31 Juillet 2010

La Peau de l’Ours, André Level et Pablo Picasso

 Par Vérane Tasseau (www.picasso.fr)

 
« Picasso est le plus grand moderne, nous le savons, mais jusqu’où remonte dans le temps sa supériorité ? Un de mes amis prétend que, lorsqu’on parlera de notre art comme nous parlons de celui des Egyptiens, en embrassant plusieurs dynasties, on dira Giotto et Picasso, sans rien mettre entre eux » 1. Comme en témoigne ces quelques lignes d’André Level à Guillaume Apollinaire, quelques mois après la vente de la collection de La Peau de l’Ours, l’admiration du collectionneur pour Picasso allait bien au-delà de la simple opération financière. André Level (1863-1946), collectionneur, homme d’affaires et financier, mais surtout amateur éclairé, ne s’imaginait pas qu’en fondant l’Association de La Peau de l’Ours en 1904 avec quelques amis, il serait à l’origine, dix ans plus tard, d’une opération spéculative sans précédent qui allait placer l’art moderne sur le devant de la scène artistique et offrir à Picasso son premier grand succès public.
 
Issu d’une grande famille d’industriels, André Level (Fig. 1) est un homme fin et cultivé qui s’intéresse très jeune à la bibliophilie et à l’art. Il embrasse une passion pour l’art moderne dès 1895 alors qu’il rencontre les frères Gaston et Josse Bernheim-Jeune lors d’un séjour à Royan, aux Bains de Mer. Il prend alors l’habitude de fréquenter leur galerie rue Laffitte ainsi que celles voisines de Lucien Moline, Ambroise Vollard ou Siegfried Bing et commence à cette époque une petite collection d’art moderne, achetant des œuvres de quelques dizaines de francs ; une aquarelle de Constantin Guy et un petit dessin de Georges Seurat, puis, conseillé par son ami Alexandre Natanson, fondateur de La Revue Blanche, il se tourne vers les Nabis et acquiert auprès d’Edouard Vuillard une petite huile sur carton. Véritable amateur, le jeune collectionneur reste tout de même concentré sur les « affaires qui [l]e faisaient vivre »2. Le véritable choc artistique a lieu en 1903 alors que Level visite le premier Salon d’Automne. Il raconte dans Ses Souvenirs : « Il y avait là une hardiesse et une jeunesse tranchant sur la monotonie et l’absence d’imprévu des grands salons annuels.[...] Les bons artistes – et de vraiment jeunes – n’étaient pas noyés dans une médiocrité générale. Ce fut un succès que je ressentis très vivement » puis continuant « j’avais vu là des toiles qui m’apparaissaient, sans que je fusse effleuré d’un doute, comme l’art authentique de notre époque et de son plus proche avenir. J’y croyais, j’avais la foi »3. Lui vient alors l’idée de rassembler quelques proches et de mettre leurs moyens en commun pour former une collection indivise dont chaque membre pourrait jouir à tour de rôle. Bien qu’un compte-rendu d’assemblée générale d’août 1906 ainsi qu’une note familiale de juin 1920, nous informe qu’André Level était administrateur de la Société Française de Transports et Entrepôts Frigorifiques et de la Compagnie des Docks et Entrepôts de Marseille, il semblerait qu’en 1903 il n’a pas les moyens financiers suffisants ou a déjà de trop importantes charges pour assouvir pleinement ses envies. Il réussit alors à convaincre ses frères Emile, banquier d’affaire, Jacques, directeur de la Société Électrométallurgique Française et Maurice, avocat, ainsi que son cousin le dramaturge Georges Ancey, Baron de Cunieu et quelques amis industriels dont les frères Ellissen et Raynal et dépose les statuts de l’Association…
 
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Commentaires

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#0001colas bruno dit | 17/08/2010 00:08
Félicitations pour ce très bel article, si bien documenté . serait-il est-il possible d'avoir un exemplaire "écrit" ? encore bravo . en vous remerciant B . COLAS
#0002Lefranc Ancey Denis Mathevon de Curnieu dit | 26/08/2016 08:50
Bonjour, je suis l arrière (x3) direct petit fils de Georges Ancey.
Cette histoire de peau de m ours est merveilleuse, malheureusement ma grand-mère, sa petite fille, nous a quitté trop tôt, pour me conter toute cette fabuleuse histoire. Pourrions-nous nous mettre en relation ?
Cordialement.
Antoine Lefranc
#0003Sylvain LAURENT-VERMOT dit | 28/08/2016 06:16
Bonjour Madame, Monsieur,
Je suis à la recherche des statuts de l'Association ''La peau de l'Ours''. J'ai alors demandé au Journal Officiel, qui n'est pas en mesure de trouver les statuts, si je ne leur fournis pas l'adresse du siège social. Peut-être pourriez-vous disposer de cette information ?
Merci d'Avance.
Avec mes compliments et mes sincères remerciements, Sylvain LAURENT-VERMOT

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