24 Octobre 2010

LaM s’ouvre - Première exposition publique d’art brut en France

Par Claire Chassot

 
 
Samedi 25 septembre dernier, Villeneuve-d’Ascq a rouvert son musée au public. Ce qui était le MAM, musée d’art moderne de Lille métropole de Villeneuve-d’Ascq (1983), est devenu le LaM (2010), musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut. C’est l’architecte française Manuelle Gautrand qui a conçu l’extension au bâtiment originel de Roland Simounet. Commencés en 2006, les travaux concernaient non seulement la construction de l’extension, mais aussi la rénovation de l’ancien musée et le réaménagement du parc de sculptures.
Si l’architecture de la nouvelle aile contraste avec les anciens locaux en laissant plus de place à l’artifice, au décoratif, l’ensemble nous offre un musée très accueillant. De l’extérieur, au milieu du parc, il semble presque petit. L’architecture assez basse lui confère en effet un aspect intime.
 
 
Vue virtuelle du LaM à la réouverture © R. Truffaut
 
 
Un parcours intimiste
 
L’intérieur prolonge ce sentiment. Les salles sont de petites tailles, la lumière filtrée est agréable et jamais directe pour protéger les œuvres. L’atmosphère apaisante leur laisse toute la place. Ce sont d’ailleurs elles qui ont décidé de la création puis de l’extension de ce musée. Celui-ci s’est en effet construit autour de deux donations importantes. Tout d’abord en 1976 celle de Jean et Geneviève Masurel qui est à l’origine de la construction du musée en 1983 et de l’aile d’art moderne. Ils ont également demandé à ce que le parc autour du musée accueille des sculptures. Ensuite, en 1999 celle de l’association L’Aracine qui offre à la communauté de Lille 4 000 œuvres d’art brut. La partie art contemporain, quant à elle, est majoritairement constituée d’acquisition du musée.
Les trois sections s’articulent avec intelligence. Chaque salle laisse apparaître la suivante et, depuis l’aile des modernes, l’on aperçoit celle des contemporains ; les œuvres se font discrètement échos. Cette enfilade de pièces permet également au visiteur de s’égarer, de se laisser porter d’une pièce à l’autre sans nécessairement s’apercevoir du passage d’une époque à l’autre, d’un art à l’autre. Les œuvres sont réunies par courants, artistes ou correspondances. Les panneaux explicatifs, aux angles des portes, légitiment le choix de telle ou telle réunion d’artistes sans s’imposer au regard.
La collection d’art moderne a le mérite de rassembler des ensembles d’œuvres (Amedeo Modigliani, Fernand Léger). Elle se concentre également, sans que ce ne soit exclusif, sur le cubisme, avec des œuvres de Picasso, Braque. Les salles sur les surréalistes et la présence d’œuvres de Klee et Dubuffet constituent une première passerelle vers l’art brut.
Dubuffet est en effet un des premiers à avoir défini cette forme d’art (créations « indemnes de culture artistique »). Il est également à l’origine de la collection du musée de Lausanne qui a été la première exposition publique mondiale d’art brut.
C’est ainsi que nous sommes emmenés dans l’aile de l’art brut ; à travers l’intérêt porté par les artistes du début du XXe siècle (Dubuffet mais aussi André Breton…). La collection présentée par le LaM est très riche (4000 œuvres réalisées par 170 créateurs) et regroupe des noms d’artistes majeurs d’art brut comme Adolf Wölfli, Augustin Lesage, Aloïse Corbaz ou André Robillard pour ne citer qu’eux. Cette collection, qui est la première publique en France, est en relation permanente avec les deux autres ailes du bâtiment. Bien que clairement séparées, ces trois grandes sections se répondent. Les modernes ont participé à la découverte, à la définition de l’art brut et s’en sont inspirés. Les contemporains continuent à y puiser comme le revendique Annette Messager.
 
