26 Décembre 2011

Les Stein : une famille et des peintres

par Julien Beauhaire
 
Fratrie de collectionneurs avant-gardistes, les Stein ont, de 1902 à 1946, constitué l’une des plus belles collections d’art moderne du XXe siècle. Le Grand Palais revient à travers une grande exposition sur l’aventure audacieuse de cette famille d’amateurs d’art.  
 
La tâche était ardue : réunir et donner à voir la collection Stein. C’est l’un des plus grands ensembles de peintures du XXe siècle : près de 600 tableaux, répartis à travers le monde, notamment à Philadelphie (Fondation Barnes) et à Saint-Pétersbourg (musée de l’Ermitage). Trois institutions se sont regroupées pour accomplir le projet : le musée d’Art moderne de San Francisco, le Metropolitan Museum de New York et le musée d’Art moderne de Paris. « Trois villes emblématiques de cette famille américaine installée à Paris », précise Cécile Debray, commissaire de l’exposition.
 
 
Paul Cézanne, Les baigneurs, vers 1892 © service presse Rmn-Grand Palais (Musée d'Orsay)- René-Gabriel Ojéda
 
Fratrie
Tout commence en décembre 1902, avec l’installation à Paris, rue de Fleurus, au numéro 27, de Leo et Gertrude Stein. Les Stein sont une fratrie américaine qui vit confortablement, mais sans commune mesure avec des fortunes comme celles d’Albert Barnes, Ivan Morozov ou Sergueï Chtchoukine. L’aîné de la famille, Michael, a investi dans le tram de San Francisco et dans l’immobilier. Il les rejoint un an plus tard, avec sa femme, Sarah, et de quoi faire vivre tout ce petit monde.
C’est en 1905, dans « La cage aux fauves » du Salon d’automne au Grand Palais à Paris, que débute la collection. L’audacieuse Femme au chapeau de Matisse fait pousser des cris d’orfraie. Gertrude note que « les visiteurs pouffaient en regardant la toile, et on essayait de la lacérer ». Son frère Leo l’acquiert. Le visage rouge, vert et jaune vient rejoindre quelques toiles, dont des Picasso, La Conduite d’eau de Cézanne et des achats en provenance du marchand d’art Ambroise Vollard.
 
 
Henri Matisse, Femme au chapeau, 1905 © Succession H. Matisse, photo Moma, San Francisco, 2011
 
 
Leo, Gertrude, Michael et Sarah
Personnage central, Leo Stein est un Américain dilettante fasciné par l’art européen. À force de discussions, d’expositions et d’achats, il se constitue un Panthéon artistique avant-gardiste, aux rangs desquels trônent Degas, Renoir, Cézanne et Manet. C’est lui qui en premier fait la connaissance de Picasso et de Matisse. Il rappelle d’ailleurs qu’ « un jour, Matisse déclara que Cézanne était notre père à tous, mais il ne comptait pas le phénix Picasso qui n’avait pas de père ».
Rue de Fleurus, les Stein tiennent salon. « Le salon culturel le plus connu du monde », estime même le New York Times. Pas peu fiers de leurs acquisitions, Leo, Gertrude, Michael et Sarah organisent des samedis soir où se pressent les plus grands artistes d’alors, les écrivains à succès et l’intelligentsia bohême parisienne pour voir les Matisse et Picasso, comme les Meneur de cheval nu (1905-1906) et Nu à la serviette (1907) de ce dernier.
Gertrude et Leo sont inséparables jusqu’à la Première Guerre mondiale. Mais avec la nouvelle compagne de Gertrude, Alice Toklas, son style littéraire assez hermétique et son goût pour l’évolution cubiste de Picasso (Portait de Gertrude Stein en 1906 et Les Demoiselles d’Avignon, un an plus tard) s’immisce progressivement la rupture. La collection se disloque et alors que Leo s’installe à Florence après la guerre, Gertrude se révèle. Elle devient durant l’entre-deux-guerres une écrivaine expérimentale reconnue. Avec son ami Picasso, elle s’interroge sur la question du réalisme et de l’objet. « Chacun élabore une écriture relativement hermétique – l’une, littéraire, fondée sur la répétition, et l’autre, picturale, sur la décomposition des volumes », rappelle Cécile Debray.
De leur côté, Michael et Sarah forment un couple à la ville, rue Madame à Paris, et le second duo de la famille. Sarah maintient une amitié avec Matisse et son attachement à la peinture du maître dépasse le stade de la collection – le couple en possèdera une quarantaine (Le Thé dans le jardin, 1919 ou le Nu bleu, 1907). Elle soutient l’artiste et contribue à son exposition outre-Atlantique. En 1914, dix-neuf de ses toiles sont prêtées pour une exposition à Berlin. Bloquées pendant la guerre, elles ne seront jamais récupérées. En 1927, ils se font construire une villa à Vaucresson par Le Corbusier avant de fuir en 1935 l’Europe en proie au fascisme.
 
La collection Stein n’est que superlatifs. Monumentale par sa taille, on compte certes Matisse, Picasso et Cézanne, mais aussi Man Ray, Marie Laurencin, André Masson, etc. Seules 200 des 600 tableaux de la fratrie ont d’ailleurs pu trouver place. Exceptionnelle, car alors que Matisse, Cézanne et Picasso étaient critiqués et parfois rejetés, les Stein deviennent les amis de ces peintres dont ils achètent les œuvres. Avant-gardiste, car à travers l’histoire de cette famille, se dessinent les traits d’un spicilège artistique hardi et inaugural d’une seconde moitié du siècle qui tentera de panser les plaies traumatiques des deux guerres par de nouvelles formes d’expressionnisme.
 
Matisse, Cézanne, Picasso... L'aventure des Stein, au Grand Palais, jusqu’au 16 janvier 2012.
 
Sans oublier ce mois-ci :
 
 
© Jean-Jacques Sempé Éditions Martine Gossieau
 
Sempé, un peu de Paris et d'ailleurs
Plus de 300 dessins originaux réunis à l’hôtel de ville de Paris pour redécouvrir le trait drôle, humble et poétique d’un artiste discret, qui depuis cinquante ans touche toutes les générations, du « Petit Nicolas » au lecteur du New Yorker.
Jusqu’au 11 février 2012. Entrée gratuite.


Leo et Gertrude Stein, collectionneurs... par telerama

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