04 Juin 2013 12:15

Ron Mueck s’est fait chair

 Par Julien Beauhaire

 
 
Beaucoup l’ont connu il y a sept ans, lors de l’exposition Mélancolie, génie et folie en Occident, de Jean Clair au Musée d’Orsay. Son Untitled (Big Man, 2000) ne passait pas inaperçu, même recroquevillé contre un mur. À l’époque, la Fondation Cartier avait également exposé cinq sculptures de Ron Mueck. Jusqu’au 27 octobre, la fameuse structure en verre du boulevard Raspail présente neuf nouvelles œuvres de l’artiste australien. C’est peu et beaucoup à la fois, pour cet homme discret s’abritant ici derrière un masque géant (Mask II, 2002) qui n’a produit qu’une quarantaine de sculptures.
 
 
Woman with Sticks, 2009 © Ron Mueck
Courtesy Hauser & Wirth
 
Ce qui est intrigant avec Ron Mueck, par-delà l’ultraréalisme de son œuvre, c’est bien sûr le changement d’échelle. Précisément parce que ce réalisme n’apparaît jamais à la bonne dimension. Parfois trop éloigné, on ne distingue plus la figure tant elle est énorme. Parfois trop près et on s’abandonne dans un détail de l’épiderme ou de la chevelure.
 
 
Mask II, 2001, Anthony d’Offay, Londres
© Ron Mueck
 
Pour comprendre un artiste, il faut parfois recourir à un autre. On se rappelle des écrits du photographe et graphiste américain Herbert Matter sur Alberto Giacometti, expliquant les difficultés de mise en perspective du modèle chez le sculpteur suisse. Diffusé au sein de l’exposition, la vidéo Still Life : Ron Mueck at work de Gautier Deblonde permet non seulement d’entrer dans l’intimité de la création, mais également de mieux comprendre le lien qui unit Ron Mueck à ses figures. Il faut le voir peigner les cheveux de la jeune fille avec délicatesse, ajouter un morceau de terre au visage parfait de ce couple ou ôter avec patience le moule pour laisser apparaître le silicone. Il peaufine les tenues, s’applique sur l’iris d’un œil ou matifie la peau. « La vie se met en route, peu importe qu’elle mette un an ou deux à éclore », déclare celui qui l’a suivi dans l’atelier.
 
 
Atelier de Ron Mueck, janvier 2013 © Ron Mueck
© Gautier Deblonde
 
Bien sûr, on pense à Maurizio Cattelan et Him (2001), donnant à voir, là aussi de manière ultraréaliste, un petit Hitler agenouillé, priant, ou La Nona Ora (1999), représentant Jean-Paul II, à terre, sous une météorite. Mais point de scandale ou de dénonciation a priori chez Ron Mueck. On passe des formats géants aux plus petits, de Gargantua aux poupées de cire, des moments d’une relative banalité aux instants plus forts. Woman with shopping (2013), cette femme qui porte un bébé contre elle sous son imperméable, harassée par le poids de ses sacs de course ou Youth (2009), ce jeune homme blessé qui inspecte sa poitrine ensanglantée, éveillent un sentiment d’empathie. Le spectateur souffre pour eux et avec eux. Dans une infinie tendresse.
 
 
Catalogue (Édition Fondation Cartier pour l’art contemporain, Paris, 248 pages, 38,50€)
 
 
Ron Mueck à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, jusqu’au 27 octobre 2013

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