 
La toile qui marche
A 58 millions de dollars chez Christie's New York le 4 mai 2010, début de l'ascension.  Sept minutes plus tard et à 80 millions de dollars, ils sont encore cinq enchérisseurs en lice. Verdict des courses : 106,6 millions de dollars (avec frais) pour une grande toile de Picasso de 1932, Le nu au plateau du sculpteur, représentant la muse et maîtresse du peintre espagnol, Marie-Thérèse Walter. Qui dit mieux ? Personne et voilà détrôné le récent précédent record du monde en vente aux enchères publiques atteint par L’homme qui marche I de Giacometti en  février 2010 adjugé 104,6 millions de dollars chez Sotheby's Londres. Qui a été le mieux disant ? Personne ne le sait encore : Roman Abramovitch, Steve Cohen, le Qatar... ? En 1950, la toile avait été vendue 17.000 dollars (13.000 euros) aux Brody, tycoon de l'immobilier californien, par le marchand d'art Paul Rosenberg. Depuis, elle n'avait été exposée qu'une seule fois, en Californie, en 1961. Jamais reproduite en couleurs jusqu’à cette vente historique, gageons que la toile ferait accourir le public si elle était à nouveau exposée.
 
Pablo Picasso, Le nu au plateau du sculpteur, 1932, huile sur toile, 162 cm × 130 cm © Succession Picasso 2010.
 
 
Chez Sotheby's New York le lendemain, c'est Matisse qui tient le haut du pavé. Daté du 14 juillet 1919, l'oeuvre Bouquet de fleurs pour le quatorze juillet a été adjugée 28 millions de dollars, soit dix millions de plus que l'estimation basse. Une autre enchère laisse songeur : Le penseur de Rodin s'est vendu pour 10,5 millions de dollars alors que le même bronze s'était vendu en juin dernier à Paris pour l’équivalent de 3,5 millions de dollars. Le marché de l'art procure parfois des rendements dignes des hedge funds !
 
Comment faire sauter un coffre de la Société Générale
140 œuvres ayant appartenu au légendaire marchand Ambroise Vollard (1866-1939), auquel le Musée d'Orsay et le MET (Metropolitan Museum of Art) à New York ont rendu hommage en 2006 et 2007, voient enfin la lumière après plus de soixante-dix ans passés dans un coffre. Cette collection que Sotheby's mettra en vente le 22 juin prochain correspond à ce que les Anglo-Saxons nomment une "time-capsule", une tranche d'histoire soigneusement préservée qui réapparaît soudain. Ces œuvres font partie de l'histoire de l'art et l'histoire elle-même de ces œuvres est digne d'un roman…
Elle débute en 1939, peu avant que Vollard ne se tue dans un accident de voiture. Le marchand confie les œuvres à un collaborateur, Erich Slomovic lequel, à l'approche du conflit mondial, dépose une partie des œuvres dans un coffre de la Société générale à Nice et regagne son pays, la Yougoslavie, avec le reste des tableaux (environ 400 œuvres dont beaucoup sont conservées au Musée national de Belgrade). Arrêté par les nazis, Erich Slomovic meurt en déportation en 1942 à l'âge de 27 ans. Ce n'est qu'en 1977 que les dirigeants de la banque décident d'ouvrir le "coffre Vollard" (pour régler la facture de la location de la chambre forte). Alors qu'une vacation est envisagée à Drouot en 1981, les ayants droit d'Ambroise Vollard revendiquent in extremis son contenu, de même que les héritiers de Slomovic. L'affaire va en Cour de cassation et la vente est annulée, non sans qu'un catalogue ait été imprimé. Si les frais d'avocat ont dû être significatifs, gageons que les produits de la vente seront largement supérieurs à ceux, probables, de 1981. Entre autres trésors, le coffre Vollard contient un Derain de 1905, Arbres à Collioure (dont l'absence de vernis, chose rare, a préservé tout "le fauve" des couleurs) un portrait du jeune Zola par son camarade de classe Paul Cézanne et La Fête de la patronne de Degas. A son sujet, Thomas Bompard, spécialiste au département art moderne et impressionniste Sotheby's Paris, fait observer : "Renoir, qui, comme Picasso, en posséda un exemplaire, disait qu' "il fallait avoir le génie de Degas pour donner à cette scène pornographique toute la noblesse et la dignité d'un bas-relief égyptien".
 
