03 Novembre 2010

Le rideau tombe sur l’Exposition Universelle

Par Roxane Dumonteil

 

 

 

Alors que l’évènement qui a passionné la planète pendant six mois a pris fin dimanche soir, avec une cérémonie de clôture à l’image de la démesure qui a habité Shanghai depuis le 1er mai dernier, et que les pavillons du monde entier sont démontés, on se demande si c’est vraiment la fin. À l’heure du bilan, cette première exposition universelle dans un pays en développement peut être fière de l’engouement qu’elle a su engendrer.

« Un succès stupéfiant » selon les mots du président du Bureau International des Expositions, Jean-Pierre Lafon. 5,28 kilomètres carrés, 73 millions de visiteurs dont une affluence d’un million de visiteurs le mardi 16 octobre,  246 pays et organisations internationales participantes, l’Expo Universelle bat à Shanghai tous ses records historiques depuis la première édition en 1851 à Londres. 

Symbole d’une Chine en pleine expansion, L’Expo s’inscrit dans une suite logique d’évènements nationaux époustouflants destinés à montrer la puissance de l’Empire du milieu comme en 2008 les Jeux Olympiques de Pékin.

Une Exposition « universelle » ? Certainement, aux vues de l’implication sans précédent de toutes les nations invitées et des moyens déployés pour partager les festivités avec le reste du monde. Mais surtout une exposition au but clairement affiché : montrer à une civilisation ce qu’elle est capable d’accomplir pour donner aux générations futures l’envie d’aller toujours plus loin. Le vice-Premier ministre Wang Qishan a ainsi donné un discours plein d’espoir, celui d’une Chine ouverte et généreuse. Une « Meilleure Ville pour une Meilleure Vie », un slogan qu’on espère voir devenir réalité.

Pour ceux qui n’ont pas pu faire le déplacement et pas eu la chance de pouvoir s’émerveiller devant les richesses culturelles du monde entier rassemblées sur le site de l’Expo, Artyparade décrypte pour vous l’épopée shanghaienne.

 

L’Univers ouvre ses portes…

Le 30 avril 2010, la cérémonie d’ouverture de l’Exposition Universelle commence en grande pompe pour une nuit qui va s’avérer inoubliable. Dans le cadre imposant du centre culturel du site, en présence d'une vingtaine de chefs d'Etat et de milliers de spectateurs, le Président chinois Hu Jintao et le Président français Nicolas Sarkozy prennent places dans la tribune d’honneur. Le monde entier retient son souffle dans l’attente d’un événement grandiose. La première partie du spectacle est consacrée à un spectacle retraçant l’histoire et la grandeur de la Chine. L’hymne national entonné par des centaines de chanteuses et le défilé des porteurs de drapeaux des pays participants concluent ce prélude officiel.

Puis, à l’extérieur, Shanghai explose. Sur les rives du Huangpu, tout Shanghai et les milliers de visiteurs prévus pour le lendemain se sont réunis pour assister à un spectacle de lasers et de jeux d’eau. L’apogée : un feu d’artifices unique et extraordinaire, dans la plus grande tradition chinoise, qui a illuminé toute la ville pendant plus de 35 minutes. Le ton est donné !

 

 

 

... et il a ses secrets

 

La Chine a officiellement dépensé 3,1 milliards d'euros  pour l'Expo qui s’annonce 20 fois plus grande que la précédente. L'Exposition Universelle de Shanghai souhaite, avec un objectif d’émissions zéro pour les transports, être la première expo écologiquement responsable. Si le plus grand panneau solaire du pays est installé, la majeure partie des sites d'exposition sera malgré tout démolie dès la fin de la grande parade.

 

Shanghai la séductrice s’est parée de ses plus beaux atours en rénovant ses infrastructures et son réseau routier. Une nouvelle promenade sur le Bund, le plus long métro au monde et de nouveaux terminaux aéroportuaires ont été inaugurés.  La ville attend plus de 70 millions de visiteurs, dont 5% seulement seront étrangers. Pari réussi !

 

 

Des pavillons hauts en couleurs…

 

Le choix est difficile parmi les superbes réalisations du monde entier rassemblées sur le site d’exposition. Les participants ont tout mis en œuvre pour nous éblouir et l’on ne se lasse pas de saluer la chaleur du pavillon Africain, d’admirer le raffinement du pavillon Marocain et d’apprécier la douceur du pavillon Vietnamien.

