20 Février 2013 18:38

Fifty Shades of Gray

Par Julien Beauhaire
 
 
À travers une sélection d’œuvres pour la plupart uniques, de photographies, maquettes et documents réunis de façon inédite, le centre Pompidou* propose un hommage au travail d’architecture d’Eileen Gray qui a traversé l’Art Déco et le mouvement moderne, ainsi que le portrait poignant d’une femme discrète, poétique et énigmatique.
 
D’Eileen Gray (1878-1976), il reste une signature, quelques œuvres uniques, des archives clairsemées et un halo de mystère. Créatrice irlandaise, elle apparaît trente-sept ans après sa disparition comme l’un des maîtres du mobilier art déco et moderne, que l’on redécouvre en 1972,  lors de la vente – Doucet – de mobilier à l’Hôtel Drouot.
 
C’est au tournant du XXe siècle, après une formation de peintre à la Slade School of Fine Art à Londres, à l’Académie Colarossi et à l’Académie Julian à Paris, qu’Eileen Gray découvre, avec l’aide de l’artisan japonais Seizo Sugawara, l’art du laque. Leur collaboration durera plus de vingt ans et se concrétisera pars des pièces emblématiques, comme Le Magicien de la nuit, le fauteuil Sirène, ou des commandes du couturier Jacques Doucet (paravent à quatre feuilles, Le Destin).
 
 
Paravent en briques (1919-1922), collection particulière, courtesy Galerie Vallois, Paris.
© Vallois-Paris-Arnaud Carpentier
 
En 1922, elle ouvre sa galerie sous l’énigmatique enseigne « Jean Désert », à Paris, rue du Faubourg Saint-Honoré. Charles et Marie-Laure de Noailles, Philippe de Rothschild ou Elsa Schiaparelli viennent y acquérir des pièces de mobilier, tapis ou projets d’installation d’appartements. Là, pendant dix ans, elle travaille le laque et le tissage, ses supports de création privilégiés, à travers lesquels elle développe ses recherches sur l’abstraction géométrique, tout en évoluant vers des matériaux modernes, comme le métal – tubulaire et chromé –, le verre, le liège ou le rhodoïd.
 
 
Table ajustable (1926-1929), provenant de la maison E 1027.
© Centre Pompidou / Jean-Claude Planchet
 
À partir de 1926, elle crée pour et avec l’architecte roumain et ami intime Jean Badovici, la « maison en bord de mer » à Roquebrune-Cap-Martin, la villa « E-1027 ». Minimalisme, modernisme, futurisme accompagnent les plans. Si Le Corbusier y peint en 1939 d’imposantes fresques sans même l’avertir, il choisira pourtant d’établir dans son ombre treize ans plus tard son Cabanon, témoignant par là même des relations complexes et souvent tendues entre eux.
 
Villa E 1027, Eileen Gray et Jean Badovici, Centre Pompidou, Bibliothèque Kandinsky.
© Fonds Eileen Gray / Alan Irvine
 
En 1952, à 76 ans, Eileen Gray s’engage dans son dernier projet d’architecture, « Lou Pérou », la restauration et l’extension d’une bastide tropézienne abandonnée. Elle y opère un dialogue intime entre intérieur et extérieur.
L’exposition se clôt sur deux portfolios (1956-1975), où l’artiste consigne une sélection de ses projets. « J’aime faire les choses, je déteste les posséder. Les souvenirs s’accrochent aux choses et aux objets, alors il vaut mieux tout recommencer à zéro », répétait-elle.
 
 
* Jusqu’au 20 mai 2013, galerie 2, niveau 6
 
Pour aller plus loin :
 
Les Éditions de La Différence publient un très beau coffret en deux volumes sur Eileen Gray: le premier dédié à sa vie et le second à son œuvre. C’est Peter Adam, ami intime de l’artiste, qui prend la plume pour dessiner le parcours de l’artiste et « l’histoire d’une femme qui essaie de survivre », sans doute « trop en avance », mais « farouchement libre ».
Eileen Gray, de Peter Adam (Éditions de La Différence, collection La Vue le Texte, 2x 192 pages sous coffret, 45 €).
 



Eileen Gray, du 20 février au 20 mai 2013 par centrepompidou

laisser un commentaire



http://artyparade.com/flash-news/81