10 Décembre 2012 18:31

De mémoire d’éléphant

Par Julien Beauhaire
 
 
Aussi cocasse que le pachyderme, l’Éléphant Paname, le nouveau lieu parisien de création accueille une rétrospective dédiée au photographe américain Elliott Erwitt à voir d’urgence.
 
Au numéro dix de la rue Volney à Paris, à quelques mètres de la très sélecte place Vendôme, se dresse un remarquable hôtel particulier Napoléon III. Commandité par l’empereur pour le prince Soltykoff, il est édifié en 1856 par Charles Rohault de Fleury et abrite – déjà – une collection d’art, mais médiéval cette fois. Aujourd’hui restauré et ravalé, il accueille sous 2 000 m² depuis le 13 septembre dernier, un centre d’art et de danse, et bientôt un restaurant (Enrico Bernardo). C’est Éléphant Paname, le nouveau lieu de la création à Paris. Une folie comme au temps de l’Arc de triomphe (1806-1836) ou de la colonne de Juillet, place de la Bastille (1835-1840). Une folie comme Würsa, la création de l’artiste français Daniel Firman réalisée en 2008 pour le Palais de Tokyo, où un éléphant empaillé tient en suspension par sa trompe.
 
 
Monumental escalier
© Emmanuel Donny
 
 
Deuxième étage
© Emmanuel Donny
 
À l’origine du projet, une fratrie, celle de Laurent et Fanny Fiat. Elle, ancienne danseuse de l’Opéra de Paris, souhaite un atelier et lui une « galerie un peu originale ». Le travail de restauration est considérable pour rendre à ce lieu ses ors d’antan. Il faut gratter, curer et découvrir les murs pour qu’apparaissent dorures, polychromies, fresques, plafonds à caisson, lambris et marqueteries. Le résultat est spectaculaire : laissés bruts et « dans leur jus », ces murs rappellent ceux de La Guardia dans la vieille Havane. La vocation affichée de ce nouveau lieu s’affiche sur les médaillons muraux : « décloisonner tous les arts, en particulier la danse et les arts plastiques, mais aussi la science, la philosophie, la musique, le théâtre, etc. ». Depuis quelques semaines, Éléphant Paname abrite sa première exposition, consacrée à l’un des plus harmonieux et consensuels photographes du XXe siècle, Elliott Erwitt.
 
 
Santa Monica, California. 1955. (PAR11118)
© Elliott Erwitt  Magnum Photos
 
Avec Personal best, Personal choice, le photographe américain sélectionne lui-même près de quatre-vingts de ses clichés. Des épreuves symboles du siècle passé, où l’on retrouve Marylin Monroe, Che Guevara ou JFK, et de l’histoire de la photographie, comme ce chien qui vole au bout de sa laisse ou cet homme et son parapluie noir sautant devant la tour Eiffel. Remarqué en 1948 à New York par Edward Steichen, Robert Capa et Roy Stryker, le jeune artiste âgé de vingt ans lance sa carrière. Cinq ans plus tard, il fait son entrée à l’agence Magnum qu’il préside en 1968. Ses photographies désormais mondialement connues font la part belle aux enfants et aux chiens. Et l’on se prend à sourire et à rire devant tant de poésie et d’optimisme. Ne manque qu’une photographie d’un éléphant dans un magasin de porcelaine.
 
 
USA. Colorado. 1955. (PAR55341)
© Elliott Erwitt  Magnum Photos
 
À voir également sur place le travail de la jeune photographe américaine d'origine polonaise, Magda Biernat.
 
Elliott Erwitt, jusqu’au 13 janvier 2013 à l’Éléphant Paname, 10 rue Volney à Paris.
 
 
À lire :
 
 
Elliott Erwitt : Instantanés
Voici enfin la première monographie exhaustive consacrée au photographe Elliott Erwitt. Sur les cinq cents illustrations en noir et blanc, plus de deux cents clichés inédits reviennent sur l’œuvre de cet artiste majeur qui, depuis cinquante ans, capture avec justesse et spiritualité grands et moins grands de ce monde. Les textes de ces Instantanés sont signés Murray Sayle pour l’introduction et Charles Flowers pour le texte, écrivains et chroniqueurs tous les deux. Un monument de poésie.
Textes de Murray Sayle et Charles Flowers (Phaidon, 512 pages, 49,95 €).
 
 
 
Personal Best
50th Anniversary Edition
Elliott Erwitt partage dans Personal Best sa sélection personnelle de clichés. Une rétrospective en images qui a défini l’histoire visuelle du XXe siècle : cent vingt photographies spontanées, vives et originales qui tour à tour font sourire, rire et rêver. Sans artifices, les épreuves de l’artiste sont prises sur le vif et témoignent toutes d’une maîtrise parfaite du cadrage et du motif. L’homme qui aime les enfants, les chiens, les personnalités et la mer nous régale définitivement de son humour.
Elliott Erwitt (teNeues, 448 pages, 39,90 €).
 
© Elliott Erwitt - Personal Best 50th Anniversary Edition, New York City, 1955, published by teNeues, www.teneues.com. Photo © Elliott ErwittMagnum Photos, All rights reserved
 


Éléphant Paname, un nouveau temple des arts par mairiedeparis

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