15 Avril 2013

VENISE, MIROIR CAPTIF DE LA PHOTOGRAPHIE ?

 Par Ionick Sembaz

 
Sur les centaines de milliers de clichés pris chaque année par les touristes en goguette à Venise, doit-on croire que la quintessence de l’image se cacherait dans la cité des Doges, puisque tant de « grands » photographes ont eux aussi promené leur objectif du côté de Saint-Marc ? Et plusieurs expositions en cours à Venise offrent une intéressante réflexion sur ce phénomène du pittoresque iconographique d’une ville où la lumière et l’eau semblent jouer indéfiniment.
 
Le très élégant Gotthard Schuh, Berlinois de naissance mais Suisse d’activité puisqu’il fut le célèbre rédacteur photo de la NZZ puis le concepteur du magazine dominical du grand quotidien zurichois,  a entrepris il y a cinquante ans un ultime reportage[1] à Venise, après avoir reçu le Grand prix de la photo de la Biennale de 1957. Jamais la Sérénissime n’a été aussi bien captée par un objectif en noir et blanc, loin de toutes les vaines facilités d’un tel exercice. Ni scintillements sur fond de gondoles, ni bousculades carnavalesques, mais des moments intimes de la vie quotidienne dans une ville privée de réverbération, presque sombre. Quelle dignité dans cette vieille femme réduite à une silhouette tassée sur elle-même, ou dans ce jeune marchand de pastèques luisant d’effort qui pousse sa barque comme un nocher éternel ! Le regard atone quasi compassionnel de Schuh est un havre de tendresse et de fulgurante beauté.
 
A deux palais de là, près du pont de l’Académie, Maurizio Galimberti, le « roi du polaroïd », présente quelques vues de son « voyage en Italie »[2]. Le procédé qu’il utilise depuis vingt ans joue sur la répétition légèrement décalée de chaque cliché instantané, produisant un effet de mosaïque presque obsédant. Le chef-d’œuvre du genre est sa grande composition à partir du Dôme de Milan, un réticulé envoûtant plus réussi que sa vue du Rialto qui penche vers l’anecdotique. Mais Galimberti est probablement le photographe italien le plus attachant de sa génération.
 
 
 
Sur la Giudecca, l’étrange maison Liberty dite des Trois Yeux accueille une exposition de Gianni Berengo Gardin, [3] photographe et journaliste italien né en 1930 dont on a pu voir une rétrospective au Musée de l’Elysée en 1994. Travail d’une grande probité, avec un petit côté fellinien poétique auquel il convient de rendre hommage. Son image de la place Saint-Marc sous la neige est un magnifique exercice de style qui dissous le sujet dans un flottement imperceptible qui fat vaciller notre perception. Tout près ce singulier lieu d’exposition, il faut mentionner l’existence d’un cercle photographique, La Gondola, dont les membres vénitiens font beaucoup pour assurer à Venise un rayonnement dans le domaine de ce qu’il convient d’appeler la « photo d’art », en particulier son président Manfredo Manfroi.
 
 
 
Et l’on ne saurait manquer une visite près du palais Grassi , à la galerie d’Alberto De Giulio, un jeune architecte passionné de photographie, qui détient un très beau fonds d’épreuves originales dont Venise est souvent le thème. L’éblouissante série de clichés vénitiens de Maria Orioli qu’il a exposé l’an dernier dans sa galerie de la Salizada[4] est un enchantement : on peut difficilement trouver mieux comme illustration de la mélancolie profonde de Venise.  Et pour qui s’intéresse aux pionniers de la photographie on  peut trouver à la Salizada des tirages d’époque de Ferdinando Ongania (1881-1893), le chantre inspiré de la Venise ottocentesque.
 
Venise une fois encore offre une riche méditation sur la fascination qu’elle exerce sur notre imaginaire collectif.
 
 


[1] Gotthard Schuh. L’ultima Venezia. Venise, Palazzo Loredan, campo Santo Stefano 2945 jusqu’au 5 mai (fermé le lundi)
[2] Maurizio Galimberti. Paesaggio Italia.  Venise, Palazzo Franchetti, campo Santo Stefano 2842, jusqu’au 12 mai (fermé le lundi)
[3]Gianni Berengo Gardin. Stories of a photographer. Venise, Casa dei Tre Oci, Giudecca 43, jusqu’au 12 mai (fermé le mardi)
 
[4] Fusti tu mai à Vinegia. Fotografie di Venezia di Maria Orioli. Venise, La Salizada Galleria,  San Marco 3448 (fermé le dimanche et le lundi matin)
 

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