21 Décembre 2010 12:59

Palais d’hiver pour Claude Monet

Par Tatyana Franck

 
 
Claude Monet a peint sans relâche pendant plus de soixante années, élaborant une œuvre qui incarne peut-être l'expression la plus pure de l'impressionnisme.
 
Quasiment aveugle à la fin de sa vie, Monet n’a jamais perdu de vue la vérité de la sensation. Depuis la transcription fidèle jusqu’à l’écriture gestuelle, de la série d’images à la décoration murale enveloppante, son œuvre constitue un des fondements de l'art moderne. Car si l’on devine encore la silhouette de la série des cathédrales ou des nymphéas de Giverny, Monet est bien un précurseur de l’abstraction.
 
Les deux expositions que lui consacrent actuellement le Grand Palais et le musée Marmottan offrent une vision renouvelée et stimulante de l’œuvre de Monet.
 
La rétrospective au Grand Palais est la plus importante manifestation dédiée à l'artiste depuis plus de trente ans, et elle est à la hauteur de ses promesses.
 
Pleine de surprises, dont une salle dédiée aux variations de Roy Lichtenstein peintes en 1965 autour de la série des cathédrales de Rouen.
 
 

 
Le portail et la tour d'Albane, plein soleil, 1893-94, huile sur toile, 92,2 x 63 cm. Musée d'Orsay, Paris© service presse Rmn / Thierry Le Mage
 
Une autre surprise est provoquée par les décors élaborés pour des amateurs, tels le collectionneur Ernest Hoschedé et le marchand Paul Durand-Ruel.
 
La dernière surprise, de taille, se trouve dans les immenses formats de la salle « Figures et portraits », où le peintre représente ses proches, dans Le déjeuner sur l’herbe notamment, toile qu’il n’osera jamais présenter au Salon et qu’il laissera en fragments dans son atelier. Au fil du temps, Monet traite davantage les figures et portraits sur un mode suggestif et décoratif : les personnages se fondent alors dans un univers d’efflorescences et de vibrations colorées.
 
 
 
 
Fragment du Déjeuner sur l'herbe, 1865, huile sur toile, 248 x 217 cm. Musée d'Orsay, Paris© service presse Rmn / Droits réservés
 
 
 
 
Terrasse à Sainte-Adresse, 1867, huile sur toile, 98 x 130 cm. The Metropolitan Museum of Art, New York© Metropolitan Museum of Art, dist.Service presse Rmn / image of the MMA
 
 
 
Femme au jardin, 1866, huile sur toile, 80 x 99 cm. Musée de l’Ermitage, St Petersbourg© photographie : Musée de l’Ermitage /Vladimir Terebenin, Leonard Kheifets,Yuri Molodkovets
 
Orchestrée selon des grands axes thématiques et chronologiques, l'exposition retrace la carrière de Claude Monet, du début des années 1860 jusqu'aux ultimes tableaux liés au cycle des Nymphéas du musée de l'Orangerie.
 
Les années 1870 tout d’abord sont celles de la réflexion. Monet représente la gare Saint-Lazare dans des volutes de fumées roses. L’idée de série est en germe.
 
Dans la décennie suivante, Monet se rend au bord de la Méditerranée, où il peint la mer et les jardins. Ses études de lumière et d’atmosphère prennent une place de plus en plus importante. Monet est en train d’inventer une voie personnelle, conciliant un attachement profond à la nature et la suggestion d’un univers poétique autonome.
 
L’année 1890 est une année charnière. Alors âgé de 50 ans, Monet crée son jardin dans la propriété de Giverny. Il y peint des meules, sous toutes les lumières, hiver comme été. C’est la première véritable série de Monet. Il travaillera désormais ses tableaux de manière systématique d’après un même motif, conçus comme des ensembles manifestant son évolution selon les changements d’éclairage au fil des heures et des saisons. Il s’impose par ailleurs, dans la presse internationale, comme un des principaux peintres de paysage en France, même si à cette époque l’État ne lui a encore acheté aucun tableau.
 
