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L'ART BRUT A DECOUVRIR TOUT EN DOUCEUR

The Museum of Everything: un musée d'illustres inconnus qui ne passe pas incognito

par Tatyana FRANCK

Installation, Museum of Everything

En vous promenant dans les rues de Londres, vous vous êtes peut-être interrogés sur ces badges rouges et blancs « I love… EVERYTHING » épinglés à la boutonnière des duffle coats

 Ouvert pendant et en partenariat avec la Frieze Art Fair (14-18 octobre 2009), le Museum of Everything a attiré à ce jour plus de 20.000 visiteurs. Le soir du vernissage, les visiteurs étaient accueillis en fanfare. Poussez la porte de ce lieu d'exception, l'entrée est gratuite. De joyeuses retraitées vous accueillent et pour quelques pounds symboliques vous proposent chaleureusement d’acheter ces fameux badges...  

Ancienne laiterie, cette maison londonienne a vu défiler les Rolling Stones, Madonna et leurs nombreux fans dans le studio d'enregistrement Mayfair qui avait investi les lieux. Le bâtiment fut ensuite abandonné pendant plusieurs années jusqu’à ce que le jeune producteur et réalisateur de cinéma, James Brett, se décide à le restaurer.

Pour sa première exposition le Museum of Everything présente deux cents peintures, dessins, sculptures et installations d’artistes consacrés aux outsiders et autres autodidactes descendants de l'art brut. La scénographie est folklorique dans ce labyrinthe de 1.000 m2. A l'étage, des niches ou des grottes se succèdent avant de déboucher sur une vaste salle couverte de tableaux du sol au plafond.

Le musée a sollicité la participation d'artistes contemporains (Ed Ruscha, Christian Boltanski, Anette Messager, Tal R),  d'historiens de l’art (Hans Ulbrich Obrist) et de people tels que Nick Cave ou Jarvis Cocker. Ils ont chacun rédigé un texte sur une des oeuvres d'art brut exposée. Le texte fait office de cartel.

Parallèlement à l'exposition, des conférences, des projections de films, des petits déjeuners sont organisés chaque semaine... Si vous les ratez, prévoyez de vous arrêter dans le salon de thé installé à côté d'un stand de tir de l'artiste W.F. Mangels provenant de Coney Island... Ambiance très Old England : Le thé est servi dans des tasses de porcelaine fleuries avec de petits biscuits. On pourrait se sentir chez soi... ou plutôt chez la granny rêvée. Etonnamment libres, ici les enfants courent partout...

Initialement prévue pour une quinzaine de jours, l’exposition est prolongée jusqu'à fin janvier 2010. Ce musée hors du commun n'a pas fini de nous surprendre!

 


Installation, Museum of Everything

Infos:

The Museum of Everything

À l'angle de Regents Park Road et de Sharpleshall Street, London NW1
Horaires d'ouverture: du mercredi au dimanche de 11h à 18h30
Bus: Primrose Hill 274/ Chalk Farm 24/27/31/168/C11 Camden C2
Métro: Chalk Farm ou Camden (Northern Line)/ Swiss Cottage (Jubilee Line)

Entretien avec Tamara Corm, collaboratrice du Museum of Everything

ArtyParade : D'où vient l'idée du musée?

Tamara Corm : Tout d'abord, il n’y avait pas de musée consacré à l’art brut en Angleterre. James Brett a donc rassemblé autour de la sienne plusieurs collections. Hans Ulrich Obrist est venu voir cette collection à Londres et a conseillé à James de faire ce musée. Plusieurs artistes suédois ont aussi été parmi les déclencheurs de ce projet. L’accès à l’immeuble qui est une ancienne laiterie a aussi été un déclencheur...Quand la Frieze nous a proposé un partenariat, on a décidé de lancer le musée à ce moment.

AP : D'où vient le nom du musée?

TC : Il y a quatre ans, James Brett a découvert en lisant The Guardian qu’un certain William Brett avait un musée sur l’île de Wright qui s’appelle The Museum of Everything. James a alors appelé le propriétaire lui demandant l'autorisation d’utiliser ce nom. L’effet de surprise a été le moteur pour le choix de ce nom...

AP : Quelles sont les différences avec le musée de Lausanne (collection d'art brut de Dubuffet) ?

TC : Certains artistes tels qu'Aloïse ou Lesage se retrouvent dans les deux musées. Mais le musée de Lausanne apparaît très endormi, un monde fermé sur lui-même tandis que nous avons souhaité nous ouvrir à l’art contemporain. Nous avons voulu sortir de cet univers très institutionnel, un peu déprimant pour créer un lieu de vie chaleureux.

AP : Quels ont été les critères de sélection des œuvres et des artistes?

TC : Nous avons voulu créer des environnements. Nous avons choisi les œuvres en fonction des textes que les artistes d’art contemporain ont écrit. Il s’agit d’une réelle collaboration entre les deux univers. Il nous a ainsi fallu trouver une pièce d’Hans Krüsi qu’Hans Ulrich Obrist aimait particulièrement. On l’a acquise pour l’exposition. C'est un artiste très représentatif de notre exposition mais aussi au langage très particulier.

AP : Quel est le statut juridique du musée ?

TC : Il ne s’agit pas d’un musée à proprement parler. Nous avons voulu faire de l’humour autour du mot « musée ».

AP : Avez-vous rencontré des difficultés dans l'acquisition des œuvres et dans le rapatriement des œuvres.

TC : Aucune. Il s’agit d’artistes encore très anonymes, qui suscitent peu d’intérêt de la part du public et des autorités. Ce n’est pas encore un art institutionnalisé. N’importe qui peut créer son « Museum of Everything » !

AP : Pourquoi un musée gratuit?

TC : La gratuité tient au caractère expérimental du musée. Nous ne nous attendions pas à un tel succès. De plus, il est très difficile juridiquement de créer un musée payant, ce pourquoi nous avons opté pour le système de donations.

AP : Quels sont les visiteurs ciblés?

TC : Tout public : les enfants, les artistes, les personnes âgées…. Le musée se veut être « The Museum of Everyone ».


AP : Quel est l'avenir du musée ?

TC : L’exposition #1 voyagera à la Fondation Agnelli à Turin au printemps prochain, du 1er avril au 31 juillet 2010. La fondation est localisée sur les toits de l’ancienne usine Fiat, dans une extension construite par l’architecte Renzo Piano. La famille Agnelli y expose sa collection et organise des expositions temporaires dont les plus récentes ont été celles de Bruno Bischofberger et de Johnny Picozzi. Nous réfléchissons d'ores et déjà à une Exposition #2…

Tatyana Franck

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