20 Février 2013

Chagall, plus touchant que jamais

Par Julien Beauhaire
 
 
Avec « Chagall, entre guerre et paix », le Musée du Luxembourg propose une double analepse, sur le XXe siècle et l’œuvre de Chagall. L’occasion inédite de revisiter la mythologie personnelle de cet immense peintre.
 
C’est l’histoire d’une rencontre. Celle entre un artiste majeur et son siècle. Traversé par deux guerres dévastatrices, le XXe siècle a remis au goût du jour le thème classique des vanités – « Nous autres civilsations, nous savons désormais que nous sommes mortelles », écrivait Paul Valéry en 1919 dans La Crise de l'esprit. Lorsque Chagall meurt en 1985, à 98 ans, il a traversé deux conflits fratricides, des exils permanents et des tourments intérieurs, mais également des décennies d’explosion créatrice. Loin de la rétrospective consacrée, le Musée du Luxembourg* propose une approche chrono-thématique du travail du peintre. « Comment l’Histoire trouve-t-elle son reflet dans l’œuvre de Chagall ? Et comment s’opère la rencontre entre l’imaginaire artistique et le réel ? », s’interroge Julia Garimorth-Foray, co-commissaire de l’exposition « Chagall, entre guerre et paix ».
 
Russie et Vitebsk
La scénographie circulaire, en quatre grandes sections, visite et revisite les thèmes chagalliens de la religion, du couple ou de sa ville de Vitebsk. À une lecture univoque noire ou blanche, elle privilégie une approche polysémique empreinte d’une structure chromatique colorée.
En 1915, lorsque Chagall épouse Bella Rosenfeld (« Je suis entré dans une maison nouvelle et j’en suis inséparable »), il est contraint de rester huit ans en Russie à cause de la Grande guerre. Il se plonge dans la peinture qui lui apparaît bientôt « comme une fenêtre à travers laquelle il s’envolerait vers un autre monde » (Vue de la fenêtre à Zaolchie, près de Vitebsk, 1915). À Vitebsk, le regard depuis cette fenêtre, frontière symbolique entre l’intérieur et l’extérieur, se fait tendre. Toutefois, rapidement, il enferme et le besoin d’air se fait sentir. « Je suis né entre ciel et terre », déclare-t-il.
 
Vue de la fenêtre à Zaolchie, près de Vitebsk, 1915
© Adagp, Paris 2013
 
La France de l’entre-deux-guerres
L’appel à la spiritualité devient prégnant et dès 1923, alors qu’il a rejoint la France à l’invitation d’Ambroise Vollard, il se met notamment à l’illustration de la Bible. Il ne voit pas le saint ouvrage, mais « le rêve, comme une antique exégèse rabbinique, où il n’existerait ni avant, ni après », explique Julia Garimorth-Foray – des mendiants de sa ville natale servent de modèle aux portraits de rabbins et la figure du Juif errant illustre le « Luftmensh », l’homme de l’air (Au-dessus de Vitebsk, 1915-1920). Trois ans auparavant déjà, il avait réalisé le décor pour le théâtre juif de Moscou. Quarante gouaches sur la Bible, préparatoires aux eaux-fortes, montrent à la fois une connaissance parfaite des textes religieux et une interprétation toute personnelle, mêlant parfois des figures hybrides mi-homme, mi-animal aux représentations christiques entourées d’associations hébraïques (Menorah, Talit, Tefillins, etc.). Il faut dire que sous son pinceau, le Christ se mue en un symbole de la souffrance universelle (La Crucifixion, 1940). Nous sommes en 1940 et les lois antisémites contraignent le peintre à fuir vers les États-Unis, à New York.
 
 
Au-dessus de Vitebsk, 1915-1920
© Adagp, Paris 2013
 
Guerre et paix
La guerre, les persécutions, l’exode ou les pillages hantent sa peinture qui se fait plus sombre. Quatre ans plus tard, sa femme meurt. Chagall ne rêve plus consciemment. Traumatisé, il arrête de peindre pendant un an. « Tout est devenu ténèbres », confie-t-il. Étrangement, c’est au modèle pictural des mariés qu’il s’attachera ensuite, dernier hommage à sa bien-aimée. Ses commandes de décors d’opéras et de théâtre lui redonnent espoir, si bien que sa couleur devient progressivement plus claire. Et la paix le gagne, comme elle gagne l’Europe.
En 1948, Chagall rentre en France, à Orgeval puis Vence et Saint-Paul de Vence. C’est le temps de la sérénité. Les conflits ont laissé place à des thèmes plus légers et colorés : séries sur Paris, retour à Vitebsk, etc. (La Danse, 1950-1952). La technique de l’artiste se diversifie : gravures, mosaïques, vitraux. Et doucement, la vie, empreinte de lumière, reprend le dessus, comme pour rappeler les mots de Tolstoï « La tristesse pure est aussi impossible que la joie pure ».
 
 
La danse, 1950-1952
© Adagp, Paris 2013
 
* Jusqu’au 21 juillet 2013, Musée du Luxembourg



Chagall : la bande-annonce par Rmn-Grand_Palais

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