02 Octobre 2012

Dialogue sur le Grand canal

par Julien Beauhaire

 
Le musée Jacquemart-André donne à voir le travail de deux des plus grands vedutistes, Canaletto et Guardi, dans un dialogue inédit.
 
On les appelle les vedutistes. Ce sont les maîtres vénitiens du XVIIIe siècle, de Luca Carlevarijs à Canaletto, qui s’inscrivent dans la tradition picturale de la veduta, la peinture de panoramas urbains très en vogue à l’époque. Le musée Jacquemart-André consacre jusqu’au 14 janvier 2013 une exposition aux deux plus grands noms de ce courant : Canaletto (1697-1768) et Guardi (1712-1793).
 
 
Dialogue
C’est le problème avec Venise : tout a quasiment été montré et dit sur la Sérénissime, de sorte que les gondoles et leur rose en plastique pour amoureux en voyage de noces côtoient le plus souvent dans l’imaginaire collectif actuel les spaghetti à la bolognaise. À chaque époque ses clichés. Et son style.
Au XVIIIe, les cours royales – la cour britannique possède la plus grande collection de peintures et dessins de Canaletto – et les riches collectionneurs italiens, anglais ou prussiens se damnaient pour une vue du Rialto ou du Grand Canal.
Pour la première fois en France, le musée Jacquemart-André, sous le commissariat général de la Dottoressa Bozena Anna Kowalczyk, entame un dialogue scénographique entre les deux grands maîtres de la cité des Doges. Campi, Grand Canal, place Saint-Marc et canaux s’offrent à voir en une cinquantaine de toiles.
 
Venise unique
Avec Canaletto, on pénètre dans Venise en musique. Les relations spatiales sont approfondies, la lumière fuit entre les édifices et les clairs-obscurs s’enchaînent « dans une verve quasi musicale », analyse la commissaire (L’entrée au Grand Canal, avec Santa Maria della Salute vers l’Ouest, Musée des Beaux arts de Grenoble ou La place Saint-Marc vers l’Est, Madrid, Musée Thyssen-Bornemisza).
 
 
Canaletto (Antonio Canal, dit) , La place Saint-Marc, vers l'est , 1723 , huile sur toile , 141,5 x 204,5 cm , Madrid, Museo Thyssen-Bornemisza © Museo Thyssen-Bornemisza, Madrid
 
 
 
Canaletto (Antonio Canal, dit), L’Entrée du Grand Canal, avec Santa Maria della Salute et le canal de la Giudecca, vue de l’extrémité occidentale du Môle, 1722, huile sur toile, 194 x 204 cm, Grenoble, Musée de Grenoble © Musée de Grenoble
 
 
 Guardi, qui commence son travail, alors même que Canaletto connaît le succès et redonne une seconde jeunesse à la veduta, s’en inspire bien sûr, mais il transforme la théâtralité baroque des effets atmosphériques en une virtuosité rococo. Puis, c’est l’inverse. Canaletto s’attache aux détails minutieux – quasi scientifique, puisqu’il utilise une camera obscura – quand Guardi privilégie la sensibilité émotionnelle, quasi impressionniste (Le Canal de la Guidecca et le Zattere, Madrid, Collection Carmen Thyssen-Bornemisza). Deux styles pour une Venise unique. Les rejoignent quelque temps plus tard dans ce dialogue, Michele Marieschi (1710-1743) et bien sûr Bernardo Bellotto (1722-1780), le neveu et disciple de Canaletto.
 
 
Francesco Guardi, Le Canal de la Giudecca et le Zattere, vers 1758, huile sur toile, 72,2 x 119,3 cm, Madrid, Collection Carmen Thyssen-Bornemisza, en dépôt au Museo Thyssen-Bornemisza © Colección Carmen Thyssen-Bornemisza en depósito en el Museo Thyssen-Bornemisza, Madrid
 
 
Caprices
Parallèlement à la représentation des lieux emblématiques, les deux peintres imaginent, comme avant eux Giovanni Panini (1691-1765), une autre cité lacustre. Venise n’est plus la même, elle arbore des ruines évoquées jusque-là à Rome, se pare d’une végétation sauvage et abondante, et fait entrer personnages et animaux. Ces caprices, qui laissent filer imagination romantique et pinceau créatif, réinventent une vision de la Venise du XVIIIe.
 
 
Francesco Guardi, Caprice avec un campiello vénitien, vers 1778 – 1780, gouache sur papier, 55,5 x 38 cm, Paris, Musée Jacquemart-André - Institut de France © Studio Sébert Photographes
 
 
Canaletto (Antonio Canal, dit), Caprice avec des ruines, vers 1742, huile sur toile, 53 x 66,7 cm, Londres, The Royal Collection, lent by Her Majesty Queen Elizabeth II. Supplied by Royal Collection Trust © HM Queen Elizabeth II 2012
 
Quelques années plus tard, en 1819, William Turner effectue un voyage sur la lagune et rend un ultime hommage à ses prédécesseurs. Il fait primer la lumière sur le motif (San Giorgio Maggiore, au petit matin, à la Tate Gallery de Londres) et annonce en filigrane la venue de l’impressionnisme.
 


Musée Jacquemart-André - Exposition... par culturespaces

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