29 Octobre 2010

Marrakech Art Fair

Par Mireille de Lassus

 
 
 
Du 8 au 11 octobre 2010, le palace Es Saadi de Marrakech accueillait la première édition de la foire internationale d’art moderne et contemporain du Maroc. Placée dans le calendrier juste avant la Frieze Art Fair (Londres, 14 – 17 octobre 2010) et la FIAC (Paris, 21 – 24 octobre 2010), le but avoué de Marrakech Art Fair est de favoriser le rayonnement du Maroc sur la scène artistique internationale. Hicham Daoudi, le président d’Art Holding Morocco, à l’origine de ce premier rassemblement, indique que « notre volonté est de constituer une passerelle entre deux cultures, entre les grands noms de l’art moderne et contemporain occidental et les artistes marocains contemporains ».
 
Cette première manifestation, qui semblait impossible encore il y a quelques mois, est couronnée de succès : plus de trente galeries exposant, dont la moitié provient du monde arabe, majoritairement du Maghreb et quelques-unes du Moyen-Orient, et l’autre moitié originaire d’Europe, et principalement françaises et belges.
 
Il s’agit d’un événement dans l’évolution du marché de l’art marocain qui montre notamment la volonté, non étatique, de rassemblement des galeries existantes. Elle a spécialement permis de présenter des artistes locaux contemporains, déjà cotés sur le marché ou qui restent à découvrir.
 
On peut discuter le choix du Palace Es Saadi pour abriter cette foire. Voulu comme un espace de fusion de la nature et de l’artifice, de l’essentiel et du superflu, du jardin et de l’urbain, et désigné comme un espace de théâtralité, il ressortait de l’ensemble une espèce de cacophonie. Ce palais aux volumes colossaux aurait mérité une scénographie plus importante afin de guider les visiteurs.
 
La section « moderne », abritée à l’intérieur du Palais, exposait des œuvres de l’Après-Guerre autour de l’Ecole de Paris, jusqu’aux années 1960-70 et de la Figuration Narrative. La partie « contemporaine » se situait sous une tente, dans les jardins du Palace.
 
 
 
Parmi les galeries marocaines on retrouvait :

La Loft Art Gallery, ouverte il y a un an au cœur du triangle d’or de Casablanca, présentait notamment les œuvres de Yasmina Alaoui et Marco Guerra. Vendues entre 8 .500 et 11.500 euros, les photos de femmes ou de certaines parties du corps des femmes sont ensuite retravaillées à l’encre.
 
 
Yasmina Alaoui et Marco Guerra, Dream 30, C-print, Edition de 5 exemplaires, 70 x 70 cm, © Loft Art Gallery, Prix: 9 500 euros
 
 
Fondée en 1946, Venise Cadre est la plus ancienne galerie du Maroc. Elle a toujours eu pour objectif de présenter des artistes confirmés et émergents. Depuis trois ans, suivant la tendance de l’art contemporain marocain, elle soutient essentiellement des peintres abstraits. Elle exposait simultanément des œuvres d’un des plus grands peintres marocains Abdelkebir Rabi’ et de JonOne.
 
 
Abdelkebir Rabi’, Sans titre, huile sur toile, 2000, 194 x 122 cm, © Venise Cadre
 
 
 
L’Atelier 21, fondé en 2008 à Casablanca, n’expose que des artistes contemporains qui exploitent de nouveaux médias. Pour sa participation à Marrakech Art Fair, l’Atelier 21 présentait notamment des œuvres de Zakaria Ramhani et de Abderrahim Yamou.
 
 
Abderrahim Yamou, Offrande, Bois, clous et tampon jex, 140 x 60 x 60 cm, 2010, © Atelier 21
 
 
 
Consacrée à la photographie et dernièrement ouverte, la Galerie 127 présentait des œuvres récentes d’artistes de différentes nationalités.
 
 
Denis Dailleux, Le port de James Town, Ghana, Le drapeau français, 2009, © Galerie 127
 
 
 
Carolle Benitah, Les Cafards, © Galerie 127
 
 
 
La réputation de la Matisse Art Gallery n’est plus à faire. La première galerie d’art contemporain de Marrakech également présente à Casablanca, propose non seulement des œuvres d’artistes marocains, mais aussi étrangers. Elle exposait à la Marrakech Art Fair et organisait simultanément un vernissage le 9 octobre au BAB Hôtel des œuvres du jeune et talentueux photographe Hassan Hajjaj. Dans ce haut lieu des nuits de Marrakech, on pouvait admirer ses portraits de caractère où l’artiste se joue des références orientalistes, derrière le voile.
 
 
 
Hassan Hajjaj, LV Posse, Photographie, 2000, © Hassan Hajjaj
 
 
 
La Galerie David Bloch, première galerie de Street Art du Maghreb ouverte en juin 2010, exposait les œuvres de MIST, peintre et sculpteur français et d’Alëxone Dizac. Il consacrait par ailleurs à MIST une exposition personnelle dans sa galerie. La veille, ce dernier avait effectué une performance surprenante sur la façade de l’immeuble.
Nicolas Chenus, agent de l’artiste et rédacteur en chef et fondateur de la revue trimestrielle Graffiti Art, confiait, le soir de vernissage, que MIST était également connu pour ses Toys pour adultes, sorte de personnages issus du monde des dessins animés. Vendus en éditions limitées par zone géographique à des tarifs raisonnables (moins de 70 €), les collectionneurs, sur le deuxième marché, s’arrachent à prix d’or ces jeux.
 