 

Mais une visite étant en règle générale limitée dans le temps, Artyparade a fait une sélection de pavillons, objets de toutes les attentions.

 

 

Une Chine inaccessible

D'une superficie de 160 100 m² pour 63m de haut, le pavillon chinois comprend un hall national et un hall pour les provinces et régions de la Chine. C’est le plus grand pavillon de l’Expo mais aussi le plus attendu. Des millions de chinois ont acheté leurs billets à l’avance car il faut un billet spécifique pour visiter ce magnifique bâtiment aux couleurs de la Cité Interdite. Le spectacle des trésors de la Chine se joue donc à guichet fermé et rare sont ceux qui ont pu en profiter car même les coupe fils traditionnels n’ont rien pu faire face à l’excitation d’une nation toute entière.

 

Situé au cœur du parc d’exposition, il en est le repère flamboyant. Son allure de couronne orientale représente la diversité de la culture traditionnelle du pays des empereurs, de la calligraphie à l’art du jardin en passant par le Feng shui. Le toit du pavillon est composé de 56 dugongs représentant les groupes ethniques qui composent la Chine. L’édifice qui symbolise le noyau culturel de toutes les provinces chinoises abrite 30 000 jardins, huit types de paysages naturels, les spécificités des provinces chinoises et une exposition appelée "recherche à l'est” qui se focalise sur la sagesse des habitants de la Chine antique face à leurs problèmes d'urbanisation.

Après l’Exposition, le pavillon deviendra un musée de l’histoire et de la culture chinoise. Une seconde chance pour les amateurs déçus de n’avoir pu en profiter pendant l’événement.

 

Pleins feux sur le Royaume-Uni, l’Espagne et l’Arabie Saoudite

Les expositions universelles sont généralement le lieu les pays rivalisent en imagination pour présenter des constructions originales et remarquables. Trois pays ont ainsi su révéler leur génie en 2010 à Shanghai.

Tout d’abord, le Royaume-Uni dont le pavillon a gagné un prix. Cette structure détonante et étonnante, crée par le studio de design Heatherwick, répond parfaitement au thème du développement durable souhaité par le comité d’exposition. Ce hérisson de 60 000 tiges d’acrylique lumineuses, qui prend le soir des allures de boule disco, renferme une « Cathédrale de graines », une collection de plantes sauvages du monde entier qui met la biodiversité à l’honneur. Pendant la journée, ces tiges se servent de la lumière du soleil pour illuminer la promenade intérieure à travers la campagne et l’architecture anglaise qui se termine sur une rivière qui jaillit des profondeurs urbaines.

 

Ensuite l’Espagne qui a su transformer son savoir-faire dans le domaine du tissage de l’osier pour en faire un pavillon-panier. L’édifice à l’aspect naturel est des plus accueillant et présente avec fierté les différentes régions de la péninsule Hispanique. Entre deux tapas, on profite d’une démonstration de flamenco et de musique latine,  et l’on apprend que sur la façade du pavillon  se dessine la calligraphie d’un poème chinois. Le clou du spectacle, un bébé géant de 6,5 m de haut qui vous salue au passage et rappelle que l’avenir de la planète est entre les mains des générations nouvelles qui hériteront de notre planète.  

 

Enfin, le bateau lunaire de l’Arabie Saoudite. Ce bijou de technologie est également le pavillon le plus cher de l’Exposition : 146 Millions de dollars. Pays de traditions, l’Arabie Saoudite a fait preuve d’un modernisme débridé dans la conception de son pavillon et son attraction la plus incroyable se trouve évidemment au sommet du bâtiment, sur le pont de ce navire de science-fiction. Le plus grand écran de cinéma au monde (1600 m2) mène les visiteurs à une terrasse décorée de 150 palmiers pour une vue à couper le souffle. Une oasis au milieu des gratte-ciels shanghaiens, la folie de deux civilisations ancestrales qui ont beaucoup à nous dire sur le futur.

 

Le Chili à l’honneur

 

Cette bande de terre riche des plus beaux paysages de la planète réussit une très belle performance lors de cette Exposition Universelle 2010. Celle d’être un pavillon accessible mais exceptionnel. Une perle rare à l’état brut qu’on ne soupçonne pas et qui de l’extérieur, avec ses murs de verre et de cuivre passe inaperçue dans la débauche de projets architecturaux surdimensionnés.

