17 Septembre 2013 19:03

Sergio Larrain, le vagabond solitaire

Par Julien Beauhaire
 
 
La Fondation Henri Cartier-Bresson présente jusqu’au 22 décembre une belle rétrospective du photographe chilien Sergio Larrain. L’occasion de découvrir le travail d’un esthète ascète.
 
 
Il était, à l’église Sainte-Anne, l’une des têtes d’affiche des 44e rencontres photographiques d’Arles. Il faut dire que son noir et blanc est d’une rare puissance. Avis à tous ceux qui n’ont pu s’y rendre : Sergio Larrain (1931-2012) arrive à Paris, à la Fondation Henri Cartier-Bresson. Après des années d’absence, il est venu le temps de rencontrer le grand photographe chilien. Et l’endroit est tout trouvé pour apprécier ses Vagabondages. Rarement l’invité et le maître des lieux n’ont autant partagé ce goût pour le décadrage poétique. Larrain y adjoint un halo de mysticisme.
 
C’est lors d’un voyage familial en Europe et au Moyen-Orient que Sergio Larrain décide de devenir photographe. Empreint de philosophie oriental, l’homme n’aime rien tant que s’isoler et méditer. Son premier travail se concentre sur les enfants abandonnés de Santiago. S’il capture leur crasse et leur errance, il saisit surtout le manque d’amour reçu. Ses clichés de Valparaiso en 1952 constituent une ode à la ville. « C’est à Valparaiso que j’ai commencé à photographier en arpentant les collines. Les petites filles descendant un escalier fut la première photo magique qui vint vers moi. Il n’y a qu’à Valparaiso que de telles choses se produisent. », écrit-il. Ses portraits d’indiennes et photos d’architecture maya sont, elles, un hommage rendu à l’Amérique du Sud.
 
 
Passage Bavestrello, Valparaiso. Chili, 1952. © Sergio Larrain/Magnum Photos
 
En 1956, il devient photographe pigiste au O’Cruzeiro Intaernacional brésilien et effectue un séjour à Europe deux ans plus tard. Il y rencontre René Burri et « le maître absolu » Henri Cartier-Bresson. Tous deux lui ouvrent les portes de Magnum Photos en 1960, où il restera cinq ans. À la recherche permanente de la bonne image – « La bonne photo vient d'un état de grâce » –, Sergio Larrain préfère choisit cependant d’arrêter son travail et de s’isoler dès la fin des années 1960. L’artiste rejoint sa terre natale à Tulahuén, pour toujours. Peinture, ascèse et yoga rythment alors ses journées. Seul un essai photographique produit avec le poète Pablo Neruda et des archives diffusées par Magnum le relient encore au monde… jusqu’au 7 février 2012. Et jusqu’à cette année.
 
 
Bar, Valparaíso, Chili, 1963. © Sergio Larrain/Magnum Photos
 
 
Vagabondages, de Sergio Larrain, à la Fondation Henri Cartier-Bresson jusqu'au 22 décembre 2013.
 
À lire :
Première et unique monographie de l’artiste, avec des textes d’Agnès Sire et Gonzalo Leiva Quijada, publiée pour l’occasion aux éditions Xavier Barral (400 pages, 65 €).
 

Sergio Larrain © Éditions Xavier Barral 

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