André Derain, Arbres à Collioure, 1905, huile sur toile, 65 x 81 cm. Courtesy Sotheby's.
 
Le fantôme du banquier berlinois
Estimé entre 30 et 40 millions de livres (33 et 44 millions d'euros), Le buveur d'absinthe de Picasso sera mis en vente le 23 juin prochain chez Christie's Londres après clôture d'un litige portant sur la propriété de la toile. Il faut en effet rappeler que l'œuvre provient de la fondation contrôlée par le compositeur britannique Andrew Lloyd Webber, auteur de comédies musicales comme "Le Fantôme de l'Opéra" ou "Cats". En  2006, il l'avait proposée en vente aux enchères publiques. Mais coup de théâtre : l'œuvre fut retirée de la vacation après qu'un héritier du banquier juif berlinois, Paul von Mendelssohn-Bartholdy, en revendiqua la propriété. Julius Schoeps, le petit-fils d'une sœur du banquier, affirmait en effet que son aïeul avait vendu ce chef d'œuvre sous la contrainte en 1934. Le différend sur les droits de propriété du tableau a été résolu et l’œuvre est prête à trouver un nouveau propriétaire.
 
 
Pablo Picasso, Portrait of Angel Fernandez de Soto (The Absinthe Drinker), 1903. Proceeds to benefit The Andrew Lloyd Webber Art Foundation. Estimate: £30 million to £40 million ($45 million to $60 million) © Succession Picasso 2010.
 
 
Un Self Portrait ébouriffé au prix ébouriffant
 
Pendant la session art contemporain chez Sotheby's New York le 12 mai dernier, un autoportrait d'Andy Warhol a été adjugé 32,5 millions de dollars, doublant ainsi l’estimation haute. L'œuvre, datant de 1986, représente l'artiste ébouriffé, regardant droit devant lui. Il s'agit du prix le plus élevé jamais déboursé pour un autoportrait de l’artiste. Au moins six enchérisseurs étaient en concurrence pour Self Portrait. Si l’acheteur s’est offert le luxe de rester dans l’anonymat, le vendeur, lui, n’est autre que l’ancien styliste de Gucci, Tom Ford. Un autre tableau provenant de la collection d’une autre célébrité, le romancier Michael Crichton, a atteint un prix record : une peinture de Jasper Johns, disparu en 2008, adjugée 28,6 M$. Parmi les autres œuvres en vente chez Sotheby's, une toile de Mark Rothko s’est vendue 31,4 M$ bien au-delà des estimations situées entre 18 et 25 M$. Ajoutons qu’une toile de Jackson Pollock intitulée Number 12A, 1948: Yellow, Gray, Black est partie pour 8,8 M$, le montant total des enchères atteignant 191 M$. Au même titre que l’or, les valeurs sûres du marché de l’art moderne et contemporain sont, à en juger par le succès des dernières ventes, pour les grandes fortunes mondiales, des valeurs refuges. 
 
 
Andy Warhol, Self Portrait, 1986, acrylic and silkscreen ink on canvas, 274,3 x 274,3 cm. Courtesy Sotheby's.

laisser un commentaire


La toilette mise à nu

La part animale

L'inclassable Emmet Gowin

Les verts galants

Montmartre au sommet

Femmes berbères du Maroc

Miss Mapple et Mr Thorpe

Si l’Orient Express m’était conté…

Caillebotte à l’état de nature

À l’ouest d’Adams

Le glamour en vogue sur papier glacé

Dries Van Noten dévoile ses sources

Henri Cartier-Bresson : la tête, l’œil et le cœur

Braque met de la couleur aux formes

L’inclassable Félix Vallotton

Le testament Brassaï

Raymond Depardon se souvient

Quand la photo embaume

Rendez-vous en terre inconnue

Ecce homo

Camille Claudel sort de ses réserves

Sergio Larrain, le vagabond solitaire

Cet obscur objet du désir

Ferrante Ferranti, Itinerrances

Costa Gavras, carnets photographiques

Simon Hantaï dans l’art

Ron Mueck s’est fait chair

Photo et photo dans la photo

Keith Haring : pop et subversif

Oscar Niemeyer : de la courbe au cosmos

VENISE, MIROIR CAPTIF DE LA PHOTOGRAPHIE ?

Magiques Philippines !