 
 
 
Ainsi, en marge de cette manifestation officielle, un balbutiement de festival off était en place.
 
 
 
On peut toutefois regretter l’absence de certaines galeries importantes marocaines, notamment celle de la Galerie Rê, manquante à l’appel pour des raisons d’entente avec l’organisation de la foire. Ouverte par Lucien Viola en novembre 2006, cette dernière est très active et présente de nombreux artistes maghrébins ou pas, tels que M’Barek Bouhchichi, Louis d’Hauterives…
Ce dernier, artiste belge partagé entre Sidi Ifni au Maroc et Bruxelles, est connu pour ses séries saisissantes d’animaux, comme des chiens errants ou des rhinocéros (exposition Louis d’Hauterives, Galerie Zedes, Bruxelles, 2010).
 

Parmi les galeries internationales on retrouvait :

La Galerie Jérôme de Noirmont présentait entre autres La Charmeuse de serpent de Pierre et Gilles et l’artiste iranienne Shirin Neshat devenue célèbre grâce à ses portraits de femmes recouverts de calligraphies farsi. Cette artiste retravaille à l’encre des tirages photographiques couleur.
De plus, la galerie présentait, dans la cours du Palace, posté au centre d’un bassin, l’ours en cintres Wild Thing de David Mach, qui n’a laissé aucun visiteur indifférent.
 
 
 
 
 
La Galerie Guy Pieters dont l’ensemble, signé Wim Delvoye, présentait leur prochaine exposition parisienne, à partir du 21 octobre. L’originalité de son travail consiste à peindre du Delft sur des scies circulaires métalliques. Evidemment on s’interroge sur le but de son œuvre. Hommage véritable à la faïencerie hollandaise, dont le développement au XVIIème siècle a envahi l’Europe ? Ou ironie et humour acéré sur l’histoire de l’art ?
 
 
 
Wim Delvoye, Sans titre (Scie circulaire), Diam. 24 cm, 1988-1989, 15.000 €
 
 
 
Wim Delvoye, Cabinet (Installation avec scies circulaires), Vitrine en bois avec scies circulaires peintes, 240 x 113 x 57cm, 1999, 200.000 €
 
 
 
La Galerie Pierre Marie Vitoux proposait deux œuvres de Mahi Binebine, peintre marocain internationalement reconnu pour ses silhouettes d’homme entrelacées. Egalement romancier - traduit dans une dizaine de langues - il est aussi l’artiste le plus coté du Maroc. C’est le seul peintre marocain dont une œuvre a été adjugée à plus d’un million de dirhams en salle des ventes.
 
 
 
Mahi Binebine, Sans titre 2, Cire et pigments sur bois, 160 x 140cm © Mahi Binebine
 
 
 
De plus, personne n’a pu ignorer la présence de la galerie bruxelloise Sorry we’re closed dont l’œuvre phare, un gorille de Bernard Buffet, accueillait les visiteurs à l’entrée du Palace Es Saâdi.
 
 
 
 
 
Cette première manifestation au Maroc est prometteuse. Je retiendrai probablement le caractère bon enfant de cette édition ; la faune hétéroclite, haute en couleurs, faite d’artistes, de galeristes, de badauds, de touristes, de locaux aussi.
Le coté informel du Festival Off charme. Facile d’accès, les personnes rencontrées sont attachantes et disponibles, à l’image du Maroc.
Quant à la première copie de l’exposition officielle, il s’agit d’un bel effort prometteur, à condition de le professionnaliser l’an prochain ; faute de quoi Marrakech Art Fair, risque de disparaître. Comme l’écrit Kenza Sefrioui dans Tel Quel, « Avec le temps, il faudra qu’une identité s’affirme. […] Verdict l’an prochain… ». On ne peut pas dire mieux.


 
 


Atelier 21
21, rue Abou Mahassine Arrouyani
20100 Casablanca
 
Galerie 127
127, avenue Mohammed V
Guéliz Marrakech
 
David Bloch Gallery
8 bis, rue des vieux Marrakchis
40000 Marrakech
 
Loft Art Gallery
13, rue Al Kaissi – Triangle d’Or
20500 Casablanca
 
Matisse Art Gallery
61, rue Yougoslavie, n°43 Passage Ghandouri
Guéliz Marrakech
 
Matisse Art Gallery
2, rue du 6 octobre
20100 Casablanca
 
Galerie Jérôme de Noirmont
36-38 avenue Matignon
75008 Paris
 
Galerie Guy Pieters
2, avenue Matignon,
75008 Paris,
Exposition Wim Delvoye Œuvres des années 80, à partir du 21 octobre, jusqu’au 20 novembre, Lundi – Samedi, 10 – 19h.
 
Galerie Rê
Résidence Al Andalous III
Angle rue de la Mosquée et Ibn Tournert n°3
Guéliz 40000 Marrakech
 
Galerie Sorry we’re closed
Rue de la Régence, 65A
1000 Bruxelles
 
Galerie Venise Cadre
25, boulevard Moulay Rachid
Casablanca
 
Galerie Pierre Marie Vitoux
3, rue d’Ormesson
75004 Paris


 

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