11 Avril 2013 17:51

Impressionnant Boudin

Par Julien Beauhaire
 
 
« Le roi des ciels ». Longtemps Eugène Boudin (1824-1898) a tenté de s’imposer comme un peintre de marines, mais la solide concurrence des romantiques l’a contraint a préféré la nature. Ainsi, l’artiste du Calvados est devenu mondialement connu pour ses plages et ses ciels. Le musée Jacquemart-André lui consacre une rétrospective inédite.
 
L’œuvre d’Eugène Boudin révèle une incompréhension : celle d’un artiste qu’on a longtemps ignoré ou pris pour un autre. Trop souvent qualifié de grand peintre de marines, Boudin a toujours préféré représenter le réel. « Les romantiques ont fait leur temps et il faut en revenir aux beautés de la nature », déclare-t-il. L’exposition rétrospective au musée Jacquemart-André vient justement rappeler que si Pissaro est le peintre de la terre, Monet celui de la mer, Boudin est assurément celui des ciels et qu’il a, le premier, introduit des éléments picturaux propres à l’impressionnisme.
 
Sans succès
Lorsqu’il découvre Deauville en 1858, le « royaume de l’élégance », comme on qualifiait alors la petite station de bord de mer, Boudin tente tant bien que mal de vendre ses plages ou son Concert au casino de Deauville (1865). Mais sans succès, et il est fréquemment contraint de démonter pour récupérer les châssis.
 
 
Concert au Casino de Deauville (1865), d’Eugène Boudin (1824-1898). Huile sur toile (41.7 x 73 cm). National Gallery of Art, Washington, Collection of Mr. & Mrs. Paul Mellon
© Courtesy National Gallery of Art, Washington
 
C’est à quelques mètres de là, qu’un autre motif va le rendre célèbre : les plages et les ciels normands. Avec son pinceau, il représente des silhouettes estompées par le soleil couchant sur des plages où prime l’atmosphère, glissant au passage quelques détails réalistes, qui choquèrent les  critiques d’alors, comme le réverbère dans la Jetée de Trouville au soleil couchant (1862). Dans ses toiles, les enfants jouent et les chiens gambadent, deux motifs qui inspirent au peintre sympathie et tendresse – comme Édouard Manet, il n’utilise pas de modèles professionnels. Là encore, le grand public n’est pas au rendez-vous et ses aquarelles ou ses pastels ne se vendent pas. Cela n’empêche pas Beaudelaire, de passage à Honfleur en 1859, de s’éprendre de ses pastels, à la « beauté météorologique ». Le poète décèle dans sa représentation de la mer et de la lumière, « la rapidité » de ce qui est insaisissable. Et alors que ses contemporains, comme Paul Baudry ou Pierre Puvis de Chavannes, s’illustrent dans un style pompier, Eugène Boudin entreprend, avec quinze ans d’avance, la transition impressionniste.
 
Reconnaissance
C’est du milieu artistique et littéraire que vient la reconnaissance : Ivan Tourgueniev, Émile Zola ou Jeanne Lanvin commencent à collectionner ses œuvres. Dès 1870, Eugène Boudin décide de voyager. À Anvers, Bordeaux ou Portrieux, ses ciels se grisent, « mais laissent encore entrapercevoir des touches de bleu et sa mer est comme balayée au drame et au mélodrame », précise Laurent Manœuvre, le commissaire général de l’exposition.
En quelques années, le succès commence à pointer. Sa vue de La Meuse à Rotterdam (1881) reçoit la médaille de la troisième place et est considérée par l’écrivain et critique d'art Joris-Karl Huysmans comme la plus belle marine du salon. À Rotterdam, la même année, il reçoit la médaille des débutants. Désormais, une étape est franchie : il n’aura plus à présenter ses œuvres au jury. Même Félix Faure, Havrais et futur président de la République, s’intéresse à sa peinture.
 
 
Deauville (1888), d’Eugène Boudin (1824-1898). Huile sur toile (50,9 x 75,4 cm). Reims, Musée des beaux-arts de la ville.
© Photo: C. Devleeschauwer
 
Le maître
N’appartenant à aucune école sacrée et consacrée, Eugène Boudin continue de revendiquer son indépendance. S’il peint les plages mondaines, il n’en n’oublie pas pour autant les pêcheurs et leurs intérieurs rembranesques. C’est sans doute aussi cette poésie du quotidien, mais surtout les touches de couleur, qui séduisent Corot ou Monet. Et si les meules de foin de ce dernier ont permis à Kandinsky de parvenir à l’abstraction picturale, tout porte à croire qu’il existe bel et bien une filiation entre Boudin et Monet. « Je lui dois tout et le considère comme mon maître », confie le représentant le plus illustre du mouvement impressionniste. Car, avant les suites de cathédrales, c’est bien Eugène Boudin qui a initié le principe de la série. D’ailleurs, une de ses toile pour le moins énigmatique, intitulée Honfleur clocher Sainte-Catherine (1890), a longtemps été attribuée à tort à Claude Monet. Mais à cette date, Eugène Boudin privilégie en effet un trait nerveux et rectiligne, quand Claude Monet préfère faire onduler ses bâtiments. Longtemps oublié des expositions d'art, Eugène Boudin nous revient ici roi des ciels et prince de l'impressionnisme. 
 
 
La Plage de Berck (Pas-de-Calais, 1877), d’Eugène Boudin (1824-1898). Huile sur toile (43,5 x 73,3 cm). Reims, Musée des beaux-arts de la ville.
© Photo: C. Devleeschauwer
 
 
Eugène Boudin, au Musée Jacquemart-André jusqu’au 22 juillet 2013


Musée Jacquemart-André - Exposition Eugène Boudin par culturespaces

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