12 Janvier 2010 12:34

Monumental Boltanski

par Jeanne CALMONT

Deux ans avant l’ouverture de Monumenta au Grand Palais (13 janvier – 21 février 2010), Christian Boltanski (né en 1944) pensait déjà que « […] dans un lieu comme le Grand Palais, il serait évidemment amusant de le vider entièrement et de n'y présenter qu'un petit magnétophone chevrotant, mais ce ne serait pas très honnête pour les gens qui ont payé l'entrée. Je pense sincèrement qu'il y a un devoir envers le public : celui de ne pas le décevoir ».

Combien ceux des visiteurs qui sont aussi collectionneurs doivent-ils dépenser en salles des ventes pour acquérir une œuvre de l’artiste et n’être pas déçus ?

Le risque n’est pas grand. Car si l’artiste est réputé faire de sa biographie la principale thématique de son œuvre, son œuvre est invention d’une biographie faussée évoquant un passé qu’il n’a pas intégralement vécu. Sur le mode de la convocation d’objets et d’images familières, Boltanski est le maître d’œuvre d’une mythologie individuelle équipollente à une vie fictive où chacun peut se reconnaitre. Et l’artiste d’ajouter : « Les bons artistes n’ont plus de vie, leur seule vie consiste à raconter ce qui semble à chacun sa propre histoire ». A en juger par les derniers résultats enregistrés en ventes publiques, la proximité émotionnelle fonctionne. Fait notable, elle fonctionne au-delà des frontières puisque la part des œuvres vendues en France ne représente que 26 % du produit des ventes mondiales contre 31 % au Royaume-Uni et 37 % aux Etats-Unis.

Commencée en 1985, la série des Monuments est représentative de la dissolution de souvenirs autobiographiques dans la mémoire collective. Ici, l’artiste érige photographies anonymes et autres multiples images-souvenirs en autels éclairés de veilleuses électriques. Estimé 30 000 - 40 000 euros et animé d’un système d’éclairs, l’un de ces Monuments s’est vendu 58 000 euros le 8 décembre 2009 chez Sotheby’s (Paris). La série Monuments Odessa est une déclinaison de ce travail où la religiosité est commémorative. De près de 2 mètres de haut, deux de ces œuvres ont été adjugées 40 000 euros en décembre 2008 chez Lempertz (Cologne) et 32 274 euros en octobre 2008 chez Christie’s (Londres).

Réalisées dans les mêmes années (entre 1980 et 1990), certaines installations sont consacrées à et par une myriade de bougies de cire. Entre incandescence et ombres portées, ces œuvres se vendent en moyenne 35 000 euros. Il en va ainsi des Bougies adjugées 36 000 euros chez Lempertz (Cologne) en décembre 2008 et de Shadows from the lesson of darkness adjugées 57 480 euros en octobre 2007 chez Sotheby’s (Londres).

Estimés entre 50 000 et 70 000 euros, les Reliquaires (datant de la fin des années 1980) sont moins fréquents en salles des ventes. Faits d’un empilement de boites de métal, ces totems lumineux évoquent les premiers travaux de Boltanski sur le thème de l’enfance perdue.

Auteur d’un livre sur la Recherche et présentation de tout ce qui reste de mon enfance (1969), Boltanski explore (dès le début des années 1970) le sujet dans la troisième dimension à travers une série de boîtes en fer blanc, boites à biscuits, tiroirs... Contenant les secrets d’une mémoire affective et nostalgique, ces œuvres remplies de menus objets sont estimées entre 6 000 et 12 000 euros. Surmonté d’un portrait photographique en noir et blanc, un de ces Tiroirs a été adjugé 21 638 euros le 16 octobre 2009 chez Sotheby’s (Londres), doublant ainsi l’estimation haute.

Si Boltanski s’éloigne dès 1967 de la peinture (sans pour autant l’abandonner totalement), il pratique la photographie de manière récurrente à partir de 1968. Intégrée dans des œuvres complexes (Monuments, Reliquaires, Tiroirs…) ou considérée comme œuvre autonome, elle lui permet d’exploiter, outre le pouvoir rétrospectif du document, l’ambivalente réalité qu’il semble certifier. De l’autoportrait à la photographie de ses propres installations, les estimations de ces clichés qui connaissent un succès variable en salles des ventes, vont de moins de 1 000 euros à 20 000 euros. Estimées 6 000 - 8 000 euros, les photographies de la série des Saynètes comiques (1974) mériteraient de retenir davantage l’attention : interprétant tous les rôles de petites scènes familiales, l’artiste (comme il le dit lui-même à la troisième personne) « se dépasse, […] se surpasse, […] prend de la distance et se moque de lui-même, il ne parle plus de son enfance, il la joue ». Elles sont exemplaires de la manière dont Boltanski parvient sans cesse à renouveler et dépasser le genre solennel de l’autobiographie pour toucher et surprendre le spectateur. Nul doute que les Personnages de l’exposition éponyme du Grand Palais ne le laisseront pas indifférent.

N.B. : prix indiqués hors frais (prix marteau).

Remarque: Boltanski est notamment représenté à Paris par la Galerie Yvon Lambert, à Londres par la Lisson Gallery, à New York par Marian Goodman et en Belgique par André Simoens.

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