 

Pourtant, à l’intérieur, un coffrage complet de bois brut clouté à l’ancienne emmène le promeneur en voyage à bord d’un bateau composé de 3 sas conçus comme des œufs ayant chacun leur thème. Ces tunnels mêlent installations d’Art, paysages naturels et témoignages d’une population qui partage sa vision bien personnelle de la ville. Un espace dédié aux vins et à la gastronomie chilienne ravit les papilles et vous transporte encore un peu plus loin que l’île de Pâques, juste après le bout du monde.

Un pavillon sans prétention qui n’en rend la surprise que plus belle.

 

 

 

L’exception française

 

Une fois n’est pas coutume, la France est au cœur de la polémique et  sujet de tous les débats. Pavillon le plus visité de l’Exposition Universelle avec plus de 10 millions de visiteurs, attendu comme le messie, la blanche résille de Jacques Ferrier nous laisse pourtant sur notre faim. Qualifié de coquille vide par ses détracteurs, le pavillon français dirigé par José Frèches ne semble pas avoir su magnifier notre douce mère patrie à sa juste valeur.

 

 

 

Après avoir été gentiment accueilli par Léon le chaton (notre mascotte) et sa salopette bleue, blanc, rouge, on accède au cœur du bâtiment par une large cour qui semble bien vide si ce n’est pour la présence d’un concept car et d’une sculpture végétale du Lostdog d’Aurèle. La treille de verdure censée habiller l’enceinte est quasi inexistante et c’est sur ce début un peu amer que l’on commence notre ascension vers les méandres d’un parcours assez décevant.

 

Dans les étages, des stands sans âme se succèdent. Le stand Michelin assez triste, la collection de pièces du Musée d’Orsay remisée dans un coin, le corner Louis Vuitton plutôt kitsch et sans surprises car décoré comme ses boutiques dans la ville, les films des paysages de Paris et Marseille seules villes représentées, le cinéma en noir et blanc de Jeanne Moreau qui a dû rester bien obscur aux chinois fans de Sophie Marceau. On cherche en vain un stand gastronomique digne de notre terroir et de ses richesses…

 

Puis vient l’exception, un espace dédié aux mariages dans les châteaux français qui fait salle comble, très bonne initiative quand on connaît le succès de ce type de lieu auprès des chinois. Le restaurant des frères Pourcel, situé sur la terrasse arrangée comme un jardin à la française, est assailli mais ouvert à un nombre restreint de personnes. Une sorte de « snobisme » typique, pour une exception à la Française car c’est le seul lieu fermé au « grand public » dans une exposition qui se veut universelle.

 

Néanmoins, il semble que l’intérêt des visiteurs étrangers pour notre beau pays n’ait pas diminué et que son image rayonnante reste intacte alors peut être que c’est seulement  mon mauvais esprit critique, résolument français, qui me fait dire que j’attendais un peu plus du pays  des Lumières !

 

 

…Et des expositions exceptionnelles

 

Autour des pavillons, des milliers de sculptures décorent le site de l’Exposition Universelle. Des centaines de pays sont représentés mais deux projets tirent leur épingle du jeu et ils sont français !

Les félicitations sont de mise pour la Galerie JGM et la Galerie Dumonteil, seuls exposants indépendants et français à avoir été choisis par le comité chinois pour exposer une sélection d’œuvres d’art enthousiasmantes.

 

Le long de l’Expo boulevard, axe majeur menant aux pavillons nationaux, Jean Gabriel Mitterrand présente « Art for the World », une série de 20 sculptures monumentales rassemblée avec l’aide d’Ami Barak. 11 artistes chinois 9 artistes internationaux contemporains peuplent ainsi la promenade. Parmi eux, Xavier Veilhan, Subodh Gupta, Shen Yuan et Liu Jianhua. Les pandas espiègles de Zhang Huan, « He He » et « Xie Xie » mais aussi le Mirror Boat de Leung Mee Ping resteront en souvenir une fois l’Exposition terminée.

 

 

 

Au bout de cette ballade on peut découvrir les bancs sculptures de Jean-Marie Fiori, artiste animalier contemporain sélectionné par le Comité chinois, crées spécialement pour l’Exposition Universelle et exposé par la Galerie Dumonteil. Ces animaux fantastiques, symboles poétiques de la Chine ancestrale ont su séduire le public chinois par leur modernité et leur originalité.

 

 

 

 

La visite arty est terminée mais l’avenir artistique de la Chine semble bien assuré !

 

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