20 Novembre 2009

Un écrin à cigarettes comme joyau de l'Art Déco

par Jeanne Calmont

S.V.V. Camard et Associés, Stéphane Briolant photographe, Paris.

De peu policé, fumer dans un lieu public est devenu interdit. Comment dès lors, justifier l'achat d'un étui à cigarettes signé Gérard Sandoz (1902-1995), estimé 10 000 - 12 000 euros et adjugé 12 500 euros le 13 novembre dernier chez Camard et Associés (Paris) ? Par défi ? Nostalgie des années folles ? Plaisir d'esthète ? Adjugé à qui saura assumer goût de l'anarchie/ de la folie/ de la beauté.

Mesurant 8,2 x 6 cm, cet étui à cigarettes dont l'intérieur est en vermeil, est orné sur l'avers d'un décor de scène de rue parisienne en laque rouge et noire et incrustations de coquilles d'oeuf sur fond d'argent. Si la destination de l'objet est en elle-même caractéristique d'une époque, celle de l'entre-deux-guerres, ne le sont pas moins l'iconographie et les matières employées.

Modernité est le mot d'ordre de l'Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925. Si l'ensemblier décorateur d'exception, Ruhlmann, cultive luxe et tradition française dans l'hôtel du Collectionneur, le Corbusier met en pratique les théories rationalistes et industrielles du Deutscher Werkbund et du Bauhaus dans le pavillon de l'Esprit Nouveau. Exposés dans un pavillon construit par Bagge, les bijoux d'avant-garde auxquels se rattache l'étui à cigarettes de Sandoz, arborent sur le même mode, des formes géométriques simples et exploitent l'esthétique de la machine. Quatre ans plus tard, les tenants de la modernité se réunissent au sein de l'Union des Artistes Modernes (UAM) présidée par Mallet-Stevens. Avec Le Corbusier, Herbst, Perriand, Prouvé..., ils ont pour noms Puiforcat, Després, Dunand, Templier, Fouquet, Sandoz…, orfèvres et joailliers.

Créateurs de formes utiles et pionniers de ce que l'on ne tardera pas à nommer design, ils élaborent un répertoire iconographique élémentaire en rupture avec la pérennisation des motifs hérités du passé. La vie moderne est célébrée et, à travers elle, la machine, l'urbain, la vitesse, le mouvement et la musique américaine sur laquelle les silhouettes masculines et longilignes des femmes se balancent : le jazz. Ce thème en vogue se retrouve sur un panneau en bois à laque de chine rouge et noire, signé Sandoz, vendu chez Artcurial (Paris) le 2 juin 2009. De facture comparable, l'étui à cigarettes vendu chez Camard le 13 novembre dernier, reprend un autre thème contemporain : celui de la ville. Ramenée à ses éléments constitutifs primordiaux (l'immeuble de rapport, la cheminée, la fenêtre, la voie publique, le réverbère), la ville tord ses ombres géométriques pour tenir dans le plan capricieux du couvercle. Peintre de formation, Sandoz fait preuve d'une grande originalité et maîtrise dans la composition où il réintègre ponctuellement le pittoresque. Comme Delaunay et les peintres cubistes de la section d'Or fondée par Villon, le frère de Marcel Duchamp, la radicalisation et la déstructuration des formes n'aboutit pas au statisme. Au contraire. La ville est en transe. Elle est rythme.

Le rythme du motif est soutenu par la distribution des couleurs des matériaux utilisés : le poli parfait des laques rouges et noires, le scintillement irisé de la mosaïque de coquilles d'oeuf pulvérisées sur fond d'argent gris acier. Mais si les membres de l'UAM prônent l'emploi de matériaux simples, économiques, fonctionnels et innovants, il faut reconnaître que certaines tendances artisanales et/ou élitistes perdurent, y compris parmi les modernes. Les pièces uniques et les éditions limitées, le raffinement et l'exotisme de certaines matières attestent un souci de perfection dont participe l'étui à cigarettes crée par Sandoz au milieu des années 1930.

N.B. : prix indiqué hors frais (prix marteau).

Bibliographie : Bijoux Art Déco et Avant-Garde (catalogue d'exposition), sous la direction de Laurence Mouillefarine et Evelyne Possémé, Paris, Musée des Arts Décoratifs, 2009.

laisser un commentaire


Staël en salle (de ventes)

« Un événement considérable, le plus important sans doute depuis Van Gogh [...]. Wols a tout pulvérisé [...]. Après Wols tout est à refaire » (Georges Mathieu)

Nicolas de STAEL « Depuis ce soir-là je roule de France en Sicile, de Sicile en Italie [...]. Le point culminant fut Agrigente »

Un colosse disparaît : JOHN MCCRACKEN ou la sculpture minimaliste américaine

Pablo Picasso, Femme agenouillée se coiffant, 1906 ou les techniques de bronzes d’art

Simon Hantai, Pour Pierre Reverdy entre couleur, lumière et hommages

Pleins phares sur une paire d’appliques en bronze doré

L’étoile Polaire

Trois petits dessins pour un grand artiste : Henri de Toulouse-Lautrec

Paul Colin (1892-1985). Le Tumulte Noir. 1929. Lithographie et coloris au pochoir

A deux faces : Portrait de Picasso par Dora Maar

Joli prix pour une majolique

De chair et d'argent : un record pour une photographie de nu d'Atget

Un écrin à cigarettes comme joyau de l'Art Déco

Un beau meuble pour deux ébénistes