30 Juillet 2010 17:09

Mind the Gap

Par Gilles Chwat

 
Un village perdu proche de la frontière Suisse, une école communale reconvertie en centre d’art… C’est dans ce cadre que Julien Bismuth investit le CRAC Alsace. Et c’est un coup de maître !
 
C’est que son travail ne donne pas seulement à voir, il incite tout autant à réfléchir : interaction constante avec le spectateur, humour subtil, sens du détachement, supports protéiformes. Les pièces présentées ne sont pas simplement belles, elles sont intelligentes.  
Des exemples ? Dans sa série Skyline, l’artiste découpe des photos issues de l’International Herald Tribune ou du New York Times pour n’en conserver que le ciel. Avec la série Free Fall, à partir de bandes dessinées, il a isolé des images suffisamment fortes ou humoristiques pour se suffire à elles mêmes. Posées de biais ou de façon décentrées sur de larges cadres, le rendu est remarquable. Ces 2 séries ont en commun d’avoir une vraie force narrative. Elles racontent une histoire, ou, plus précisément, elles laissent au spectateur le soin de s’inventer sa propre histoire : elles sont une fenêtre ouverte à l’imagination. De là à dire que le travail de ce plasticien repose sur la spontanéité et l’expérimentation ? Oui lorsqu’il s’agit de dessins, de collages ou d’écriture. Non pour le reste de ses pièces qui procèdent au contraire d’une démarche très construite et réfléchie.
 
 
Miraculously, she hangs in the Sky, 2008, Collage sur papier, © de l'artiste et Layr Wuestenhagen, Vienne
 
 
Invisible to anyone outside, 2008, Collage sur papier, © de l'artiste et Layr Wuestenhagen, Vienne
 
La réussite de cette exposition provient aussi d’un admirable rapport à l’espace. Julien Bismuth a manifestement pris le temps de s’imprégner des lieux : au premier étage, au bout du couloir, l’œil semble attiré par quelque chose… non ce doit être une erreur… eh bien pas du tout. Avec Structure de distraction, l’artiste joue justement sur notre capacité à percevoir et sur l’attention du spectateur. Des études semblent montrer qu’après avoir capté un signal notre curiosité ne reste éveillée que 10 secondes, puis nous passons à autre chose. Dans le cas présent, via un minuscule trou percé dans le mur, une diode s’allume toutes les… 13 secondes pour s’éteindre aussitôt. L’artiste est malicieux, il s’efface presque. Les visiteurs seront forcément soumis à ce clignotement, il est situé dans un endroit stratégique du parcours. Le percevront-ils pour autant ? Comprendront-ils d’où vient ce signal ? La question reste en suspend.
 
Et c’est loin d’être fini. Partez à la découverte de la Structure d’oubli. Arrêtez vous aussi sur Abîmes pour découvrir ce que cachent les murs sous leur couche picturale. Et ne manquez surtout pas How are you? Who are you? Ou comment converser avec une plante. Une pièce qui réunit des éléments essentiels dans le travail de cet artiste à savoir la notion de mise en scène, le langage et l’écriture. Un travail protéiforme on vous dit.
 
 
A Forest for the Trees, 2009, Techniques mixtes sur papier © Galerie G.-P. & N. Vallois
 
 
Dernier détail, Julien Bismuth a 37 ans. Dommage ! A 2 ans près il aurait eu plus que toute sa place dans Dynastie.
 
Mind the Gap – CRAC Alsace, 18 rue du Château, 68130 Altkirch – du 16 juin au 12 septembre 2010

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