07 Mars 2012

Matisse, Matisse, Matisse, …

par Julien Beauhaire

 
Parcours inédit pour comprendre Matisse que celui proposé par le Centre Pompidou qui expose les reprises et répétitions, en paires ou séries, de compositions identiques du peintre selon des toiles ou des traitements distincts.
 
« Les guêpes fleurissent vert / L’aube se passe autour du cou / Un collier de fenêtres / Des ailes couvrent les feuilles / Tu as toutes les joies solaires / Tout le soleil sur la terre / Sur les chemins de ta beauté » (Paul Éluard, « La terre est bleue comme une orange » in L'amour la poésie, 1929), se remémore-t-on à la vue des premières toiles d’Henri Matisse exposées au Centre Pompidou, à l’occasion de l’exposition « Matisse, paires et séries ». Une explosion de couleurs libérées, propre au fauvisme, accentuée par un accrochage limpide et aéré qui souligne ici clairement le travail des séries, l’autre prisme de compréhension de l’œuvre matissienne.
 
Cohérence
Soixante peintures, dont quatre grands papiers gouachés découpés, ainsi qu’une trentaine de dessins, attendent, réunies et apposées, la rencontre. Pour la première fois depuis la rétrospective organisée par le MoMA de New York en 1992, Matisse est présenté à travers une lecture inédite et compréhensive de son travail : les paires et les séries. D’une œuvre à une autre il fait varier le cadre, les contours, les couleurs. L’artiste est un explorateur. « Je souhaitais montrer la cohérence de son œuvre à travers un aspect singulier, essentiel et continu : la manière dont l’artiste a travaillé en reprenant ou répétant les mêmes compositions selon des toiles et des traitements formels distincts, en paires ou séries », confie Cécile Debray, la commissaire de l’exposition.
Matisse est un artiste hors norme, considéré souvent comme un des maîtres de l’art moderne, mais trop souvent dépeint comme un virtuose au style facile et joyeux. Alors qu’il se destine au notariat, c’est la maladie qui le fait entrer en peinture. Il échoue aux Beaux-Arts, retente maintes fois, est enfin pris en 1894. À Saint-Tropez, il suit Signac et peint Le goûter en 1904, puis Luxe, calme et volupté. Ensuite, à Collioure, durant l’été et l’hiver 1907, Le Luxe I et II, points de départ de la confrontation entre œuvres « sœurs ». Première étape d’un dialogue qui nourrira l’art de la seconde moitié du XXe siècle.
 
Doute
Jusqu’au bout de sa carrière de peintre, jusqu’aux papiers découpés des années 1950, Matisse reproduit un même motif sur trois ou quatre toiles en parallèle, dans une seule séquence temporelle. Point de copies, mais des oppositions, des contrastes qui diffèrent selon l’héritage de ses découvertes. Les fresques de Giotto lui permettent d’appliquer un traitement nouveau : la détrempe, acidulant les couleurs et annonçant déjà en filigrane ses dernières œuvres dites « pop ». L’articulation entre les versions se fait sur les surfaces et par la couleur. On sent les doutes, inquiétudes et obsessions de l’artiste. Dessin, couleur, surface, volumes, tout est questionné. « On passe du doute plastique au doute philosophique », résume Cécile Debray.
 
Work in progress
Le reste du parcours se fait selon le fil chronologique. Très peu de commentaires, tant la démonstration visuelle suffit à expliquer l’absence de méthode du peintre. « Une peinture est un jeu de cartes, vous devez savoir depuis le début ce que vous obtiendrez à la fin. Tout doit être travaillé à l’envers et fini avant même que l’on ait commencé », admet-il. Ni période, ni courant d’appartenance, Matisse prend au fauvisme sa révolution coloriste, au cubisme quelques ébauches de plans, au naturalisme certaines pauses et à l’onirisme des fragments de style.
En 1945, Matisse présente à la galerie Maeght à Paris six tableaux (La France, 1939 (huit états), La Blouse paysanne [roumaine], 1940 (treize états), Dormeuse sur la table violette [Le Rêve], 1940 (douze états), Nature morte au coquillage (trois états), Nature morte au magnolia, 1941 (trois états) et Jeune fille à la pelisse), entourés de tirages photographiques agrandis et encadrés représentant les étapes de sa peinture. Mise en abîme de son propre travail, le peintre devient photographe et ses clichés viennent subsumer l’articulation en paire ou série. « Ce déroulé du « work in process » à la manière d’un film, est très novateur », conclut Cécile Debray.
La dernière salle laisse place à la magistrale série des Nu bleu de 1952. Penseur de la forme, le peintre opte cette fois pour des papiers gouachés découpés, colorés en bleu et collés sur papier blanc marouflé sur toile. Bleu comme une orange. Comme des oranges.
 
 
 
Henri Matisse, Nu bleu II : Nu bleu II, 1952, papiers gouachés découpés et collés sur papier blanc marouflé sur toile, 116,2 × 88,9 cm. Achat en 1984. Centre Pompidou Paris Musée national d’art moderne / Centre de création industrielle © Succession H. Matisse
 
 
 
Henri Matisse, Nu bleu III : Nu bleu III, 1952, Papiers gouachés découpés et collés sur papier blanc marouflé sur toile, 112 × 73,5 cm. Achat en 1982. Centre Pompidou Paris Musée national d’art moderne / Centre de création industrielle © Succession H. Matisse
 
 
 
Matisse, paires et séries, jusqu’au 18 juin au centre Pompidou.
 
 
 
 
Très beau, et non moins complet, catalogue Matisse, Paires et séries, sous la direction de Cécile Debray (Éditions du Centre Pompidou, 288 pages, 42 €).


Matisse, paires et séries - du 7 mars au 18 juin... par centrepompidou

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