06 Mai 2011

FAUVE QUI PEUT

Par Julien Beauhaire

 
 
L’exposition « Van Dongen : fauve, anarchiste et mondain », présentée jusqu’au 17 juillet au Musée d’art moderne de la ville de Paris prend le parti de suivre l’artiste hollandais durant 90 peintures, dessins et céramiques, de 1895 au début des années 1930. L’occasion d’admirer le trait déroutant de cette figure qu’on dit emblématique du fauvisme.
 
Vingt ans après la rétrospective réalisée en collaboration avec le Musée Boijmans Van Beuningen de Rotterdam (« Van Dongen, le peintre », en 1990), bienheureux celui qui pourrait qualifier le travail de Kees Van Dongen. Le peintre hollandais fût tour à tour caricaturiste, naturaliste, avant-gardiste, orientaliste et fauviste, de sorte qu’il est parvenu à se soustraire à tout courant et stratégie artistique établie. L’exposition « Van Dongen : fauve, anarchiste et mondain » se focalise sur une partie de la vie de l’artiste. En 1940, en acceptant un voyage de propagande en Allemagne, le rebelle des années folles et proche des milieux anarchistes « signera » en effet son interdiction de salon cinq ans plus tard. Il ne produira ensuite rien de plus. Rien de mieux.
 
Les années folles
En 1897, Kees Van Dongen arrive à Paris. Il a 20 ans et découvre Montmartre, ses bâtisses et son idéal libertaire. Un âge auquel les rencontres deviennent déterminantes, tel Félix Fénéon, critique d’art perspicace (il a notamment promu Gauguin et Seurat au cours des années 1880) et anarchiste convaincu, ou encore Maximilien Luce, peintre néo-impressionniste. Sur le plan de la technique, les dessins de Théophile-Alexandre Steinlen, publiés dans le quotidien Gil Blas, l’interpellent : outre illustrer, Van Dongen réalise que le trait peut également caricaturer et dénoncer.
Progressivement, le jeune hollandais se rapproche des artistes de la bohême, de Soutine ou Chagall, tenants de l’École de Paris. À la galerie Vollard, après avoir accédé au Salon des indépendants en 1904 et au Salon d’automne, il présente quelques dessins et tableaux représentant des marines, mais surtout des vues de Paris. La clarté des compositions, associée à la pureté des couleurs dénotent déjà, même si l’influence hollandaise (ne fût-ce que dans les petits formats) se fait encore sentir.
 
 
Fernande Olivier © ADAGP, Paris, 2011
 
 
Maria Ricotti © ADAGP, Paris, 2011
 
 
 
Fauve
Avant de rejoindre le fauvisme (il n’est pas associé au courant lors du Salon d’automne de 1905), Van Dongen s’inspire de Van Gogh et de Signac, son autre grand ami. À Fleury-en-Bière, il laisse libre cours, sous le soleil estival, à l’impression et au pointillé tout en reprenant des thèmes connus, comme les meules de foin ou les travailleurs des champs. Motifs exposés en 1905 chez Druet.
Au Maroc, en Espagne et en Egypte, où il voyage au début des années 1910, Van Dongen se ravitaille. Le peintre refait le plein de couleurs, de sensualité et de détails chatoyants (bijoux sur une femme ou châle).
Au Bateau-Lavoir à Montparnasse, puis au cirque Medrano, il fait la connaissance de Picasso, Matisse, Vlaminck, Derain. Des peintres qu’on dit fauves et qui privilégient les couleurs criardes qui manifestent la réalité immédiate de la perception. Ses tableaux adoptent désormais des tailles monumentales. Ses corps diaphanes des pauses d’un érotisme inouï, non sans annoncer le trait d’un Gruau. Ses visages et ses yeux écarquillés des dimensions secondaires. Le rouge saigne. Le bleu irradie. Le jaune incendie. Scandaleux ? Dérisoire.
 
 
Marchandes d’herbes et d’amour © ADAGP, Paris, 2011
 
 
Le doigt sur la joue © ADAGP, Paris, 2011
 
 
Mondain
De Montmartre, il traverse la Seine et rejoint en 1912 le quartier du Montparnasse. C’est la « période cocktail », comme il aime à la définir. Là, à la Villa Saïd, en compagnie de sa nouvelle compagne Jasmy, plus tendre est la nuit. Les fêtes donnent naissance aux fêtes. Le tout Paris lui est présenté et rapidement il en devient la coqueluche, même déguisé en un improbable Neptune dans son intérieur rempli de ses œuvres. Plus qu’un mondain, Van Dongen est en réalité un décalé.
Décomplexé, le peintre adule les femmes. Les élégantes à tout le moins, à l’image de Kiki de Montparnasse, qui aiment se faire portraiturer. « La femme est le plus beau paysage », déclare-t-il. Ses œuvres les plus célèbres témoignent de poses souvent outrées et théâtralisés « révélant le factice de ses personnalités qui n’existent qu’à travers leur rôle », rappelle l’exposition.
 
 
Anna de Noailles © ADAGP, Paris, 2011
 
 
Anarchiste
Entre 1910 et 1930, Kees Van Dongen rencontre un succès fulgurant. Pourtant, en dépit d’une entrée au Musée du Luxembourg en 1929, il n’est guère apprécié de la critique. On lui reproche de trop faire cavalier seul, d’être « scandaleux ». « C’est sans doute ce qui l’a un peu desservi », reconnaît Fabrice Hergot, le commissaire général. Il faut dire que le peintre abhorre les classifications, les écoles et encore moins les mouvements. Il préfère prendre en chacun le meilleur et papillonner de l’un à l’autre. Hors les murs rigides d’un courant, il n’apprécie rien de moins que les changements de style, la fulgurance du trait et la flamboyance des couleurs.
Anarchiste parmi les fils spirituels de maîtres, le peintre rebelle revient en 1920 au dessin d’illustration, notamment dans des revues comme L’Assiette au beurre. Mais loin d’être réduit à la posture d’illustrateur ou affichiste, Van Dongen préfère s’identifier aux primitifs (il se décrit comme un « nègre blanc »), se comparer aux autres comme pour mieux rivaliser de formes et de couleurs (Les Lutteuses de Tabarin répondent aux Demoiselles d’Avignon et L’origine du monde dialogue avec son aînée), ou se prendre pour un orientaliste (Joaquina, Marchandes d’herbe et d’amour). Picasso le surnomme d’ailleurs le « Kropotkine du Bateau Lavoir », du nom de scientifique anarcho-communiste.
 
Expressionniste chez les fauves, sensualiste chez les orientalistes, flamboyant chez les coloristes, féministe chez les mondains, Van Dongen reste insatiable. Libre. Tantôt Cézanne, Duffy ou Matisse, c’est peut-être cela la véritable énigme anarchique : se rire des contradictions.
 
 
Van Dongen, Fauve, anarchiste et mondain, au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris, du 25 mars au 17 juillet 2011
 



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