13 Décembre 2012

Staël en salle (de ventes)

Par Jeanne Calmont
 
En 1953, à Syracuse, le ciel était orange incandescent ; la mer devait être d’un bleu saphir. En 1954, dans Plage de Syracuse, par une inversion qui n’a du réalisme que l’apparence, le ciel a la profondeur des fonds marins ; la terre, la chaleur des briques.
 
Nicolas de Staël, Plage de Syracuse, 1954 © Sotheby’s
 
A la fin de l’été 1953, Nicolas de Staël sillonne l’Italie. De Rome à Assise en passant par Tivoli, Ravenne, Naples, Agrigente, les sites de Pompéï, Paestum et Syracuse, il rapporte quelques croquis. Il ramène surtout des images mentales, comme une insolation visuelle. De retour en France, entre la fin de l’année 1953 et l’été 1954, Staël peint ces paysages mnésiques. Comme toujours, plus que l’apparence des choses, il en a retenu l’essence. Lignes et lumière sont recomposées dans le huit-clos de l’atelier. Avec une intensité maximale.
 

Nicolas de Staël en 1954 © D.R.
 
Provenant de la Galerie Paul Rosenberg à New York, Plage de Syracuse fait partie des œuvres dont Staël parle à Rosenberg : « Votre avis sur les paysages de Sicile m’est indispensable, j’y tiens foncièrement » (lettre à Paul Rosenberg, Ménerbes, 9 février 1954). Depuis la fin de l’année 1953, le contrat qui le lie au marchand newyorkais permet à Nicolas de Staël de faire l’acquisition d’une bâtisse à Ménerbes dans le Vaucluse, où, loin de Paris, il recrée quelques quarante fulgurants paysages italiens dont trois vues, seulement, de Syracuse.
Les œuvres du retour d’Italie sont marquées par une maîtrise nouvelle. La palette de Staël change. Aux teintes sourdes et aux nuances de gris antérieures, succèdent des couleurs outrageusement vives, quasi pures et violemment contrastées. Dans Plage de Syracuse, aucune transition entre la plage bleue du ciel et la terre orange. Implacablement symétriques, juxtaposées de part et d’autre d’un horizon médian où flamboie autant qu’elle semble vaciller une indéfinie tâche jaune, la masse bleue et la masse orangée se font front : choc des Titans resurgis des confins d’une antique Sicile.
Avec Plage de Syracuse, la matière entre elle aussi en métamorphose. La couche picturale épaisse et bitumée des années 1940 s’étire et se fluidifie. Lissée au couteau et à la truelle, la peinture à l’huile se déploie horizontalement. Derrière l’apparence d’opacité qui concourt à l’aplanissement de la perspective à l’endroit de ces deux zones magistrales, les transparences sous-jacentes font sourdre quelque chose comme un souffle ou une vapeur torride. Appliquée au pinceau, le jaune qui s’enflamme sur la ligne d’horizon crée une perspective atmosphérique qui tempère la rigueur de la perspective linéaire. Avec ce feu doré, Nicolas de Staël introduit une vulnérabilité sensible dans l’immensité d’un espace terrassant. Au point qu’il semble atteindre, dans Plage de Syracuse, ce à quoi il tend : « la fulgurance de l’autorité » et  « la fulgurance de l’hésitation ».
Vente Sotheby’s Paris, 4 décembre 2012, lot 5, adjugé 816 750 €
 
 
Emil Nolde, Lever de soleil sur la mer, 1927 © D.R
 

Mark Rothko, Sans titre (red, blue, orange), 1955 © D.R.
 
 

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