13 Juin 2011

Haute voiture

Par Julien Beauhaire

 
Jusqu’au 28 août, le musée des Arts décoratifs à Paris présente certaines des plus belles voitures au monde, toutes issues de la collection particulière du couturier Ralph Lauren. À mi-chemin entre la mécanique, la haute-couture et l’art, l’exposition est une invitation au désir.
 
Quelle femme n’a jamais rêvé de se glisser dans une robe fourreau de soie pour mieux envelopper son corps de la douceur de l’étoffe ? Depuis le 28 avril, nombreux sont les hommes qui les comprennent. Les dix-sept voitures d’exception de la collection Ralph Lauren, exposées pour la première fois au musée des Arts décoratifs de Paris et mises en scène par l’architecte, urbaniste et designer Jean-Michel Wilmotte, ne donnent qu’une envie : se glisser dedans.
 
Paroxysme de la féminité
Bentley « Blower » de 1929, Mercedes-Benz SSK « Comte Trossi » de 1930, Bugatti 57 S(C) Atlantic de 1938, Alfa Romeo 8C 2900 Mille Miglia de 1938, Jaguar XK120 Roadster 1950 ou XKD de 1955 ou bien encore Ferrari 250 Testa Rossa de 1958 et 250 GTO de 1962 : des noms qui font rêver les petits garçons devenus grands. Pourtant, les belles mécaniques, les carrosseries flamboyantes, les caoutchoucs et chromes rutilants attirent à l’entresol des « Arts Déco » autant de femmes que d’hommes. Il faut dire que les bolides, qui ont pour beaucoup couru au Mans, à la Mille Miglia ou aux grands Prix de France, de Monaco et d’Espagne, ne sentent ni l’huile ni l’essence. Au contraire, les cuirs onctueux des sièges confectionnés à la main, comme les plus beaux sacs de la rue du Faubourg Saint-Honoré, invitent à la caresse. Les boiseries polies, les carbones taillés dans les tableaux de bord et volants sont dignes des plus grandes maisons d’orfèvrerie. Les bouchons de radiateur rivalisent de décoration et d’enluminures, pareils à des flacons de parfums. Et que dire des sangles de capote en cuir, tant elles magnifient l’impudeur d’un corset que l’on veut maintenu ?
Un tour de la voiture suffit à la tentation d’effleurer les courbes voluptueuses, les anches saillantes et poupes prolongées. Rarement le design automobile a tant suscité désir et sensualité, sans omettre de révéler le caractère de chacune des belles. Paroxysme de la féminité absolue, certaines italiennes, anglaises ou françaises affichent ouvertement leurs rivets d’acier alignés, renflés et hérissés, telles des coutures selliers apparentes. Il faut dire qu’à cette époque, nul ne maîtrisait les soudures plates et invisibles de l’aluminium. Quand la voiture devient un objet d’art cinétique par excellence.
 
  
Collection Ralph Lauren © Michael Furman
 
 
Collection Ralph Lauren © Michael Furman
 
 
Attirants
Quarante deux ans après la première exposition de voitures de compétition « Bolides Design » aux Arts Décoratifs, l’automobile emprunte à nouveau le chemin tracé par le mobilier et la haute couture : celui de l’art. D’ailleurs, les grands couturiers, comme Yves Saint-Laurent, Karl Lagerfeld ou leurs homologues américains, ont souvent constitué leur propre collection d’art. Mobilier Régence, 1930 ou toiles d’expressionnistes abstraits laissent ici place à des bolides rutilants. Ralph Lauren a choisi, lui, de collectionner les voitures.
Le héraut du « preppy style » américain confesse être un grand enfant : « C’est un amusement, comme des jouets ; lorsque vous commencez à en essayer plusieurs et que vous pouvez vous les offrir, vous les regardez et vous rêvez de les acquérir. Chacune suscite une sensation différente. » Un grand enfant qui a obtenu son permis de conduire et des millions de dollars pour acquérir ces fleurons roulants, les entretenir et les conduire. La restauration de tous les véhicules a été suivie par Paul Russel, historien de l’automobile et restaurateur à Boston, si bien que tous sont aujourd’hui en état de rouler ! Un véritable travail d’orfèvre.
Le visiteur ne peut s’empêcher de se demander si ces voitures constituent des œuvres d’art. On pense à Yves Saint-Laurent pour qui : « La mode, ce n’est peut-être pas un art, mais cela a besoin d’artiste. » Haute couture et automobiles de collection sont plus que jamais réunies. Elles sont en tout cas des œuvres d’artisans. « Le travail à la main est capital dans mon activité de créateur. Beaucoup de nos produits, comme les sacs à main ou les montres, sont fabriqués manuellement par des artisans un peu partout dans le monde. Ces objets sont très attirants parce qu’ils ont une intemporalité qui transforme leurs possesseurs en collectionneurs. Posséder aujourd’hui quelque chose fait à la main, de façon artisanale, relève du principe de désir », explique le couturier.
 
Source d’inspiration perpétuelle, les voitures de Ralph Lauren constituent le terrain privilégié de sa création, à l’image du fauteuil « RL-CFI » de 2003 librement imaginé à partir de la fibre de carbone de sa McLaren ou de la dernière collection de garde-temps « The Dash », dont le cadran n’est que la reprise du tableau de bord en ronce de sa Bugatti Atlantic.
Le célèbre pilote Stirling Moss a écrit dans ses mémoires : « Donnez à Picasso une boîte de crayons de couleur cassés, il vous rendra quelque chose qui vaut 2 000 livres. Je pense réellement que la conduite automobile est un art. » Plus que jamais la collection Ralph Lauren symbolise bien l’art de l’automobile.
 
 
Collection Ralph Lauren © Michael Furman
 
 
L'Art de l'automobile. Chefs-d'œuvre de la collection Ralph Lauren, au Musée des Arts décoratifs à Paris, jusqu’au 28 août 2011.
 


Exposition L’Art de l’automobile... par LesArtsDecoratifs

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