12 Février 2012

Une aurore boréale nommée Akseli Gallen-Kallela

par Julien Beauhaire
 
Le musée d’Orsay propose la première rétrospective française consacrée au géant finlandais : Akseli Gallen-Kallela. L’occasion de connaître ou de reconnaître le travail lumineux du peintre aux multiples courants.
 
Akseli Gallen-Kallela : un nom difficilement prononçable et mémorisable, au contraire d’une œuvre picturale à la fois amène et inoubliable. Jusqu’au 6 mai 2012, le musée d’Orsay revient sur la production de l’artiste finlandais (1865-1931), élève de l’Académie Julian à Paris et présent au sein du pavillon finlandais de l’Exposition universelle de 1900. L’accrochage simple et efficace permet ici, pour la première fois en France, d’aborder une peinture lumineuse et méconnue.
Dans la vie d’Akseli Gallen-Kallela, on compte pas moins de trois courants artistiques impliqués. Le réalisme, tout d’abord, avec les portraits réalisés dès 1884 entre la capitale française et la campagne finlandaise (la troublante Démasquée, 1888), qui ne sont pas sans rappeler les contrastes lumineux d’un Rembrandt.
 
 
 
Démasquée [Démasquée], 1888 / Huile sur toile, 65,5 x 54,5 cm / Finlande, Helsinki, Ateneum Art Museum, Finnish National Gallery © Finnish National Gallery / Central Art Archives / Photo Pirje Mykkänen
 
 
En 1890, après avoir dépeint les scènes traditionnelles de la vie finlandaise, Gallen s’attaque aux paysages indomptés de la Carélie. Là, il excelle à reproduire la taïga, la nature dans ce qu’elle a de plus sauvage, des reflets boréales des lacs glacés (Nuages d’orage à l’horizon, 1897), au poids de la neige sur les branches (Hiver, 1902) jusqu’au son d’une cascade (Rapides à Mäntykoski, 1892-1894).
 
 
Hiver [Talvi], 1902 / Étude pour les fresques du mausolée de Sigrid Jusélius (1887-1898) à Pori / Tempera sur toile, 76 x 144 cm / Finlande, Helsinki, Ateneum Art Museum, Finnish National Gallery © Finnish National Gallery / Central Art Archives / Photo Jukka Romu
 
 
Le symbolisme et le synthétisme, ensuite. Dès 1893, l’artiste tire son inspiration de scènes bibliques revisitées (Ad Astra, 1894) ou imaginées (Symposium, 1894). C’est à cette époque qu’il compose le visuel du Kalevala, compilation de récits finnois mythiques et légendaires (La Défense de Sampo, 1896). À la Gauguin, les couleurs s’y entrechoquent et le réalisme du trait (le visage rougi du forgeron ou la blancheur de la peau de l’innocente femme in La Légende d’Aino, 1891) traduit le feu héroïque. En 1902, il entreprend le mausolée de l’enfant du mécène Arthur Juselius. Il y traite la vie et la mort et leur cortège de vanité (Printemps, 1903).
 
 
Printemps [Kevät], 1903 / Étude pour les fresques du mausolée de Sigrid Jusélius (1887-1898) à Pori / Tempera sur toile, 77 x 145 cm / Finlande, Helsinki, Sigrid Jusélius Foundation, On Permanent Loan to the Ateneum Art Museum © Finnish National Gallery / Central Art Archives / Photo Hannu Aaltonen
 
 
L’oppression russe du début du XXe siècle oblige Akseli Gallen-Kallela  à naviguer vers d’autres voies artistiques : les arts décoratifs et l’expressionisme. L’Afrique et plus particulièrement le Kenya, les safaris et la faune deviennent alors le terrain de chasse du peintre (Kikuyu bleu, 1909-1910). Gallen marque ainsi sa rupture avec le fameux traitement de la lumière des peintres du Nord (depuis Jan Vermeer à Vilhelm Hammershoi), assumant par là même l’oxymore selon lequel la peinture peut, elle aussi, figurer le feu de la glace.
 
 
Kikuyu bleu [Sininen Kikuju], 1909-10 / Huile sur toile, 47 x 40 cm / Finlande, Helsinki, collection  particulière © Collection particulière / Photo Jari Kuusenaho / Tampere Art Museum
 
Akseli Gallen-Kallela (1865-1931), Une passion finlandaise, au musée d'Orsay jusqu'au 6 mai 2012.

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