 
 
Le palais Contarini, 1908, huile sur toile, 73 x 92 cm. Nahmad collection, Suisse© Nahmad collection, Suisse
 
Les séries qui s’en suivent sont classées par thème ou par site géographique : les falaises de Normandie, Rouen, les nymphéas, Londres, la Méditerranée, les demoiselles, les meules, etc. C’est une expérience impressionnante que de voir des tableaux « jumeaux » enfin rassemblés en un même lieu… Les séries rappellent des sensations de l'ordre du cinéma ou de la traversée d'un paysage en train.
 
A Giverny, Monet a trouvé son point d’ancrage : « Ces paysages d’eau et de reflets sont devenus une obsession », déclare l’artiste en 1908. Il y entreprend la série des nymphéas, qui l’occupera jusqu’à la fin de sa vie. Le peintre « fabrique son motif » dans son jardin, en faisant creuser un bassin. Il s’agit « presque de land art », selon Sylvie Patry, l’une des commissaires de l’exposition.
 
Les nymphéas atteignent leur apothéose dans le cycle de décorations murales abrité au musée de l’Orangerie, qui constitue un environnement total.
 
Troisième site extra-muros, le musée Marmottan qui expose pour la première fois, l’intégralité de sa collection Monet, la plus riche au monde : plus de 120 toiles et 29 dessins mais aussi des carnets de comptes, des lettres de correspondance…
 
L’exposition au musée Marmottan présente également la genèse des séries qu’il peindra à la fin de sa vie.
 
Une salle y est fabuleuse avec seulement trois œuvres :
 
- Impression, soleil levant,  la vue du Havre est à l’origine du nom « impressionniste ».
- Vétheuil dans le brouillard où, en éliminant toute présence humaine, Monet se focalise sur la représentation des atmosphères où les éléments naturels deviennent les sujets uniques.
- Le Pont de l’Europe : où la gare devient un univers de bruits, d’impressions et de couleurs.
 
L’actuelle médiatisation du musée Marmottan Monet vient autant de son exposition que de sa politique de prêt : il a récemment envoyé onze œuvres pour l’exposition organisée de mai à juin 2010 à la galerie Gagosian à New York, après avoir refusé de prêter des œuvres au Musée d'Orsay. Il est très rare qu’un musée prête autant de pièces à un espace commercial privé. Larry Gagosian a visiblement le bras long. Le musée refuse néanmoins de communiquer le montant du « généreux mécénat » de Larry Gagosian.
 
Par ailleurs, alors qu’il avait refusé de prêter Impression, soleil levant au Grand Palais, le musée Marmottan prêtera son chef d’œuvre à la Fondation Pierre Gianadda à Martigny en Suisse , à l’été prochain (du 17 juin au 20 novembre 2011).
 
 
 
Claude Monet (1840-1926), Grand Palais, avenue du Général-Eisenhower, square Perrin (VIIIe). Tél. : 01 44 13 17 17. Horaires : tous les jours sauf le mardi, du vendredi au lundi de 9 h à 22 h, le mercredi de 10 h à 22 h et le jeudi de 10 h à 20 h jusqu'au 24 janvier. Catalogue : 50 €.
Comme pour l’exposition Picasso et les maîtres, la Réunion des musées nationaux a décidé d'ouvrir l'exposition Monet du Grand Palais sans interruption du vendredi 21 janvier 9h au lundi 24 janvier 21h, jour de sa fermeture.
 
 
Claude Monet, son musée,musée Marmottan Monet, 2, rue Louis-Boilly, Paris 16e. M° La Muette. Tél. : 01 44 96 50 33. Tous les jours, de 11 heures à 18 heures, sauf le lundi ; le mardi jusqu'à 21 heures. De 5 € à 9 €. Jusqu'au 20 février 2011. Catalogue, éd. Hazan, 240 p., 200 ill., 35 €.
 
 
 
 

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