Impressionnant Boudin

Laure Albin Guillot impose la photographie

La fabuleuse collection d'Howard Greenberg

When Art Foretells a Grim Reality

Chagall, plus touchant que jamais

Fifty Shades of Gray

De mémoire d’éléphant

Mary Cassatt at The Mona Bismarck Foundation

Paris à Hollywood

Clichés de France

Don Manuel

Yue Minjun, le clown chinois

Salvateur Dalí

Edward Hopper ou la fabrique de la mythologie américaine

Nous nous sommes tant aimés

Dialogue sur le Grand canal

Picasso, de Chirico, Léger et Picabia : Une moderne Antiquité, musée Picasso, Antibes

THE ANNENBERG FOUNDATION SUPPORTS FRENCH AND AMERICAN COLLABORATION THROUGH THE AMERICAN FRIENDS OF THE MUSEE D’ORSAY

Le Japon... un an après

Et Helmut Newton créa la femme

Matisse, Matisse, Matisse, …

L’héritage Berenice Abbott

David Shrigley: Brain Activity at the Hayward Gallery

Zarina Bhimji at the Whitechapel Gallery, London

Reflet dans un œil d’or

Une aurore boréale nommée Akseli Gallen-Kallela

Doisneau dans les nuits des Halles

Les Stein : une famille et des peintres

La photographie s’expose

Munch moderne

Louis Valtat : à l’aube du fauvisme

En direct de Art Basel

Exposition Figures & Fictions, Photographie Contemporaine d’Afrique du Sud

Haute voiture

FAUVE QUI PEUT

Holy Daughters par Prune Nourry

« Et à part Monet ? » : les expositions d’art du XIXe siècle à Paris

Basquiat à l’honneur au Musée d’art moderne de Paris

Le rideau tombe sur l’Exposition Universelle

Pierre Ducellier dit Windorf (1944-2007) : un Peintre, deux vies, deux livres

Les grandes ventes d’art contemporain de novembre 2010 à New York

Marrakech Art Fair

Arles en Bleu

LaM s’ouvre - Première exposition publique d’art brut en France

Rashid Rana - Perpétuel Paradoxe - Musée Guimet

Les Rencontres de la Photographie in Arles : 40 years of existence

Happy Days à Aix en Provence- Rétrospective François Arnal

Angel Fernandez de Soto - Christie's Londres

La Peau de l’Ours, André Level et Pablo Picasso

Mind the Gap

Hopper, "Si on pouvait le dire avec des mots, il n'y aurait aucune raison de le peindre"

Art Basel 2010

Une artiste en voie de (pro)création : portrait d’une jeune artiste qui s’empare de la science

David Reimondo à la Galerie DiMeo à Paris

Interview de Mattieu Nicol, un des commissaires et responsable presse/partenariats de REVELATION, foire de photographie contemporaine

Death, Sex, Punishment and Springtime in Paris

Enchères records à New York, Vol record à Paris !

JAMES HOWARD- BLACK MONEY- London, 22 April through 21 May 2010

Débat Street Art à la NM Galerie avec ArtyParade en tant qu'intervenant !

BEN, « strip-tease intégral »

PAUL GAUGUIN, VERS LA MODERNITE

Skin Fruit: Art’s Sweeter on the Inside

Henri Michaux & Franklin Chow : traversée du temps, traversée de l’espace

Une vibration inaudible à l’oreille nue…*

Chic un dessin !

Art Paris, une foire digne d'un chenil !

Parade à l’Armory Show

Créés en 2008, les Brit Insurance Design Awards sont au Design ce que les Oscars sont au Cinéma.

Too great, Toorop !

« Turner et ses peintres » au Grand Palais : coup commercial ou véritable innovation ?

Du nouveau au Louvre ? Oui mais du contemporain !

Have a Coke for Islam! Adel Abidin exposes at the Kiasma Museum for Contemporay Art, Helsinki, Finland February 12th – April 25th 2010

Le design comme invention

Aimer avec un pinceau, éduquer avec un regard

Performance de Fabien Breuvart le soir du vernissage de Paris Photo 2009… ou « l’art brut » photographique

Ventes de New York: Sotheby's 1 – Christie’s 0,5

La Fiac 2009 : une foire enfin internationale à Paris

Feu d'artifice de Fabien Giraud et Raphaël Siboni, FIAC 2009

Avec l’éclatement de la bulle, la Frieze apparaît beaucoup moins pétillante