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DE RIO A PARIS, L'ART PARTICIPATIF DE JR, ENTRE ACTION ET ECHANGE

De Rio à Paris, l'art participatif de JR entre action et échange

par Tatyana Franck

JR Women are Heroes Paris/ © Martine Franck (Magnum)

S'il arrive d’attendre les trains sur les quais de la gare de Lyon, jusqu'au 2 novembre, vous pouvez en admirer un sur les quais de l'Ile Saint-Louis. En perpendiculaire, sur le pont Louis-Philippe, de gigantesques yeux noirs scrutent. En parallèle, juste en face de Notre-Dame, l'anamorphose d'une femme africaine s’étire.

Révolutionnaire JR ? Oui mais révolution de velours ou plutôt de papier. Ce train, ces yeux, ce corps sont des photographies de 5 mètres de haut (l’équivalent de trois étages d’échafaudage, nous pouvons en témoigner…) sur plusieurs kilomètres de long qui investissent l’espace urbain : une exposition à ciel ouvert, un "hold-up" artistique.

De fait, même si les journalistes se réveillent aujourd’hui en sursaut, le spectacle de l'Ile Saint Louis n'est pas l'introduction mais le feu d’artifice, sorte de bouquet final d'un projet de plusieurs années intitulé Women are heroes, mené tambours battants par un artiste de 26 ans. Ce dernier a photographié l’aventure de femmes moins « ordinaires » qu’« extraordinaires » dans plusieurs pays marqués par la guerre civile ou en situation post-conflits (Soudan, Sierre Leone, Libéria, Brésil…).

Les actions de JR ont pour but de proposer et de susciter un regard en marge, différent de celui véhiculé par les médias. Informé par la radio, une fois les journalistes repartis vers de nouveaux épicentres, JR, reporter d’un autre genre, part en quête de témoignages et d’images sur les lieux au moment où ils n’intéressent plus la radio et les journalistes. Il va là où il y a une histoire et l’Histoire, mais pas de lieu pour la commémorer, là où les habitants survivent et cohabitent avec les combattants. Après le passage de la mort, il vient immortaliser le sourire de la vie et rendre hommage à ceux qui ont survécu à la haine, la violence, la guerre et affrontent le quotidien.

La première étape de l’art participatif de JR doit avoir une incidence sur le quotidien des populations locales avec lesquelles il partage des émotions positives (créativité, convivialité, fierté...) et/ou négatives (stress, fatigue, travail…). Les rapports qui se tissent nourrissent le projet.

Ainsi, au Brésil, dans la plus vieille favela de Rio en proie à des règlements de compte entre bandes rivales, la première étape a consisté à faire des photos-portaits de femmes qui ont survécu à l’assassinat d’un fils, d’un mari, d’un frère. Emouvants et uniques, ces portraits sont focalisés sur les yeux. Comme a dit Paul Claudel, il y a des yeux pour recevoir la lumière et d’autres pour la donner. Les yeux des portraits de JR irradient de lumière cependant qu’ils viennent des ténèbres. Parmi les témoignages recueillis (dont celui de Rosiette, présente lors du vernissage à Paris où elle a pu croiser son propre regard sur les quais de l’Ile Saint-Louis), les premiers ont été ceux de femmes (la mère, la meilleure amie et la grand-mère d’une des victimes) liées aux jeunes brésiliens tués avec la complicité de la police.

Favela "Morro da Providencia", Rio de Janiero. 28 millimètres projet : Women / © JR

La deuxième étape de l’art participatif de JR se signale dans la monumentalité des expositions. À ce stade, l’originalité de l’art de JR tient, entre autres, au fait qu’il fait collaborer et œuvrer des groupes de bénévoles. Imaginez-vous en train de coller des bandes de papier imprimées de 5x1 mètres, sur 7 kilomètres de murs ! Douze jours de collage et une soixantaine de participants ont été nécessaires à la réussite du projet parisien.

Précédemment, au Kenya, JR avait su s’approprier les façades extérieures (toutes les façades, y compris le toit !) des wagons du train local dont la ligne traverse le pays de bout en bout et autour de laquelle s’étire la ville de Nairobi. Ainsi recouvert, ce train, symbole d’une nation, a fait voyager les immenses clichés vinyles de l’artiste – visibles depuis Google Earth ! - avant qu’ils ne soient réutilisés pour assurer l’étanchéité de la toiture des habitations locales.


28 Millimetres project : Women dans le bidonville de Kibera - Kenya. Janvier 2009/ © JR

Les images voyagent, mais pas toujours avec la bonne légende. C’est pourquoi JR s’attache à monter des expositions où il explique l'ensemble du processus.

Il en est ainsi dans l'exposition Women are heroes qui se déploie sur l’Ile Saint-Louis (où le récit de la vie des femmes photographiées est disponible grâce à un audioguide en composant le 028 55 200 89). Elle se prolonge au Pavillon de l’Arsenal où l’artiste a fait venir de Rio la plus ancienne maison de bois de la favela présentée comme monument historique (forme de valorisation d’une architecture rustique faite de quelques plaques de tôle ondulée).

En attendant la sortie du film éponyme sur grand écran en 2010, cette exposition-phénomène est l’occasion de découvrir et de se confronter à l’histoire de femmes « who are heroes ».

Signalons enfin que les projets de JR dont l’objet n’est ni politique, ni publicitaire - l’exposition parisienne est non seulement gratuite mais aussi bénévole et non subventionnée !!! - sont toujours entièrement autofinancés (par la vente de photographies, livres, lithographies...).

JR ne se prend pas pour un artiste engagé. Celui qui dit que "c'est par l'action que l'on prouve l'intérêt du travail" est un "artiste engageant". Son propos est de rendre visibles des personnes dont les médias ne parlent pas ou plus, et de permettre à d’autres anonymes de partager leurs histoires et de se réapproprier par là même son projet artistique.

Pour plus d’informations sur l’exposition : www.womenareheroes-paris.net

Exposition Ile Saint-Louis (3 octobre au 2 novembre) ouverte tous les jours 24/24h

Localisation des emplacements :

Pont Louis-Philippe, dans le sens du courant

Pont Marie, dans le sens du courant

Quai de Bourbon, du n°1 au n°55

Tout le Quai d’Orléans

Quai d’Anjou, du n°3 jusqu’à la fin

Hôtel de Lausun, 17 Quai d’Anjou

1/5, Quai des Célestins (Maison des Quais), façade sur la Seine.


Exposition Pavillon de l’Arsenal (3 au 23 octobre 2009) :

21, boulevard Morland – 75004 Paris

Métro Sully-Morland ou Bastille (lignes 1-5-7-8) et Autobus 87, 86, 67

Ouvert du mardi au samedi, de 10h30 à 18h30 et le dimanche, de 11h à 19h

Entrée libre



JR - EXTRAIT "WOMEN ARE HEROES", Kibera, Kenya
par JR

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