17 Septembre 2013 19:02

Cet obscur objet du désir

Par Julien Beauhaire
 
 
L’époque victorienne redevient à la mode. Le musée Jacquemart-André offre à voir avec son exposition Désirs & Volupté à l’époque victorienne une de ses plus belles séries de peintures.
 
 
Ils sont tous là : Sir Lawrence Alma-Tadema (1836-1912), Gabriel Rossetti (1828-1882), Frederic, Lord Leighton (1830-1896), Sir Edward Coley Burne-Jones (1833-1898), Albert J. Moore (1841-1893), Sir John Everett Millais (1829-1896), Sir Edward J. Poynter (1836-1819) ou John W. Waterhouse (1849-1917). Tous à la recherche de cet obscur objet du désir : le culte de la beauté à travers le prisme du corps féminin.
À l’heure où les musées britanniques ressortent leurs œuvres de la période victorienne (1837-1901) et où magie et sorcellerie passionnent tous les âges, le musée Jacquemart-André à Paris tente jusqu’au 20 janvier 2014 un audacieux pari, celui de présenter à un public français le meilleur de la Perfide Albion, bousculant par là même de nombreux préjugés.
 
 
Peintures décoratives
Même si les échanges artistiques entre l’Angleterre et la France existent à cette époque, le goût de la première reste imperméable à l’esprit de la seconde. « L’impressionnisme n’a pas du tout impressionné les peintres britanniques », rappelle Véronique Gerard-Powell, la dynamique commissaire générale de l’exposition, ajoutant : « Il faut se rappeler qu’ils ont eu Turner bien avant nos impressionnistes. » À l’opposé des aspirations artistiques européennes donc et en réaction sans doute à une époque sclérosée par un certain puritanisme local, les élégantes anglaises de la grande bourgeoisie s’attachent à parer leurs intérieurs d’éléments éminemment décoratifs, si bien que les murs des demeures des riches industriels se drapent bientôt de peintures décoratives aux envoutantes femmes antiques dénudées et aux cadres somptueusement travaillés. Home sweet home.
 
 
Le chant du printemps (1913), John William Waterhouse
Huile sur toile, 71,5 x 92,4 cm. Collection Pérez Simón, Mexico © Studio Sébert Photographes
 
 
Préraphaélite
Toutes les toiles présentées sont issues de la collection particulière du financier mexicain Juan Antonio Pérez Simón, une des plus importantes d’Amérique du Sud. Elles ont en commun non seulement un thème, celui de célébrer, voire magnifier la figure féminine et sa beauté, mais également une aspiration passéiste et nostalgique, au risque de tomber parfois dans la mythologie revue et corrigée à la sauce à la menthe. Peu importe que l’Histoire soit relue – Les Roses d’Héliogabale (1888) d’Alma-Tadema – ou assagie – Jeunes filles grecques ramassant des galets sur la plage (1871) de Frederic Leighton. On y retrouve les parfums d’Orient – la Joueuse de Soz (1903) de William Clarke Wontner –, les palais romains – Agrippine rendant visite aux cendres de Germanicus (1866) d’Alma-Tadema – et tout l’univers de l’antique – La Reine Esther (1878) d’Edwin L. Long. Quant à La Boule de cristal (1902) de John William Waterhouse, elle touche bien sûr à la légende et à la lexicologie de la sorcellerie. Rarement la femme a été tour à tour aussi sensuelle, séductrice, envoutante, amoureuse, fatale, mélancolique ou chaste. Exception faite de la période préraphaélite, dont ces œuvres sont les dignes héritières, cette même femme incarnait le modèle pictural de la renaissance italienne du XVe siècle. Quatre siècles plus tard, les désirs d’antique et le culte de la beauté parviennent ensemble à déshabiller la femme de son carcan victorien. Fin septembre, comme en écho, le musée d’Orsay a inauguré une exposition intitulée « Masculin/Masculin. L’homme nu dans l’art de 1800 à nos jours ».
 
 
Les Roses d’Héliogabale (1888), Sir Lawrence Alma-Tadema
Huile sur toile, 132,7 x 214,4 cm. Collection Pérez Simón, Mexico © Studio Sébert Photographes
 
 
Crenaia, la nymphe de la rivière Dargle (vers 1880), Frederic, Lord Leighton
Huile sur toile, 76,8 x 27,2 cm. Collection Pérez Simón, Mexico © Studio Sébert Photographes
 
 
Désirs et volupté à l'époque victorienne, au musée Jacquemart-André, jusqu’au 20 janvier 2014.
 


Bande-annonce de l'exposition "Désirs & Volupté... par culturespaces

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