10 Avril 2013 10:17

Laure Albin Guillot impose la photographie

Par Julien Beauhaire
 
Le travail de Laure Albin Guillot est en définitive aujourd’hui assez méconnu du public. Étonnant lorsque l’on connaît son succès à l’époque. Il faut dire que l’artiste (1879-1962) est difficilement classable : classique pour les uns, symboliste pour d’autres, typiquement française pour beaucoup. La scénographie de la rétrospective, sous la direction des deux commissaires Delphine Desveaux et Michaël Houlette, interroge justement, à partir principalement du fonds d’atelier dans les collections Roger-Viollet (52 000 négatifs et 20 000 épreuves), l’œuvre et la place de cette photographe (200 épreuves, livres originaux, affiches et magazines) dans son siècle.
 
 
Laure Albin Guillot. Étude de nu, vers 1940. Collections Roger-Viollet. Parisienne de Photographie.
© Laure Albin Guillot  Roger-Viollet
 
 
Laure Albin Guillot. Étude de nu, 1939. Bibliothèque nationale de France.
© Laure Albin Guillot. Roger-Viollet
 
Nous sommes en 1920-1940, et alors que la photographie avant-gardiste triomphe – Claude Cahun ou André Kertész –, Laure Albin Guillot débute, à contre-courant, avec ses portraits et clichés de mode. Les décors sont dépouillés, l’éclairage rudimentaire et la profondeur de champ réduite. Son atelier privilégie le naturel flatteur et la figure statuaire. Il en sort des nus merveilleusement capturés. Très à l’aise, l’artiste ne cache pas sa maîtrise du medium et cumule galerie et direction de la première cinémathèque nationale.
En 1925, le style français triomphe à l’Exposition internationale des arts industriels et modernes. « LAG », comme elle signe ses clichés, publie Micrographie décorative (1931), où ses planches de diatomées – sous la forme de photo micrographie –, minéraux et végétaux scrutés au microscope remportent un franc succès et la rendent célèbre. Plus que jamais photographie et art décoratif sont liés.
 
 
Laure Albin Guillot. Hubert de Givenchy, 1948. Collections Roger-Viollet. Parisienne de Photographie. © Laure Albin Guillot  Roger-Viollet
 
Quelques années après, elle publie Photographie publicitaire, qui témoigne l’envie de conférer un rôle à la photographie dans le paysage publicitaire. Les industries du luxe et de la pharmacie emploient alors ses talents. Entre 1934 et 1951, elle prend sa retraite de l’État et illustre onze livres, faisant, là encore et selon ses propres mots, « accepter la photographie dans la bibliophilie ». Elle aura toujours témoigné d’un engagement sans faille pour faire triompher l’élégance de la pratique photographique dans le paysage artistique du XXe siècle. 
Laure Albin Guillot (1879-1962), l’enjeu classique, au Musée du Jeu de Paume jusqu’au 12 mai 2013.



Laure Albin Guillot (1879–1962), l’enjeu classique par JeudePaume

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