29 Novembre 2012

Salvateur Dalí

Par Julien Beauhaire

Salvateur Dalí
 
Le centre Pompidou consacre une grande rétrospective à Dalí, le plus célèbre et le plus populaire des artistes surréalistes.
 
C’est bien sûr la grande exposition de cette fin d’année à ne pas manquer, tant la scénographie de cette rétrospective inédite (depuis 1979) et le travail de compilation des commissaires, Jean-Hubert Martin, Montse Aguer, Jean-Michel Bouhours, Thierry Dufrêne, sont riches d’enseignement.
Tout commence par une lettre de Dalí de 1978 qui réclame que ses peintures soient exposées sur la périphérie du support, laissant de la sorte le centre vide, tel un œuf. Inspirée par ce modèle ab ovo, l’exposition fait entrer le corps du visiteur, « passant ainsi du monde réel au monde dalinien », précise Jean-Hubert Martin, pour en sortir l’esprit. 
À la fidélité moderniste et cubiste épousée en début de carrière, Dalí préfère l’extravagance. Cabot, bouffon ou fou du roi, il ose tout et assume tout, à commencer par son propre personnage qu’il transforme en œuvre. Deux cents peintures, objets, dessins, photographies, sculptures et films viennent ainsi témoigner et engager le dialogue à travers sept sections chronothématiques.
 
Du local au surréalisme
La première salle de l’exposition laisse place à l’économie de l’enfance et rappelle à quel point Dalí, monstre sacré sulfureux, paradoxal, populaire et universel est singulièrement et profondément enraciné dans le local, sa région, l’Empordà. Puis, vient la période madrilène (salle 2) et avec elle l’époque de la Residencía de Estudiantes et les prémices des voies surréalistes. Nous sommes entre 1922 et 1927, l’artiste expérimente et développe les rencontres : Garcia Lorca, ainsi que Buñuel. On retrouve l’influence surréaliste de Joan Miró, Yves Tanguy, Hans Arp ou Max Ernst dans les Putrefactos (1928, Les Ânes pourris).
Les années 1929 et 1930 (troisième salle) développent le surréalisme et la méthode paranoïaque critique. Le peintre espagnol rencontre alors Gala, la femme de Paul Eluard, celle qui deviendra la muse de son panthéon. S’il se révolte désormais contre la double figure paternelle et enfantine de Guillaume Tell, c’est pour mieux se rapprocher du courant surréaliste. « Le surréalisme, c’est moi », crie-t-il. Il propose de substituer à l’automatisme passif du surréalisme (dessin automatique, cadavres exquis ou frottages) une méthode active fondée sur le délire d’interprétation paranoïaque qui transforme et subvertit le monde. C’est l’énigme sans finde L’Angélus de Millet (1938).
 
 
© Brassai Dali et Gala dans son appartement de Paris 1932. 
Droits d’image de Gala et Salvador Dalí réservés. Fundació Gala-Salvador Dalí, Figueres, 2012
 
 
Aurore, midi, après-midi et crépuscule, 1979 
© Salvador Dalí, Fundació Gala-Salvador Dalí / Adagp, Figueres, Paris 2012
 
Mythes, théâtre et mysticisme
La quatrième salle plonge le visiteur dans le milieu des années 1930 et dans un face à face entre l’artiste libérateur (Salvador le salvateur) et le partisan du franquisme. Face à une Amérique à civiliser – l’homme nouveau issu de l’œuf – et la bissectrice d’une guerre sans fin, Dalí incarne la renaissance d’une Europe catholique.
Puis, c’est la période de la théâtralité et des relations intenses entretenues avec l’entertainment. Dès 1927 avec Buñuel et 1929 avec Un Chien Andalou et L’Âge d’or (1930), Dalí expérimente le médium cinéma à la sauce surréaliste. C’est le début d’un langage « pré pop », comme une diagonale dans une vie (cinquième salle).
L’avant-dernière salle regroupe les œuvres relatives à la science, la mystique et la théorie. Les peintures religieuses (crucifixion d’après un dessin de Saint Jean de la Croix) et les œuvres stéréoscopiques (deux peintures légèrement décalées qui en créent une troisième) témoignent d’une mystique nucléaire aux références permanentes à Léonard de Vinci. « Dalí n’est ni Proust ni scientifique, mais il interroge et met en relation perpétuellement. Il se mêle de tout et a parfois des intuitions géniales », explique Jean-Hubert Marin. Telle sa passion pour les formes avec ses colloïdes (célébrissimes montres molles).
 
 
Persistance de la mémoire, 1931. Museum of Modern Art (MoMA), New York, USA 
© Salvador Dalí, Fundació Gala-Salvador Dalí / Adagp, Paris 2012
 
« Je réclame une vie dans l’au-delà avec persistance de la mémoire. Je veux bien renoncer aux béatitudes éternelles pourvu que dans l’éternité je me souvienne de tout », peut-on lire sur le mur de la dernière salle. C’est le pari lancé par Dalí à l’artiste : appliquer la recette malrusienne de l’œuvre : faire de « l’art, un anti-destin ». Ainsi, avec l’Atomique Assomption, peinture baroque spectaculaire aux perspectives vertigineuses, Dalí rejoint la mémoire et les grands d’Espagne : Vélasquez, Picasso, et la figure du toréador. Et l’extravagance devient salvatrice.
 
Jusqu’au 25 mars 2013 au Centre Pompidou.  


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