Un art qui « se sauve aussitôt qu’on prononce son nom » (Dubuffet)
 
L’importance d’intégrer pleinement et avec cohérence l’art brut dans un musée regroupant d’autres œuvres était réelle. Méconnu du public et difficile à appréhender dans la mesure où il bouscule les codes de l’Histoire de l’Art classique et questionne fortement les définitions de l’art et plus encore de l’artiste, l’art brut trouve ici parfaitement sa place.
En plus des liens permanents tissés entre les trois ailes du musée, les questionnements soulevés par l’art brut sont mis en avant.
 
 
© Photo : P. Bernard / Jean-Michel Sanejouand
 
 
Voir réunies autant de pièces d’art brut d’auteurs, d’époques et d’origines différents permet de dépasser une vision peut-être un peu simple qui consisterait à faire de l’art brut, « l’art des fous ». Si l’individualité de chaque artiste est très marquée, dans le mode d’expression employé notamment, il est troublant de voir certaines œuvres se répondent, certains thèmes (la guerre, le sexe, la religion ou le mysticisme) revenir. Il apparaît de plus en plus clairement au fur et à mesure que nous avançons dans notre visite que ces créations faites dans l’ombre, sans technique, avec des moyens souvent limités expriment des peurs, des espoirs, des fantasmes communs. Cette expression se fait sans pudeur, avec lyrisme et symboles souvent, mais l’urgence dans laquelle se trouvait l’auteur, la nécessité suprême pour lui de parvenir au bout de son entreprise laissent transparaître une humanité fragilisée, instable, souvent effrayée. Ce sentiment très fort se transmet au visiteur qui peut alors effectivement se sentir un peu trop troublé, un peu plus dérangé que d’habitude. La force de certaines œuvres résident rarement dans une violence crue, délibérément provocatrice, mais plutôt dans une violence sourde, difficilement contenue mais toujours détournée ou innocemment mise à nu. Surpris face à des œuvres dont nous n’avons pas l’habitude, face à des modes d’expression dont nous ne maîtrisons pas le langage c’est notre rapport au monde et à l’autre qui est questionné. Il serait facile en effet de se rassurer en se disant que l’auteur était vraiment fou et que nous avons devant nous uniquement l’expression d’un être humain à la dérive, hors de la société dans laquelle nous, nous sommes intégrées. C’est cela évidemment, mais ce n’est pas que cela.
 
 
© Photo : P. Bernard / Fundazione Zinelli
 
Et c’est là que les vidéos des artistes, que les témoignages de l’intérêt porté par Dubuffet et ses contemporains ainsi que par Annette Messager et de nombreux autres contemporains entre en jeu. Ils portent un regard d’artiste sur ces œuvres atypiques.
La présence d’une telle collection au sein d’un musée d’art moderne et d’art contemporain est un acte fort. Dubuffet défendait en effet l’isolement de cet art afin d’éviter de l’assimiler aux autres arts reconnus comme « normaux ». L’écrivain, et inventeur du terme Outsider Art, Roger Cardinal, souligne également que « la portée d’une œuvre hors les normes [peut souffrir] de ne pas être envisagée dans son contexte propre ».
 
 
L’ouverture du LaM ne constitue donc pas uniquement l’accès à des œuvres majeures d’art moderne et contemporain mais aussi un défi. Celui de parvenir à intégrer l’art brut dans une structure qui ne lui ait pas entièrement dédié. De le faire sortir des chemins de traverse qu’il emprunte dès sa création pour le mettre à l’épreuve du grand jour et des œuvres plus familières. Une forme de reconnaissance officielle. Qui doit néanmoins veiller à ne pas dénaturer le caractère « hors culture » de cet art.

En avant-première, découvrez le LaM, musée d'art moderne de Lille Métropole - La voix du Nord
Jeudi 16 septembre 2010. Après plus de quatre ans de travaux, le musée d'art moderne de la métropole lilloise renaît avec une surface d'exposition doublée, un parc réaménagé et un nouveau nom, LaM. En attendant sa réouverture au public le samedi 25 septembre, découvrez les premières images du musée en vidéo. Une visite commentée par Véronique Petitjean, directrice de la communication et des publics. Un reportage vidéo réalisé par Jacques Cointat et Bruno Masseboeuf.
Mots-clés : lam musée art moderne brut contemporain lille villeneuve d'ascq
Video de redac-voixdunord

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