02 Mars 2012

L’héritage Berenice Abbott

par Julien Beauhaire

 
Jusqu’au 29 avril, le Musée du Jeu de Paume rend hommage à un héritage, celui de l’une des plus grandes photographes américaines du XXe siècle, Berenice Abbott.
 
Le Musée du Jeu de Paume rend hommage à travers 140 clichés au travail de l’une des plus grandes photographes américaines du XXe siècle, Berenice Abbott. Il faut dire que les salles du jardin des Tuileries ont désormais l’habitude de recevoir les grandes rétrospectives féminines : Diane Arbus récemment et auparavant Lee Miller, Lisette Model ou Claude Cahun.
Au commencement il y a l’homme. Eugène Atget. Jusqu’au bout, Berenice Abbott suit le vieux photographe de Paris et l’immortalise à la chambre en noir et blanc. Commence alors le long processus transmissif de la création et de la technique. La jeune femme à la coupe garçonne s’attache aux portraits, à l’architecture et à la science, non sans oublier d’honorer le père en œuvrant pour sa reconnaissance internationale.
 
Triptyque
La vie de Berenice Abbott (1898-1991) se lit comme un triptyque. « Elle a traversé le siècle », précise Gaëlle Morel, conservatrice au Ryerson Image Centre de Toronto et commissaire de l’exposition.
Nous sommes au début des années 1920 et Berenice Abbott, qui se destine à la sculpture, fuit de lassitude l’Amérique pour la vieille Europe. À Paris, elle se forme à la technique du portrait, d’abord pour le compte de Man Ray, puis, dès 1926, avec son propre studio, l’un dans la ville Lumière et l’autre dans celle qui ne dort jamais – qui fermera rapidement. Se succèdent devant l’objectif de sa chambre Jean Cocteau (1926), James Joyce (1926), André Gide (1927) ou Paul Morand (1928). Berenice Abbott se focalise sur les pauses et attitudes de ses modèles, déclarant : « le photographe doit s’appliquer à mettre en avant la meilleure expression possible du modèle sans pour autant en sacrifier l’identité. »
 
 
 
Berenice Abbott, Jean Cocteau with Gun, NYC, 1926 © Berenice-Abbott
 
 
Dès le milieu des années 1930, la photographe américaine s’attaque à un projet d’envergure : Changing New York. En résumé, photographier l’ensemble des bâtiments de la ville et ses habitants. Rien que ça. Resteront de ce projet un peu fou, commandé par le gouvernement américain en pleine crise, quelques trois cent cinq clichés publiés en 1939 – dont quatre-vingts sont présents à l’exposition. Rarement structure urbaine, architecture vernaculaire et topographie n’ont été si bien saisies. Avec Vue de nuit (1932), Broadway vers battery Park (1938), Park Avenue et 39e rue (1936), pris en plongée ou contre-plongée, Berenice Abbott confronte des plans serrés et frontaux de bâtiments célèbres, encastrés de manière quasi inextricable entre les buildings infinis (Bourse de New York, 1933 ou Gunsmith et quartier général de la police, 6 Centre Market Place et 240 Centre Street, 1937), rappelant par là même la verticalité de l’une des villes les plus photogéniques au monde. « Toutes les photographies de New York ont demandé beaucoup de temps, car il était nécessaire de positionner l’appareil photographique avec soin. Ces photographies ne sont pas le fruit du hasard », explique-t-elle.
 
 
 
Berenice Abbott, Park Avenue et 39e rue, New York, 8 octobre 1936 © Berenice Abbott Commerce Graphics Ltd, Inc.
 
 
 
Berenice Abbott , Vue de nuit, New York, 1932, Épreuve gélatino argentique, 90 x 72 cm - Ronald Kurtz Commerce Graphics © Berenice Abbott Commerce Graphics Ltd, Inc.
 
 
Au cours des années 1950, changement de décors, Berenice Abbott entreprend un travail sur les principes de la mécanique et de la lumière pour le Massachusetts Institute of Technology (MIT).
 
Documentaliste
À la nostalgie souvent pessimiste, Berenice Abbott préfère la capture quasi scientifique, et à tout le moins fichiste, du temps qui passe. Ses images de New York traduisent les politiques de grands travaux urbanistiques et l’effacement de l’ancien au profit de la verticalité moderne. À la fois expérimentale et écho aux surréalistes du début du siècle, l’œuvre de la photographe témoigne d’une démarche réaliste et documentaliste. Comme un témoignage à laisser en héritage.
 
 
 
Berenice Abbott, Station-service Sunoco, Trenton, New Jersey, 1954, Épreuve gélatino argentique, 19 x 24,5 cm - Ronald Kurt
 
 
Berenice Abbott (1898-1991), photographies, au Musée du Jeu de Paume à Paris, jusqu’au 29 avril 2012.
 

Commentaires

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#0001Camille de Longé dit | 07/03/2012 19:19
Merci pour cet intéressant éclairage. Jolie plume !

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