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LA PHOTOGRAPHIE EN LIGNE DE MIRE

Henri Cartier-Bresson: un regard anarchiste, imprégné de civilisation

Par Tatyana Franck
 
The Museum of Modern Art (MoMA) organise la première rétrospective posthume d’Henri Cartier-Bresson (1908-2004), cofondateur avec Robert Capa, David Seymour ("Chim" pour tout le monde) et George Rodger, de l'agence de presse Magnum en 1947. Il s’agit en réalité de la deuxième exposition « posthume » puisque, pendant la deuxième guerre mondiale, le MoMA, croyant le reporter disparu, avait déjà préparé sa première exposition muséale ! Elle sera suivie en 1968 de Cartier-Bresson, Recent Photographs, puis, en 1987, de Early Works.
 
Cette rétrospective de 300 clichés pris entre 1929 et 1989 (dont un cinquième d’épreuves d'époque inédites), a été montée grâce au prêt de 220 photographies de la Fondation Henri Cartier-Bresson à Paris. Pour Peter Galassi, conservateur en chef de la photographie au MoMA et commissaire de l'exposition, HCB a été un des photoreporter les plus talentueux  de ces dernières décennies: « stylistiquement, Cartier-Bresson est un génie ». Dans ses photographies il y a toujours un mouvement, un échange, un écho. Il y a aussi une subtilité du regard et un sens de l'observation infaillible. Grâce à ces inédits, on découvre un autre regard de Cartier-Bresson.
 
Pour Cartier-Bresson, « des yeux, des mains et deux pieds étaient ce qui était nécessaire pour être un photojournaliste ». Il aurait pu ajouter le goût des voyages puisqu’entre les années 1930 et 1970, HCB a passé plus de jours à l’étranger qu’à Paris. Ses périples duraient de longs mois voir des années, ce qui lui fit dire : « je ne voyageais pas, j'habitais dans les pays ». A l’entrée de l’exposition du MoMA, (il y a) cinq cartes de géographie retracent sa traversée du 20ème siècle, en avion, en bateau, en train, à bicyclette ou à pieds : de Mexico au Japon, de New York à l'Inde de Gandhi, de la Chine devenue communiste à l'Union soviétique des années 1950, il ne cessera de déambuler à travers le monde, son fidèle Leica rivé à l'œil. 
 
« Avoir de la chance, c'est savoir se placer sur la trajectoire du hasard »
 
 
 
Henri Cartier-Bresson photographie le président français Georges Pompidou en 1974, à Paris © AFP
 
Selon le photographe Robert Frank, « Cartier-Bresson a voyagé dans des pays où il est impossible de photographier sans point de vue. En avait-il un ? Disons qu'il a bien aménagé son absence de point de vue ». Prenons l’exemple du cataclysme de la deuxième guerre mondiale. Prisonnier de guerre pendant deux années en tant qu’ancien sympathisant communiste, avant de s’évader au bout de la troisième tentative, HCB a fait des reportages sur les souffrances vécues par les allemands.
 
« Au fond ce n'est pas la photo en soi qui m'intéresse. Ce que je veux c'est capter une fraction de seconde du réel »
 
 


 
Henri Cartier-Bresson, Femme allemande pleurant sur un amas de ruine en 1945 © Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos
 
HCB rejetait les étiquettes et particulièrement celle d'« humaniste » qui pourtant colle toujours à ses visions justes, décalées, plongées dans la condition humaine. Il refusait toute mise en scène pour la réalisation de ses clichés, prônant la simple reproduction de la réalité prise sur le vif et l'usage du noir et blanc.
 
« Il y a ceux qui font des photographies arrangées au préalable et ceux qui vont à la découverte de l'image et la saisissent. L'appareil photographique est pour moi un carnet de croquis, l'instrument de l'intuition et de la spontanéité, le maître de l'instant qui, en termes visuels, questionne et décide à la fois… »
 
 


 
Henri Cartier-Bresson, Alberto Giacometti, Galerie Maeght, Paris, 1961 © Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos
 
 
Selon Peter Galassi, « le sujet de son œuvre est la civilisation ». Il accordait la même attention aux illustres inconnus qu’aux grands artistes et aux hommes politiques. Aux personnes qu’il venait prendre en photo, il leur disait avec humour : « ce sera plus long que chez le dentiste et moins que chez le psychanalyste ».
 
« Photographier, c'est mettre sur la même ligne de mire la tête, l'œil et le cœur »
 
 

 
Henri Cartier-Bresson, Colette et sa dame de compagnie, 1952 © Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos
 
 
 
Henri Cartier-Bresson: The Modern Century
Museum of Modern Art, 11West 53 Street, New York.
Du mercredi au lundi, de 10h30 à 17h30; le vendredi jusqu'à 20 heures. Fermé le mardi. De 12$ à 20$ (9 euros à 15 euros).
Jusqu'au 28 juin.
Catalogue, éd. MoMA, 376 p., 435 ill., 75$ (broché) ou 50$ (souple).
Le catalogue sortira en français le 2 juin (éd. Hazan).
 
L’exposition va ensuite au Art Institute of Chicago, Jul. 24 – Oct. 3 ; au San Francisco Museum of Modern Art, Oct. 30, 2010 – Janv. 30, 2011 puis au High Museum of Art d’Atlanta, Feb. 19 – Mai 15, 2011.
Pour les Français casaniers, il faudra attendre une autre rétrospective prévue en 2013 ou 2014 au Musée national d'art moderne, Centre Georges Pompidou.
 
 
La Tate Modern de Londres propose actuellement Exposed (Révélé), une nouvelle exposition qui examine le voyeurisme et la surveillance dans la pratique photographique.
A travers plus de 250 photographies ou films réalisés avec ou sans le consentement explicite des sujets, l'exposition se penche sur les clichés volés, les photographies de paparazzi et autres images ambiguës. On y apprend que les paparazzi étaient actifs dès les années 1880 : un cliché de l'italien Guiseppe Primoli montre ainsi le peintre Edgar Degas sortant d'un urinoir.
Avec des images de lynchage aux Etats-Unis ou des vues des camps de concentration, l'exposition s'interroge sur les clichés de violence et de guerre : témoignage ou voyeurisme ?
 
 
Shai Kremer, Urban Warfare Training Center, Panorama, Tze’elim, 2007
 
L'exposition Exposed, Voyeurism, Surveillance and the Camera se tient à la Tate Modern de Londres du 28 mai au 3 octobre. Elle partira ensuite pour San Francisco et Minneapolis.
 

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