24 Juin 2013 18:21

Simon Hantaï dans l’art

Par Julien Beauhaire
 
 
Le Centre Pompidou propose la première rétrospective de Simon Hantaï depuis quarante ans. L’occasion d’admirer plis, froissements et coupes de la couleur.
 
Ceux qui n’ont pas eu la chance d’admirer ses immenses formats en 1976 au Musée national d’art moderne peuvent se réjouir : Simon Hantaï (1922-2008) revient à Paris, plus précisément au Centre Pompidou, qui propose jusqu’au 2 septembre une traversée intégrale de son œuvre. On y découvre pas moins de 130 peintures de l’artiste originaire de Hongrie.
 
Techniques
L’accrochage de Dominique Fourcade, Isabelle Monod-Fontaine et Alfred Pacquement, tous trois commissaires, est limpide et chronologique. L’exposition commence à l’arrivée du peintre à Paris en 1948. Inspiré par le primitivisme hongrois, il rencontre rapidement le courant surréaliste et expérimente des techniques très différentes les unes des autres : collage, frottage, grattage aux lames de rasoir, coulures et même pliage. Principalement à travers un travail sur la gestuelle, il se détourne progressivement de la doxa d’André Breton pour se rapprocher des techniques d’un Jackson Pollock (1912-1956).
Dès 1958, Simon Hantaï peint selon deux techniques : l’écriture – graphie compacte et enchevêtrée de manière quasi inextricable – et la petite touche – il racle la surface de la toile préalablement recouverte de couleurs, à l’aide d’un cercle de métal détaché du bord d’un vieux réveil. Ce sont Écriture rose (1958-1959) et À Galla Pladicia (1958-1959) réunies ici pour la première fois, deux toiles monumentales majeures, travaillées parallèlement pendant un an, l’une le matin, l’autre l’après-midi, qui transcrivent la liturgie entendue à la messe du jour. Mais l’influence de Pollock et son bâton de peinture le paralyse et Hantaï estime se perdre. Il s’essaie alors à une nouvelle méthode : le pliage.
 
 
À Galla Placidia (1958-1959). Huile sur toile, 326 x 400 cm.
Musée d’art moderne de la Ville de Paris.
© Adagp, Paris 2013
 
Pliage
En 1960, l’artiste va peindre sur une toile qu’il a préalablement froissée de bord en bord ou pliée. Résultat : sa peinture n’atteint que certaines parties d’un tissu coloré all-over complexe. Puis il le déplie, quitte à le peindre éventuellement à nouveau. C’est son éblouissante série des Mariales. « Déjà se succèdent des tableaux recouverts de couleurs all-over et des tableaux où joue un fond lui-même préalablement aspergé de « drippings » pollockiens », notent les trois commissaires. Ce n’est qu’en 1967 que, après ses quatre sous-séries, les Catamurons (1963), Panses (1964-1965), Meuns (1966-1968) et Études (1969), il consent à qualifier cette extraordinaire picturalité dans ses formes éclatantes en « étude » ou « méthode ». Sa technique évolue : il a d’abord plié la toile puis l’a peinte, l’a ensuite recouverte d’une couche de peinture blanche, pour enfin replier les quatre bords, froisser et peindre à nouveau le carré restant. En 1964, il noue la toile aux quatre angles en un sac informe, avant de la peindre, dépliée. Quatre ans plus tard, la toile devient froissée, régulièrement pliée et reçoit une seule couleur (rouge, jaune, bleu, vert, violet, noir...).
 
 
Étude (1969). Huile sur toile, 275 x 238 cm.
National Gallery of Art, Washington.
© Adagp, Paris 2013
 
 
Couleurs
Désormais, seule une couleur, et une seule, contraste avec le non-peint. Le blanc s’affirme de plus en plus, jusqu’à devenir, dans ses Études aux plis réguliers, aussi représenté que la couleur sur la surface. Dans ses Tabulas (1973 à 1982), le froissé laisse place au pliage ou plutôt au nouage à intervalles réguliers, ce qui produit un quadrillage caractéristique aux proportions chaque fois différentes. Tout comme on convoque Matisse à la vue des œuvres de Pollock ou Rothko, on pense au chef de file du fauvisme et à ses gouaches découpées face à la bichromie d’Hantaï, aux plis de sa couleur et à cette « sculpture par le pli » que l’on voit déroulés sur des dizaines de mètres dans le grand atelier de l’artiste. « La toile est un ciseau pour moi », affirme Simon Hantaï, qui élargit dès 1980 sa grille où chaque carreau devient, avec l’agrandissement de l’échelle, un pliage en soi. Jusqu’en 1995, il revoit ses immenses peintures en découpant des fragments.
Si pour Matisse, le futur de la peinture n’est plus la couleur, mais la lumière, tout porte à croire que Hantaï l’a entendu. Progressivement, « la couleur disparaît au profit de quelque chose d’autre, confie-t-il, quelque chose d’une beauté différente et supérieure. »
 
 
Blanc (1974). Peinture acrylique sur toile, 205 x 182 cm.
Collection Larock-Granoff
© Adagp, Paris 2013
 
Jusqu’au 2 septembre 2013 au Centre Pompidou, galerie 1, niveau 6.
 
 
Simon Hantaï, catalogue de l’exposition, sous la direction de Dominique Fourcade, Isabelle Monod-Fontaine, Alfred Pacquement (320 pages, 49,90 €). (http://artyparade.com/books/45)


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